« De l’or dans les collines » – C Pam Zhang

« Le prochain endroit sera peut-être meilleur, disait Ba chaque fois qu’ils se préparaient à partir pour une nouvelle mine. Le meilleur n’arrivait jamais. »

Enfants, nous avons tous, plus ou moins rêvé devant nos télés noir et blanc , ou en tournant les pages de nos BD de cette conquête de l’Ouest, de ces longues chevauchées, de ces bisons à perte de vue…notre imaginaire vibrait…c’était il y a bien longtemps pour moi. Je ne crois pas que ce thème fasse autant vibrer les gamins actuels…l’échelle a changé..ils rêvent sans doute d’autres grands espaces,  de l’Espace….

Dorénavant, rares sont les westerns sur nos écrans.

Quelle joie de revoir la réponse de Babelio m’informant que j’allais recevoir ce titre! Je pensais revenir vers mon enfance, retrouver mes jeunes années. Les immigrants de mon enfance venaient de l’Est, aucune lecture ne m’avait permis d’approcher une autre immigration, venant de l’Ouest des États-Unis, celle de ces Chinois eux aussi attirés par ces larges espaces, attirés par les espoir de l’Or…découvrant ces espaces à partir de la Californie. Espoir en partie déçu, j’insiste sur le « En partie »

…Sans doute parce que je n’ai pas retrouvé cette longue marche en avant, qu’elle soit d’Ouest en Est ou d’Est en Ouest, non! J’ai eu l’impression de me retrouver face à un puzzle, à charge pour moi de le reconstituer, puzzle de lieux, puzzle d’époques dans la vie de Sam et de Lucy…ni tout à fait d’unité de lieu, ni d’unité de temps.

Tout part d’un voyage pour enterrer leur père…À moi de reconstituer les autres tableaux, la scénographie, et l’action. Les époques se télescopent, comme les lieux. Chaque pièce du puzzle est cependant agréable, bien écrite, souvent émouvante, et aucune ne m’a laissé indifférent, loin de là : pauvreté de ces chercheurs d’or, de ces familles vivant dans la crasse du charbon, émotions devant la découverte d’une pépite, ou face au vol ou à sa perte.

Mais pas de lasso pour attraper les bisons dont les os ont depuis longtemps servi à réchauffer les immigrants ou leurs repas, de piquets pour planter leurs tentes, ou à fabriquer des outils. Il faut juste savoir où placer la scène, comment la raccorder au reste de l’histoire !

Pas toujours aisé…..Pas de longue chevauchée non plus.

Mais un autre point de vue sur ces immigrants qui sont contraints ou préfèrent fouiller le sol à la recherche de charbon ou les rivières à la recherche d’or, pour leur compte, pauvres  émus devant la première pépite trouvée ou perdue, pauvres vivant dans la crasse de leur tente ou pour le compte d’un autre plus retors  qui les exploite pour quelques brouettes de charbon…sans rechigner à les voler.

On ne foule pas l’herbe des prairies… non on suit l’errance de ceux qui creusent pour le compte de ces premiers richards qui ont trouvé un bon filon : faire travailler les plus pauvres pour leur compte, se servir de tous les arguments imaginables pour leur laisser le moins possible.

Crever les hommes et massacrer la terre !

« Je ne comprends pas comment on peut dire qu’on possède un lieu et le traiter aussi mal, il y a des méthodes pour obtenir ce qu’on veut sans massacrer la terre comme une meute de chiens sauvages. » (P. 152)

C’est cet aspect un peu décousu qui m’a déconcerté…sans pour autant m’enlever tout plaisir. Loin de là.

Un grand merci à Babelio

Éditeur : Seuil – 2022 – Traduction par Clément Baude – 327 pages


Lien vers la présentation de C Pam Zhang


Quelques lignes

  • « Leur vie n’est que ventre et pattes, fuite et nourriture. » (P. 18)
  • « Des bouts d’os de bisons, elles en ont vu le long de la piste, jamais en entier. Au fil des ans, les voyageurs ont brandi maillets et couteaux, ennui et besoin, prenant ce qui était facile à trouver pour faire du feu, ou des piquets de tentes, ou pour sculpter à leurs heures perdues. » (P. 37)
  • « Le prochain endroit sera peut-être meilleur, disait Ba chaque fois qu’ils se préparaient à partir pour une nouvelle mine. Le meilleur n’arrivait jamais. » (P. 51)
  • « «Le loyer pour ta jolie maison.» Le patron lève un doigt. «Le charbon.» Un autre doigt. «Tes outils» Un autre. «Ta lanterne propriété de la compagnie.» Un autre. «Et une fille gagne un huitième du salaire. Dégage, maintenant» » (P. 109)
  • « Le sel accroît le goût fatigué de la nourriture. Elle ferme les yeux et, quand elle mâche, la maison aussi s’accroît, pleine de pièces. Un goût qui la fera tenir jusqu’au dimanche. » (P. 147)
  • « …cette contrée où ils vivent est une contrée de choses disparues. Une contrée dépouillée de son or, de ses rivières, de ses bisons, de ses tigres, de ses chacals, de ses oiseaux, de sa verdure et de sa vie. » (P. 153)
  • « Quand tu es née, ma petite Lucy, tu as été comme une ancre tombant du bateau dont parlait souvent ta Ma : tu nous as maintenu au sol, tu nous maintenais ensemble. Tu nous maintenais à cette terre. De ça, j’ai toujours été reconnaissant. » (P. 229)
  • « J’ai envie d’un bout de terre à nous. Pas un endroit où on doit surveiller nos arrières, pas un endroit volé, pas un endroit qui appartient aux bisons ou aux Indiens, pas un endroit épuisé. Cette fois, on ira là où personne ne contestera notre achat. » (P. 289)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s