« Campagne » – Matthieu Falcone

« C’est un pays de vert et d’eau. De collines aplaties par la charrue qui depuis des mille ans soulève et repasse la terre ; de bosquets giboyeux et de forêts de hêtres, de châtaigniers, de chênes et de charmes. »

Un pays…certes, mais surtout une vie particulière, celle de ces villages au cœur ancien, bordé de plus en plus souvent par de lotissements accueillant des maisons toutes identiques, sans charme…deux mondes totalement différents

Les paysans, vivant là depuis plusieurs générations et les gens de la ville venus s’installer, attirés par des terrains moins chers.

Ces nouveaux venus prennent souvent les paysans pour des bouseux et veulent tout révolutionner avec leurs idées, leur mode de vie.

Opposition de plus en plus fréquente de ces deux mondes, un qui vit et travaille là et l’autre qui y dort…

Et parmi eux, ces écolos qui veulent sauver la planète, ces écolos qui s’indignent de la pollution générée par les agriculteurs et leurs engrais chimiques…écolos qui ont, sans état d’âme, achetés des terres agricoles transformées en zones pavillonnaires.

Ce n’est plus la campagne, ce n’est pas non plus la ville!

Et il y a le café, dans lequel les plus vieux se rencontrent. Ces vieux sages s’interrogent autour du canon de rouge et d’une cigarette….Dialogues savoureux.

Ils ne comprennent pas toujours toutes ces contradictions entre besoin d’écologie et de développement durable d’une part, et ces impératifs économiques de produire toujours plus à des prix souvent de plus en plus bas…et d’autre part, ce besoin de vente d’un terrain à des promoteurs pour faire entrer de l’argent.

Contribuant ainsi, à la bétonisation des campagnes. Et à la perte de leur âme! Alors ils parlent, ils n’ont que ça à faire.

Tout ceci, avec en arrière plan, la préparation d’une fête de village par ces nouveaux arrivants qui  « vont organiser une semaine de festivités pour sauver la planète et les discriminés. »

Ils ont la science infuse et savent tout !

Un roman social qui dépeint bien ces contradictions, ces oppositions entre ces deux mondes. Il pourrait se dérouler n’importe où.

Il y a ceux qui considèrent l’autre comme ringard, parlant sans être au contact des réalités et les autres qui ne voient que des péquenots qui ne comprennent rien et n’évoluent pas!

Roman parfois un peu lent, mais qui a cependant le mérite de bien décrire ces mondes….un roman né d’une fine observation de ces contradictions qu’on ne peut ignorer quand on s’intéresse à notre cadre de vie.

Une fine analyse de cette nouvelle ruralité.


Lien vers la présentation de Matthieu Falcone


Quelques lignes

  • « …c’est toujours la bonne femme qui a le dessus, dans ces disputes, parce qu’elle n’hésite pas à porter les coups sous la ceinture. C’est pourquoi l’homme est si vif à l’ôter, sa ceinture, pour lui en faire tâter. Une histoire vieille comme le monde. » (P. 21)
  • « Dire que c’est dans son jus, c’est dire que c’est périmé, dépassé, que ça pue le rance et la vieillerie, mais sans vouloir blesser. On appelle ça le politiquement correct, Fils ! » (P. 43)
  • « Certains, comme Joël, viennent s’abreuver à cheval, ce qui lui permet de rentrer dans toutes les conditions, prétendant qu’aucun gendarme ne peut l’arrêter pour conduite en état d’ivresse parce que c’est le canasson qui conduit et qui sait rentrer tout seul à la maison. » (P. 44)
  • « Si demain la récolte est mauvaise et que la pluie ou la sécheresse ou le gel me salopent tout et que je ne peux plus gagner assez pour faire manger les miens, et si cela devait se produire deux années de suite et que je sentais que je ne m’en relèverais pas, je mettrais la clé sous la porte, je ne rembourserais rien à personne, hop, je me déclarerais en faillite, je quitterais tout, terminé bonsoir, et j’irais voir ailleurs si j’y suis bien. Je quitterais le pays s’il fallait, j’irais n’importe où et je recommencerais tout, si cela pouvait faire en sorte que ma famille mange à sa faim, que mes enfants soient joyeux, que ma femme se sente bien »(P. 79-80)
  • « La terre est séduisante ici, et il y a comme un mystère dans ce bourg. Ce n’était pas tout à fait pareil à l’époque, mais il y avait déjà un certain nombre de hippies qui s’y étaient installés et qui y avaient fait souche ; qui, en tout cas, finissaient par appartenir au décor, au folklore. » (P. 179)
  • « Avec ce grand chapiteau au centre, la scène énorme qui finissait d’être montée et qui mesurait presque deux fois la taille de celle que l’on a d’ordinaire pour les concerts du 14 Juillet, quand on fait venir des musiciens d’orchestre qui nous réinterprètent tous les tubes des cinquante dernières années. » (P. 199-200)
  • « ….il me confierait que le prêtre lui avait dit que ce village était maudit, comme damné. Qu’il existait des terres comme celle-là, où le vent de Satan soufflait plus qu’ailleurs. Qu’ils avaient dû la souiller, cette terre, avec quelques bacchanales, par des actes qu’il ne connaissait pas, mais dont il soupçonnait la puissance. » (P. 281

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