
« Les grands crimes contre la nature demeurent totalement muets. Et sans doute est-il trop tard pour y penser. » (P. 252)
Nous connaissons tous cette photo qui fait la couverture de ce titre…mais je ne me souvenais pas…peut-être ne l’avais-je jamais lu que toute cette rouille était due à Staline…intérêt de ces réseaux de lecteurs qui échangent leurs avis…leurs coups de cœurs !
Projet fou d’un homme, qui était rendu malade par le vent « Il ordonne aux savants de poursuivre, jusqu’au bout du monde s’il le faut, le souffle sacrilège qui a osé l’humilier. » (P. 13) …..l’humilier et le rendre -encore plus- malade, lui l’homme de fer, pas bien dans sa tête.
Seule la nature peut le rendre malade, alors il décide de l’affronter, de la mettre au pas, à son pas, de supprimer « le baiser de la steppe »!
Alors il décide de lancer l’opération « La grande soif » qui consistera, rien de moins, qu’à détourner les deux fleuves qui alimentaient cette mer!!! les détourner afin de créer de part et d’autre de leur futur lit une grande zone agricole de culture du coton ….« La mer d’Aral ne sert à rien, elle doit disparaitre. »
Un écocide, le premier sans doute de l’histoire…un écocide qui devait nier jusqu’à l’existence passée de cette mer…Les photos prises par satellite « avant-après » sont impressionnantes.
Qu’importent les pêcheurs, contraints de laisser rouiller leurs bateaux…il leur était impossible de critiquer le moustachu…..on savait ce qu’on risquait !
Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas eu entre les mains, un article ou un livre sur cette période – et ce fou de Staline- entre les mains.
Oui il avait beaucoup de vent dans la tête…Que de livres mettant en scène ce malade ont été édités !
Le magazine Geo nous confirme, photos à l’appui les conséquences de ce grand vent qui soufflait dans la tête du vieux Joseph : https://www.geo.fr/environnement/disparition-de-la-mer-daral-un-ecocide-orchestre-par-lurss-au-coeur-dun-roman-daventure-maritime-213642
« Les grands crimes contre la nature demeurent totalement muets. Et sans doute est-il trop tard pour y penser. » (P. 252)
Un beau moment de lecture.
Vers la présentation de Fabien Vinçon
Quelques lignes
- « Que cette mer lointaine soit mise à mort ! Elle renferme la sédition en son sein. Deux attentats ignobles ont été perpétrés contre les plus hautes autorités de ce pays. La science nous permettra d’effacer une mer frondeuse qui n’a pas sa place dans le monde radieux que nous édifions. Ainsi ordonne-t-il, le 12 septembre 1950 de creuser le grand canal turkmène qui détournera le fleuve Amou-Daria vers la mer Caspienne. Plus de mille kilomètres de tranchées à travers le désert du Karakoum, en cinq ans. Il exige que trois usines hydro-électriques géantes sortent de terre, il envisage de décupler la production de coton de la région. Des travaux uniques dans l’histoire de l’Humanité. La mer d’Aral y perdra un de ses principaux cordons nourriciers. » (P. 20-1)
- « Dans quel autre pays un petit paysan aux sabots crottés ou un fils de cordonnier peut-il devenir chimiste, géomètre ou pilote de chasse? Dans quel pays est-il encouragé par ses professeurs et se voit-il octroyer un emploi garanti à vie dans l’un des innombrables organismes d’État? Ces cadeaux qui lui sont offerts sur un plateau. » (P. 36-7)
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« L’amélioration des plantes et des animaux ne suffit plus aux hommes, il faut maintenant remodeler les paysages, les reliefs et les climats. En définitive, la nature n’a pas d’existence propre. Elle ne sert qu’à nourrir, chauffer ou permettre l’épanouissement du peuple. un premier pas décisif a été accompli. La mer d’Aral, fort inutile et si peu poissonneuse en dépit de nos nombreuses tentatives pour accroître sa productivité, a été effacée au profit d’immenses cultures de coton » (P. 141)
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« Staline sait que la terreur procède d’abord de l’effet de sidération, de le stupeur qu’il lit au fond des yeux de ses proies, elle lui procure une vive jouissance. » (P. 159)
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« Tout ce qu’il reste de la mer d’Aral doit être éradiqué. Il faut maintenant liquider la culture des hommes qui peuplent ses rivages, leurs traditions, leurs croyances. Substituer notre vision, notre langue, notre civilisation à leurs légendes. Effacer leurs souvenirs. Après notre passage, il ne devra rien en rester. » (P. 184)

