« Les douze balles dans la peau de Samuel Hawley » – Hannah Tinti

Les douze balles dans la peau de Samuel HawleyDifficile de se faire une opinion tranchée sur le personnage de Samuel Hawley, héros principal de cette longue ballade américaine, petit truand toutefois attachant. 
Quant au roman c’est à la fois une histoire familiale, celle d’un père et de sa fille, un roman noir mêlant bons et mauvais garçons, un récit d’aventures dans ces paysages américains du Massachusetts à l’Alaska, une ode à la protection de la nature, un thriller…Un roman qui pourrait servir de scénario à un de ces films noirs américains dans lesquels humour, beaux paysages, violence se côtoient… tournés par les frères Coen. 
Samuel Hawley est un petit malfrat qui gagne sa vie en participant à des cambriolages, en étant homme de main pour des truands…bref, le genre de bonhomme qui peut difficilement avoir une vie de famille rangée. Un bonhomme qui avant de sortir, choisit dans sa panoplie les armes qui vont l’accompagner..Il n’en manque pas….

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« Le poète de Gaza » – Yishaï Sarid

Le Poète de GazaIl est agent des services secrets israéliens, spécialiste des interrogatoires musclés au cours desquels il utilise la violence, les coups pour faire parler les plus récalcitrants, pour obtenir un nom, une dénonciation… Toujours sur la brèche, il lutte en permanence contre les kamikazes cherchant à se faire exploser devant une synagogue, dans un bar. Alors tout lui est permis. Quelques fois les prisonniers meurent. Ses chefs lui le reprochent : le mort n’a pas parlé, n’a pas livré ses secrets, des noms…Ils lui demandent d’avoir un entretien, qu’il fuit, avec un psychologue.
Pour lui, dans Israël qui possède « des satellites-espions capables de détecter l’odeur du rot que laissera échapper n’importe quel gars de Jénine après avoir mangé un hoummous aux fèves et aux oignons, on en revient toujours aux mêmes méthodes : la douleur, la peau, les nerfs, le sac en toile puant sur la tête, les mains attachées par des liens qui entaillent la chair. Le seul moyen d’éviter ça, c’est de les faire crever de trouille à l’idée de ce que tu risques de leur infliger. »

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« Tropique de la violence » – Nathacha Appanah

Tropique de la Violence_3735Un jeune homme, Moïse est enfermé dans une cellule d’un poste de police de Mayotte, petite île française.Il a tué Bruce.
Arrivant gamin sur l’île avec sa mère dans l’un de ces « kwassas kwassas », ces embarcations de fortune venues surchargés depuis les îles voisines avec ces émigrés cherchant là une vie meilleure dans ce paradis pour touristes. Ces touristes, et cette île aux belles plage et luxueux hôtels que Natacha Appenah ne nous dépeindra pas. Nous ne connaîtrons que le coté sinistre de Mayotte. Moïse a des yeux vairons, un noir, un vert..signe de malheur qui lui vaudra d’être rejeté par sa mère et d’être suspecté par tous d’être habité par un djinn. Marie, infirmière au grand cœur sera là pour l’accueillir, bébé, et l’adopter. Toujours accompagné par son chien Bosco, il porte avec lui « L’enfant et la rivière ». 

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« Le grand combat » – Ta-Nehisi Coates

Le grand combatQuand on est un gamin noir, vivant dans les années 80 dans le quartier, le ghetto de West-Baltimore, les seuls horizons qui s’offrent sont la drogue, les gangs, la violence, les flingues et la mort violente sur le bord d’un trottoir…les tentations sont grandes, on marche en permanence sur le fil du rasoir. 
Dès les premières pages du livre, Coates témoigne de la violence qui règne dans  ces quartiers :  « À cette époque, Baltimore était la proie des factions, divisée en gangs qui prenait le nom de leur quartier. Ceux de Walbrook Junction régnaient en maîtres, jusqu’à ce qu’ils se heurtent à North et Pulaski, une bande de lâches sans vergogne, le genre à te mettre la honte devant ta meuf. Mais tout en haut trônait Murphy Homes. L’ampleur de leur scélératesse leur conférait une dimension mythique. Partout où ils passaient -la vieille ville, Shake and bake, le port -, il brisaient des genoux et pêtaient des tronches. Jusqu’aux confins les plus reculés, on entendait résonner leur nom : Murphy Homes cassait du négro à coups de pistolet de pompe à essence. Murphy Homes lacérait les dos et versait du sel dans les plaies. Murphy Homes se téléportait en un clin d’oeil, volait à dos de chauve-souris, accomplissait des rites macabres au sommet de Druid Hill. »
Mais quand on s’appelle Ta Nehisi Coates, on a sur les autres un avantage : on a un père qui s’occupe de vous, qui veille sur vous, un père qui ne démissionne pas, un père qui s’engage à la fois pour ses enfants, et pour la communauté, un père instruit, vivant dans les livres, « Il clamait que le peuple avait besoin de livres et il lui en fournissait. », ancien militant des Blaks Panthers, il a connu Malcom X. Le clan Coates c’est trois autres femmes acceptées par la maman de Ta-Nehisi et sept autres enfants, nés des unions légitimes ou non de William Paul Coates..On s’y perd un peu, mais tous vivent en bonne intelligence, et craignent la ceinture du père, qui n’hésite pas à s’en servir…
Sans lui, les gamins auraient pu mal tourner. Mais il leur a permis cet éveil, leur a ouvert la voie vers la Conscience et la Connaissance…qui ont façonné Ta-Nehisi, Conscience de l’histoire des Noirs au États Unis, de leur place dans le monde. Un encouragement à lever la tête, à s’affirmer, à apprendre et à partager : « Une balle pouvait éliminer un ennemi, une grenade en tuer quelques uns, en revanche la machine à polycopier pouvait toucher le cœur et l’esprit de milliers d’entre eux et faire naître encore plus d’alliés. »
Ta-Nehisi a parfois emprunté des chemins de traverse qui auraient pu le faire basculer : il a été mis à la porte pour violence de certaines écoles…mais la ceinture du père et la musique l’ont chaque fois remis sur le droit chemin. 
La musique, c’est le hip-hop, les percussions et le djembé. qui rythment les pages du livre et les heures de loisirs du gamin. 
Le Grand Combat est à la fois un livre témoignage « coup de poing » sur cette vie dans les banlieues noires, sur cette époque, sur la situation des Etats-Unis dans les années 80, un livre d’amour et de reconnaissance pour ce père qui, par l’éducation qu’il leur a donné,  a permis à Ta-Nehisi et à ses frères et sœurs  d’échapper à ce déterminisme, à cette voie toute tracée pour de nombreux gamins, celle de la drogue, de la violence, de la mort violente. Un témoignage qui peut sans doute être transféré et utilisable pour d’autres quartiers, dans d’autres pays et d’autres temps.
Le Grand Combat, est aussi un livre message sur le combat que chacun, quel que soit son lieu de vie, peut mener afin de s’élever dans la société par la Conscience de sa place, de son rôle et par le désir d’améliorer ses Connaissances

