Jean-Luc Seigle

 » Je ne connais pas de livres qui vous disent de rester à votre place et de ne rien espérer ou de ne rien attendre de la vie ; ceux qui disent ça dans les romans sont toujours des personnages exécrables : les vieilles tantes que l’on trouve dans la littérature anglaise ou les suivantes des grandes héroïnes de la tragédie. » (« Je vous écris dans le noir » )

« L’idée de l’évasion, sous quelque forme que ce soit, est vitale en prison. Grâce à cette bibliothèque que l’on me confia, je m’évadais dans les livres. Ce n’est pas rien, ça. La langue, qui pourtant m’avait condamnée m’aiguillonnait chaque jour. Je m’étais aperçue au bout d’un an de prison que la langue s’y dégradait à une vitesse impressionnante, et sans les livres le processus est encore plus rapide. » (« Je vous écris dans le noir » – P.111)

Francisco Coloane

C’est en mêlant faits réels et fantaisie, en rapprochant des événements survenus en d’autres temps ou d’autres lieux, c’est en vivant, en rêvant, en observant que j’ai pu écrire mes contes et mes récits. Peut-être est-il plus facile de créer de fausses réalités, mais le lecteur adulte ou enfant, éprouvera de la tristesse à l’idée qu’on l’a trompé. Oui, il est plus facile d’inventer une réalité de toutes pièces que de pénétrer dans celle qui nous est la plus proche. Car pour approcher le fantastique qui se cache toujours au cœur de la réalité, il faut du courage, de la détermination. Les écrivains sont comme des dresseurs de chevaux. Tout le monde peut monter à cheval, mais rares sont ceux qui soient capables d’amadouer un animal sauvage. Le problème majeur de la création littéraire est, selon moi, d’harmoniser la profondeur de la pensée avec le reflet de la vérité de la véritable vie, à travers l’image, le symbole ou le mot simple accessible à tous. (Le Passant du bout du monde – P. 94)

Alice Ferney

« L’étrangeté des mots captivait les adultes autant que les enfants. » (« Grâce et dénuement »Grâce et dénuement » – P. 47)
« C’était les livres qui faisaient rêver la vieille. Elle n’en avait jamais eu. Mais elle savait, par intuition et par intelligence, que les livres étaient autre chose que du papier, des mots, des histoires : une manière d’être. » (« Grâce et dénuement » – P. 49)
« Quels secrets y avait-il avec les mots les uns contre les autres. » (« Grâce et dénuement » – P. 86)

Gaël Faye

« Dans son grand salon, mon regard a tout de suite été attiré par la bibliothèque lambrissée qui couvrait entièrement un des murs de la pièce. Je n’avais jamais vu autant de livres en un seul lieu. Du sol au plafond.
– Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé.

– Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne.
– Un livre peut nous changer ?

Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »(Petit pays – P. 168)

Velibor ČOLIĆ

« On a écrit des livres après le goulag, après Hiroshima, après Auschwitz, Mauthausen. Peut-on écrire après Sarajevo? Pour décrire cette destruction qui relève de l’irréel, pour évoquer la caractère lumineux et sacré du sacrifice des victimes? Comme on le sait, comme on l’a répété depuis longtemps, le poète est inéluctablement parmi les hommes, afin de parler de l’amour et de la politique, de la solitude et du sang qui coule, de l’angoisse et de la mort, de la mer et des vents. Pour écrire après une guerre, il faut croire en la littérature.  Croire que l’écriture peut remettre en branle des mécanismes qu’on a mis au rebut lors du recours aux armes. Qu’elle peut ramener l’horreur, incompréhensible et inexplicable, à la mesure humaine. » (« Manuel d’Exil » – P. 105)
 
« Un stylo n’est qu’un symbole et rien d’autre devant les fusils et les canons. » (« Manuel d’Exil » – P. 106)
 
« C’est déplorable et révoltant, je réalise que la littérature est une courageuse sentinelle, une sorte de papier tournesol pour examiner le taux d’acidité et de folie dans ce bas monde. » (« Manuel d’Exil » – P. 126)

Luca Di Fulvio

« Voilà, maintenant essaie d’imaginer ! Pour le moment ce n’est qu’un morceau de papier blanc. Rien d’autre. Mais sur cette page, toi tu peux inscrire tes mots. Et tes mots font naître un personnage. Un homme, une femme, un enfant….Tu vas attribuer un destin à ce personnage. Gloire, tragédie, succès ou défaite. Ensuite un cinéaste viendra. Ainsi qu’un acteur. Tes mots seront filmés. Et alors, dans une salle perdue de…..je ne sais pas, moi – pense un peu à un endroit de merde, au trou du cul du monde – …eh bien, dans cette salle, il y a des gens qui vivront le destin que tu as créé, ils le percevront comme le leur et ils croiront être là, dans ce lieu vrai mais imaginaire qui est sorti d’ici, de cette feuille….[….] C’est ça qu’on te demande. Les règles ne sont là que pour organiser le rêve. » (« Le gang des rêves »– P. 615)
 
« Il dit se rendre à l’évidence : bâtir une histoire, c’était bien autre chose que raconter une trame, et construire des personnages en les faisant interagir de manière vraisemblable, c’était beaucoup plus compliqué qu’esquisser quelques portraits [….]. Savoir inventer des personnages qui aient l’air vivant n’était pas la garantie de pouvoir organiser une histoire qui soit elle-même pleine de vie. » (« Le gang des rêves »– P. 660)