Magyd Cherfi

« Je me dis quand j’y pense que le secret de l’écriture est là. En écrivant on sublime forcément cet effroi qu’est le réel . Pour moi c’en était un au point d’éprouver une jouissance à l’enfermement. Je m’isolais pour réinventer un monde dans lequel j’aurais pas été moins qu’un prince…charmant, musclé et pas con. A défaut d’être « mec », je me suis fait plume et ma haine, plutôt que des poings, s’ est servie d’un stylo. » (« Ma part de Gaulois » – P. 10)

« Je lisais depuis quelques minutes quand trois lascars, Mounir, Saïd et Fred le Gitan se sont approchés de moi…
– Qu’est-ce que tu fais?
– Heu… Je lis.
– T’es un pédé ou quoi? Pourquoi tu fais ça?
– Non mais c’est pour l’école.
– Qu’est-ce qu’on s’en fout de l’école, tu veux des bonnes notes, c’est ça?
– Non, non…
– T’as qu’à lui dire à ton prof qu’on est pas des pédés!
– D’accord.
– D’accord…!? T’es français, c’est ça. 
– Tu veux sucer les Français?
– Non.
– Et ça c’est quoi? Montre!
Il m’a arraché le livre des mains, a lu :
– Une Vie… De Mau… Passant, c’est un pédé lui aussi!
– Mais non c’est pas un pédé.
– C’est quoi alors?
– Un écrivain.
– C’est ça, c’est un pédé. » (« Ma part de Gaulois » – P. 31-32)

Conceicao Evaristo

« Il était persuadé que quand une personne savait lire ce qui est écrit et ce qui ne l’était pas, elle faisait un pas crucial vers sa libération. » (« Banzo, mémoires de la favela » – P. 159)

« Je ne suis pas née entourée de livres, j’insiste. C’est dans le temps et l’espace que j’ai appris depuis l’enfance à cueillir les mots. Notre maison était dénuée de biens matériels mais habitée par les mots. Ma mère et ma tante étaient de grandes conteuses, mon vieil oncle était un grand conteur, nos voisins et amis contaient et racontaient es histoires. Chez nous, tout était raconté, tout était motif de prose-poésie. Mais c’est également au sein de ma famille que le monde de la lecture, celui du mot écrit, me furent présentés. Majoritairement semi-analphabète, tout mon entourage était néanmoins séduit par la lecture et l’écriture. Nous avions toujours à la maison des vieux livres, des vieilles revues, des journaux. Je me souviens de nos nuits de lecture, où ma mère ou ma tante feuilletaient avec nous les pages imprimées et les traduisaient. En grandissant, j’inversai les rôles et fis moi-même la lecture pour tous. » (Préface de « L’histoire de Ponciá » Discours prononcé en 2009 par Conceição Evaristo, lors d’un colloque de littérature)

Nathacha Appanah

« Quand Stéphane me demandait pourquoi je lisais toujours le même livre, je haussais les épaules parce que je ne voulais pas lui expliquer que ce livre-là était comme un talisman qui me protégeait du monde réel, que les mots de ce livre que je connaissais par cœur étaient comme une prière que je disais et redisais et peut-être que personne ne m’entendait, peut-être que ça ne servait à rien mais qu’importe. Ouvrir ce livre c’était comme ouvrir ma propre vie, cette petite vie de rien du tout sur cette île, et j’y retrouvais Marie, la maison et c’était la seule façon que j’avais trouvée pour ne pas devenir fou, pour ne pas oublier le petit garçon que j’avais été. » (« Tropique de la violence » – P.126-127)

Jean-Luc Seigle

 » Je ne connais pas de livres qui vous disent de rester à votre place et de ne rien espérer ou de ne rien attendre de la vie ; ceux qui disent ça dans les romans sont toujours des personnages exécrables : les vieilles tantes que l’on trouve dans la littérature anglaise ou les suivantes des grandes héroïnes de la tragédie. » (« Je vous écris dans le noir » )

« L’idée de l’évasion, sous quelque forme que ce soit, est vitale en prison. Grâce à cette bibliothèque que l’on me confia, je m’évadais dans les livres. Ce n’est pas rien, ça. La langue, qui pourtant m’avait condamnée m’aiguillonnait chaque jour. Je m’étais aperçue au bout d’un an de prison que la langue s’y dégradait à une vitesse impressionnante, et sans les livres le processus est encore plus rapide. » (« Je vous écris dans le noir » – P.111)

Francisco Coloane

C’est en mêlant faits réels et fantaisie, en rapprochant des événements survenus en d’autres temps ou d’autres lieux, c’est en vivant, en rêvant, en observant que j’ai pu écrire mes contes et mes récits. Peut-être est-il plus facile de créer de fausses réalités, mais le lecteur adulte ou enfant, éprouvera de la tristesse à l’idée qu’on l’a trompé. Oui, il est plus facile d’inventer une réalité de toutes pièces que de pénétrer dans celle qui nous est la plus proche. Car pour approcher le fantastique qui se cache toujours au cœur de la réalité, il faut du courage, de la détermination. Les écrivains sont comme des dresseurs de chevaux. Tout le monde peut monter à cheval, mais rares sont ceux qui soient capables d’amadouer un animal sauvage. Le problème majeur de la création littéraire est, selon moi, d’harmoniser la profondeur de la pensée avec le reflet de la vérité de la véritable vie, à travers l’image, le symbole ou le mot simple accessible à tous. (Le Passant du bout du monde – P. 94)