C’est enfin un livre d’espoir, qui après « Une colère Noire », laisse à penser qu’on entendra encore parler de l’auteur Ta-Nehisi Coates


Quelques lignes sur le livre
  • Les statistiques étaient désastreuses et souvent récitées : un jeune Noir sur vingt et un tué, en général  par un autre noir, plus d’entre nous en prison qu’à l’université. » (P. 19)
  • « La bicoque croulait sous la Connaissance ; les pièces étaient remplies de livres aux titres prophètiques évoquait l’action militante et la gloire recouvrée. [….] Mon père avait des amis qui lui ressemblaient ; ils formaient des collectifs et organisaient des fêtes en l’honneur de Malcom X, et de Marcus Garvey. » (P. 25)
  • « Mon père à sept enfants de quatre femmes différentes. […] Vu comme ça c’est le bordel, mais pour moi c’est de l’amour. C’est ce qui a formé et forme encore ma définition de la famille. » (P. 28)
  • « Nous étions coupés en deux : un pied en Amérique, l’autre dans un pays en guerre. On nous demandait de nous comporter en individus civilisés, alors que le monde autour de nous était au bord du carnage. Bill avait perdu toute mesure. Être armé signifiait prendre les commandes de nos existences à la dérive. Un flingue, c’était une machine à explorer le temps et une ancre : c’était lui qui dictait les événements. Être armé, c’était être son propre maître, devenir autre chose qu’un homme dont la vie et la mort pouvaient simplement être saisies et jetées au hasard. » (P.48-49)
  • « Cependant, j’avais beau faire, la rue n’était pas mon habitat naturel. » (P. 67)
  • « Règle de la Connaissance numéro 2080 : du ver de terre à l’homme l’univers est remplie de petits despotes. Il valait donc mieux apprendre à se défendre que de passer sa vie à courber l’échine et à tirer sur sa chaîne. » (P. 81)
  • « Il était de ceux qui croyaient que notre mal – une population paupérisée, souffrante, illettrée, mutilée, abrutie, plus éprouvée qu’aucune autre dans ce pays – n’était pas une tumeur à exciser, mais la preuve que le corps tout entier était tumeur, que l’Amérique n’était pas victime de la gangrène, mais qu’elle était la gangrène même. » (P. 91)
  • « Fils, commença mon père, tu vas devenir un homme imposant. Tu vas devoir apprendre à être conscient de ton corps. Tu n’es pas méchant, mais, à cause de ta taille, tu feras des choses qui paraîtront menaçantes à certains. Il faut que tu fasses attention en particulier à proximité des Blancs. Tu es grand et fort, et tu es un jeune homme noir. Tu dois faire attention à ce que tu fais et à ce que tu dis. » (P. 199)
  • « Fuir le ghetto ne nous sauvera pas, car partout nous sommes présumés violents, partout on se demande quelle sera notre prochaine victime. Le fléau qui ravageait ma ville déchue m’avait détruit pour me reconstruire à son image. On m’avait pris mes ailes et donné un couteau à la place. Je m’étais égaré, là-bas. mes rêves s’étaient atrophiés  ne me laissant que l’instinct de survie, un minimum de dignité et de respecte de soi. » (P. 219)
  • « Tous les soirs, nous parlions pendant des heures de ces riens dont dépend l’avenir du monde quand on est jeune » (P. 223)

« Le dérèglement du monde » – Amin Maalouf

le dérèglement du mondeUn titre « coup de poing », et un auteur qui m’a séduit chaque fois que j’ai ouvert un de ses livres…il n’en fallait pas plus pour m’attirer quelques mois après les attentats de Paris…et pendant cette lecture j’apprends les attentats de Bruxelles…
Le Maître-mot de ce livre est « Pourquoi? » Pourquoi en sommes nous arrivés à ces guerres, à cette violmence, à ces dérèglements climatiques.. ?
En effet : « Nous sommes entrés dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les premiers mois, des événements importants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique »

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