« Corvidés » – David Gauthier

« Tu pars sur un reportage, loin du siège du journal, dans la campagne. Si tu ne ramènes pas de sujet, on s’en fout. Le but c’est que tu repasses les portes de la rédaction  avec une autre gueule, pas du genre à donner envie à un clown de se suicider »

Nicolas, journaliste à La Gironde, journal régional a le moral dans les chaussettes. Il n’a plus de goût à rien…les peines de cœur sont difficiles à soigner. « Son moral lugubre n’a échappé à personne au journal ».

Il a rangé son humour et sa bonne humeur habituels au placard. Alors, Gérard son rédacteur en chef lui propose d’aller se mettre au vert pendant une semaine, et d’aller enquêter sur un corbeau qui dénonce tous les coups tordus qui ne lui plaisent pas, toutes les coucheries de village…bref d’aller enquêter sur une personne, homme ou femme, qui va encore plus mal que lui, dans sa tête, un vrai malade car il s’attaque anonymement aux autres, élus comme citoyens lambdas dans le seul but de faire le mal.

Voilà Nicolas parti dans le village où il s’installe pour la semaine…Son arrivée suscite une empathie hors du commun !…il fait un « métier de con » et il n’est venu là que pour « remuer la merde »….! Ambiance! Bref, personne n’a envie de le voir débarquer.

Même le corbeau ne l’aime pas !

Alors courageusement il part à la chasse aux informations et rencontre ceux ou celles qui ont été ciblés par ce corbeau qui a pris pour têtes de turcs le maire, une femme, le boucher qui a écrasé un chat, l’adjoint au maire qui porte des cornes…bref on à affaire avec un détraqué, à un adepte des coups bas, des coups sous la ceinture – c’est souvent ce qui se passe sous la ceinture qui passionne ces corbeaux.

Un corbeau dont les dénonciations causeront une bagarre au sein du conseil municipal…

Premières pages qui mettent le lecteur dans la course…..dans l’ambiance de ce petit village, des ambitions et projets des uns, des amours des autres.

Certains sont presque des parias, car ils ne se mêlent pas aux autres, d’autres sont au contraire toujours en tête pour améliorer leur compte en banque.

Nicolas va travailler et s’informer sur ces rivalités de clocher, ces amours illégitimes, ces ambitions personnelles dénoncées par notre corbeau…

Et qui sait..peut-être l’a-t-il déjà interrogé ?

Et chacun soupçonne l’autre…

On ne sait jamais qui sera la prochaine tête de turc de Maître Corbeau, ni comment il transmettra sa lettre…il est plein d’imagination : un client du marché en trouve une dans un cageot de légumes !

Notre journaliste va progressivement se prendre au jeu, connaître la vie d’un bourg, les coucheries, les ambitions personnelles, les misanthropes, les rivalités de personnes, et surtout cette ambiance de village, cette vie rurale. Tout ne se sera pas aussi simple cependant.

Ça ne prêtait pas à conséquence quand  notre corbeau touchait les petits, les sans-grade…mais quand il s’attaque aux élus, c’est autre chose ! Parler des coucheries, c’est pénible pour certains, amusant pour d’autres, mais quand on parle d’histoires de gros sous ou pire encore d’abus de pouvoir…certains peuvent en devenir méchants.

C’est certainement lui…ou peut-être lui, et pourquoi pas elle? On cherche ce corbeau aux côtés de Nicolas…le dénouement m’a surpris

Bref, ces huit chapitres, un par jour, nous permettent de passer un bon moment de lecture à la découverte de cette France viticole, de ses problèmes, de ses contradictions, de ses coups tordus.

Éditions Envolume – 2021 – 232 pages


Lien vers la présentation de David Gauthier


Quelques lignes

  • « Le terme corbeau aurait été employé pour la première fois dans les années 1920 par des journalistes, à Tulle en Corrèze. Dès 1917, des centaines de lettres anonymes s’abattent sur la ville et visent tous les habitants. » (P. 16)
  • « C’est un bar en réalité, mais troquet ça sonne mieux. Ça donne du cachet à l’endroit.  C’est plus rassurant que tripot mais moins propre que café. La langue française est riche. » (P. 21)
  • « Ces mêmes municipalités sont affligées d’un strabisme divergeant terrible : elles pansent les plaies du centre-ville d’un côté et encouragent de l’autre l’installation d’enseignes en périphérie. » (P. 24)
  • « La suspicion a sclérosé la marche des jours, le quotidien grince et se craquelle. La suspicion se tapit sous les feuilles de salade, les bottes de radis, les soles meunières et dans les esprits. la suspicion est nulle part et partout. » (P. 102)
  • « Le corbeau a déjà réussi. Il n’a pas seulement pénétré dans les foyers. Il a empoisonné les esprits et y a tapi son nid de pensées noires  et de rancœurs tenaces. (P. 148)

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