« Notre famille » – Akhil Sharma

« Pour moi, les deux meilleures choses de l’Amérique étaient la télévision et la bibliothèque. »

Ajay, le jeune indien a 10 ans quand ses parents décident d’émigrer aux États-Unis…Dès que la famille le sait, tous se précipitent pour récupérer tout ce qui ne pourra être emporté, une famille à la fois heureuse pour eux mais jalouse aussi .

Le rêve américain est enfin à la porté des deux gamins, Ajay et son frère Birju, gamin doué qui doit intégrer la Bronx Hight School of Science…Chacun rêve de réussite et prend plaisir à rejoindre leur oncle et tante déjà installés aux USA…tout serait si simple si….

Un  « si » dont je ne parlerai pas mais qui va rendre cette intégration plus difficile et plus douloureuse.  Et surtout plus dramatique

Ajay doit faire face aux remarques pas toujours gentilles, lancées par des gamins blonds à un gamin un peu trop « métèque »  à leur goût. Il y a un monde entre le rêve et la réalité…Ces remarques en abattraient plus d’un.

Au contraire elle stimulent le gamin. Ajay doit, seul, porter les rêves de réussite et d’intégration de la famille et faire rêver ses petits camarades, afin d’être reconnu. Quoi de mieux qu’un frère, héros fort et secret, pour montrer à tous que lui aussi….son imagination fait le reste. Et pourtant….

La lecture lui ouvre des horizons nouveaux qui effacent les dures réalités du quotidien. Petit indien, petit métèque fait tout pour s’intégrer,  pour être un américain, comme eux …pas toujours facile loin de là quand à la maison, le père picole de plus en plus, quand les assurances répondent « stop, ça suffit », et quand les faiseurs de miracles baissent les bras.

Malgré tout Ajay avance dans la vie et les études, et le petit métèque se bat, se bat et gagne.

Sans doute pour conjurer ce malheur qui a frappé la famille.

Un livre en grande partie autobiographique que l’auteur mettra dix ans à écrire…dure intégration couronnée de succès.

Un livre émouvant, drôle parfois, ne sombrant jamais dans le pathos….un grand plaisir de lecture.

Éditions de l’Olivier – Traduction : Paule Guivarch – 2015 – Parution initiale en 2014 – 220 pages


Lien vers la présentation d’Akhil Sharma


Quelques lignes

  • « Je ne pouvais me résoudre à croire qu’une fois que j’aurais quitté l’Inde, la maison de mes grands-parents continuerait d’exister, et que les caniveaux de la ruelle déborderaient toujours d’eau savonneuse. » (P. 22)
  • « « Est-ce que je deviendrai célèbre ? demandai-je finalement. – Je ne peux pas te révéler l’avenir, répondit Dieu. – Pourquoi ? – Même si je te révélais quoi que ce soit, je pourrais changer d’avis. – Mais ce serait plus difficile pour vous de changer d’avis après avoir dit qu’un certain événement allait arriver. » Dieu rit de nouveau. « Tu seras si célèbre que la célébrité deviendra un problème.. » (P. 59)
  • Au sujet de Paris….
    • « Là-bas, tous les bâtiments ressemblent aux Maisons du Parlement. C’est la plus belle ville du monde. Seulement il y a de la merde de chien partout. Quel est l’intérêt d’une aussi belle ville si l’on est obligé de regarder constamment par terre ?.» (P. 128)
  • « Il me déclara un jour qu’il était furieux de ne pas peser davantage parce que, alors, il pourrait absorber de plus grandes quantités d’alcool avant de tomber ivre mort. Il me dit également que c’était quand il avait recommencé à boire qu’il avait pris conscience qu’il ne pouvait s’en empêcher, qu’il n’avait pas le choix et que, quand il portait la bouteille de scotch à sa bouche, sa main continuait à la presser contre ses lèvres même quand il avait décidé d’arrêter, comme si cette main appartenait à quelqu’un d’autre. » (P. 186)

« Le roman vrai du curé de Châtenay – 1871-1914 » – Alain Denizet

« Il est le seul à être à l’origine d’un scandale public à nul autre pareil dans les annales de l’Église. »

Difficile pour moi de refuser cette proposition de lecture, celle de l’histoire d’un curé de campagne qui a fauté…devant Dieu et les lois de Dieu écrites par les hommes.

Difficile de refuser, tout d’abord car ce texte me promettait de revenir au cœur de cette Beauce que j’ai arpentée pendant plusieurs années lors de mon premier emploi. C’était dans les années 70.

L’abbé Delarue, dont la famille s’est saignée aux quatre veines pour financer ses six ans d’études, officie dans un petit village proche d’Auneau et d’Étampes…ce pays triste à mourir les jours de pluie ou de brouillard, plat comme la main, sans beaucoup d’arbres ni de relief.

Les montagnes et forêts du jeune auvergnat que j’étais, me manquaient beaucoup.

Tout était différent pour Joseph Delarue, il était un enfant du pays et Dieu donnait du relief à sa vie, Dieu qu’il voulait approcher et servir en devenant un de ses curés..un de ces curés corbeaux pédalant soutane au vent sur leur bicyclette, de ferme en ferme.

Promis au célibat, Joseph Delarue doit affronter et faire avec les décisions de l’État en matière d’enseignement privé et d’autre part avec celles de l’évêché, notamment lorsqu’il souhaite créer une école religieuse, dont la responsabilité  sera confiée à une jeune femme Marie…qui elle aussi envisageait, un temps, une vie religieuse..

Alors que les premiers signes de désaffection de l’Église se manifestent, Joseph se bat, croit en sa mission…tant d’autres ne sont pas allés au terme de cette formation de futurs prêtres…il est fier de faire de la présence de Dieu dans sa vie et dans son église, sa joie de vivre.

Mais un jour  de juillet 1906, il ne revient pas de Paris où il s’était rendu. On retrouve sa bicyclette et son chapeau de curé…Quant au curé, il a disparu, volatilisé. On le recherche en faisant même appel à une hyène, animal bien connu pour sa  capacité à trouver des cadavres……et à des mages hindous. Ça prête à rire!

Pas de curé..Les journaux, notamment ceux qui bouffent du curé s’emparent de l’affaire, trop heureux de faire leur boulot de charognards…ce seront eux les véritables hyènes.

Cet autre aspect…l’aspect religieux a été également déterminant dans ma décision de lire et de commenter ce livre….une religion qui me fut imposée, qui bouffa en partie ma vie d’enfant…c’est mon jardin secret…jusqu’au jour ou je dis « ça m’emm… » et je pris mes clics et mes clacs…

Cette histoire de curé amoureux, que Zola aurait pu signer, est une non histoire…une histoire dont chacun devrait se moquer en l’ignorant! Après tout, qu’ils fassent ce qu’ils veulent, c’est leur problème d’homme, c’est leur problème au regard de leur conscience et de leurs engagements…. c’est en tout cas ma vision des choses.

Mais en cette fin du  XIXème siècle ce n’était pas pareil, loin de là.

Alain Denizet en a fait un livre oh combien érudit, intéressant et instructif! Très beau travail  de recherche, de documentation et de mise en forme qui propose au lecteur des extraits des journaux de l’époque, des photos anciennes! Chapeau bas !

Il n’a rien inventé, il s’est juste contenté de nous raconter cette histoire de curé qui a fauté avec l’institutrice de l’école, fauté au point de lui faire un enfant..et de disparaître, pour vivre un amour.

Rédactions des journaux dont « Le Matin » et de tous les autres, tous aussi Ici-Pourris les uns que les autres, bien trop faibles pour attaquer frontalement  l’institution « Église » mais démontrant si besoin était la place et le rôle de l’Église en cette fin du XIXème siècle…en faisant leurs choux gras, sans vergogne et en glosant sur un curé qui a fauté en couchant avec une femme. Ensemble ils ont eu Jeanne.

Ces journaux allèrent jusqu’à rémunérer le curé et Marie Frémont pour leurs mémoires…tous deux acceptèrent ce fric dont ils avaient tant besoin!

Quel journal oserait aujourd’hui écrire juste un entrefilet sur un tel non-événement ? 

La foule s’y intéressait….sinon les journaux n’en auraient pas parlé.

C’est cette vision de la société, cette passion des lecteurs pour une coucherie entre un curé et une femme qui sont également à souligner et à prendre en considération ! Une image d’un temps heureusement révolu !

C’est ce qui rend cette lecture intéressante : ce retour en arrière est instructif  et rétrospectivement dérangeant!

Ce « non évènement » a fait l’objet d’un feuilleton national qui sans aucun doute passionna les foules. Nombreux furent les articles, Alain Denizet n’a rien inventé..non, il a juste consulté de nombreux documents disponibles dans des archives départementales ou nationales, consulté des journaux de l’époque…bref, il a fait un travail énorme de recherche, de documentation et d’écriture afin que le lecteur prenne conscience des manipulations de l’Église, de l’institution, de la question de la chasteté et du célibat des prêtres…

Il a également pointé du doigt toutes les saloperies – je n’ai pas d’autres mots – de l’Église afin que notre curé rentre dans le bon chemin et oublie cette enfant née de son amour pour une femme. En effectuant cette recherche érudite, il a également pointé du doigt ce qui intéressait la population…Que de chemin parcouru depuis !

On n’imagine pas un seul journaliste montant en épingle une telle histoire de nos jours! Oui cette lecture est révoltante, en tout cas ce fut mon ressenti, car une fois la faute connue de l’Église, celle-ci fit tout pour que ce curé rentre dans le rang.

Je vous passe mon indignation.

Non, ce n’est pas un roman, il prêterait presque à rire, à rire de la bêtise de l’Église. Mais rien n’est inventé. C’est pire! C’est juste la vie d’un homme et d’une femme amoureux, et d’une gamine née de cet amour. Trois vies gâchées par l’Église au nom de principes religieux inventés par des hommes, et non par Dieu!

Merci pour cet important travail, pour cette recherche très documentée

Merci pour ce retour en pays beauceron, et aussi, mais c’est encore plus personnel, pour ce retour vers cette formation familiale religieuse qui me fut inculquée et imposée… et que j’ai fui.

Avec bonheur!

Ella Éditions ((28300 Lèves) – 2021 – 333 pages


Lien vers la présentation d’Alain Denizet


Quelques lignes

  • « Pour la famille, envoyer un fils au séminaire représente un sacrifice. C’est deux bras en moins pour les champs et de grosses dépenses en plus pour s’acquitter de l’écolage et des frais annexes. » (P. 22)
  • « Il se passe dans l’Église de France un phénomène qu’elle n’avait point encore présenté. Des prêtres, chaque année de plus en plus nombreux, la quittent pour  rentrer dans la vie ordinaire. » (P. 52)
  • « L’affaire Delarue est devenue une rente. » (P. 105)
  • « ..leur histoire d’amour et la future maternité de Marie Frémont ravivent le débat sur le célibat des prêtres, la chasteté et le sexe dans l’Église. Enfin l’annonce faite par l’abbé Delarue de quitter la soutane interroge sur la situation des prêtres défroqués. » (P. 241)
  • « Les sources qui ont nourri les chapitres précédents ont été assez aisées à trouver. Archives nationales, départementales, diocésaines; Bibliothèque nationale de France, sites de journaux anciens français et étrangers.  » (P. 298)

« Les rêves de mon père » – Barak Obama

« ….ce qui se retrouve dans ces pages est le récit d’un voyage personnel, intérieur, la quête d’un garçon à la recherche de son père et, à travers cette quête, le désir de donner un sens utile à sa vie de Noir américain. »

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« Le cheval rouge » – Eugenio Corti

 « Les brigades italiennes d’infanterie alpine sont les seules formations d’infanterie au monde qui enthousiasment vraiment un militaire. » »

(Général Guderian, chef de l’état-major allemand, à la fin de la guerre) …

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« Pour être enfin libre » – Shirin Ebadi

« Je ne m’opposais pas à l’État, je défendais les droits de l’Homme, et je fondais mes critiques de L’État sur des bases juridiques. Mais les gouvernements autoritaires n’aiment pas les nuances; ils ne supportent aucune critique…. »

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