« Apeirogon » – Colum McCann

« Une pierre conduit à une balle. Et un autre kamikaze conduit à une autre frappe aérienne. Et ça n’arrête pas. Jamais. »

Rami Elhanan est Israélien. Agé de  67 ans, il est graphiste.

Bassam Aramin quant à lui est un  Palestinien âgé de 48 ans.

Ils n’étaient pas faits pour se rencontrer, pour devenir amis. Ils auraient pu être ennemis, souhaiter la mort de l’autre. Le drame de leur vie, la mort de leurs enfants, le hasard a permis leur rencontre et les a, au contraire, rapprochés.

Tous deux militent dans l’association « Fight for Peace »

Smadar, fille de Rami, avait treize ans, quand elle a été tuée dans un attentat palestinien en Israël. Abir, fille de Bassam était, quant à elle, âgée  de dix ans  quand elle est morte touchée derrière la tête par une balle en caoutchouc tirée par un soldat israélien. 

Deux victimes collatérales d’un conflit qui n’en finit pas, deux destins d’enfants, qui n’auront sans doute pas fait l’objet d’un entrefilet dans les colonnes des journaux, tant ils font partie d’une certaine forme de normalité…de la vie de ces israéliens.

Deux morts d’enfants, de deux innocents à dix  années d’écart.

Depuis les pères se sont rencontrés, se sont appréciés….deux pères, l’un israélien, l’autre palestinien unis dans une même souffrance s’appuyant l’un sur l’autre, parlant…la parole pour se comprendre, pour comprendre leur similitude de souffrance, pour s’épauler.

« Ils étaient les amis les plus improbables qui soient, au-delà même du fait évident que l’un était israélien et l’autre palestinien.« 

Colum McCann quant à lui, a rencontré ces pères, et en a fait un texte à la construction inhabituelle, parfois déroutante au début. 1001 petits textes, de quelques lignes à quelques pages, retours en arrière ou réflexions des deux papas, sans chronologie…les souvenirs leur reviennent en tête.

Ils se rencontrent, ont besoin l’un de l’autre , éprouvent le besoin de se parler…de parler des aberrations de cette politique, de parler de cette violence sans fin.

Souffrance de deux papas, mais aussi de tant d’autres familles, qui n’arrivent pas à comprendre cette politique, ni non plus à faire leur deuil.

Découverte pour le lecteur de la condition de vie de ces israéliens et palestiniens, du fait du nombre important de digressions fourmillant d’informations et des photos illustrant l’ouvrage.

Pour information, un « Apeirogon », est un mot qui désigne une figure géométrique au nombre infini de côtés….

Oui, c’est un livre qui m’a bousculé, à la fois du fait des situations relatées, des personnages, de sa construction particulière et remarquable qui nécessite un certain temps d’adaptation…C’est rare, mais j’ai besoin de le relire…de revivre ces émotions

Gros coup de cœur !

« Le meilleur jihad est celui que l’on mène contre soi-même. » (P. 139)

Éditeur : Belfond – Traduction par Clément Baude – 2020 – 507 pages


Lien vers la présentation de Colum McCann


Quelques lignes

  • « Peu à peu, Bassam se rendit compte que leur seul point commun était que tous avaient voulu tuer des gens qu’ils ne connaissaient pas. » (P. 42)
  • « Surveiller les têtes basanées dans le bus. Toujours repérer la sortie. Si le bus arabe se retrouve à côté de vous dans la circulation, priez pour que le feu passe au vert. » (P. 59)
  • « Il n’y aurait aucune sécurité tant que l’Occupation ne cesserait pas. Essayez un checkpoint ne serait-ce qu’une journée. Essayez un mur en plein milieu de votre cour d’école. Essayez vos oliviers défoncé par un bulldozer. Essayez votre nourriture en train de moisir dans un camion à un checkpoint. Essayez l’occupation de votre imaginaire. Allez-y. Essayez. » (P. 144)
  • « On a compris qu’on voulait s’entretuer pour parvenir à la même chose, la paix et la sécurité.. Imaginez ça, quelle ironie, c’est fou. »(P. 267)
  • « Il y aura la sécurité pour tous le jour où il y aura la justice pour chacun. » (P. 268)
  • « Les gens étaient chaotiques à l’unisson. Moléculaires dans leur frénésie. Pourtant, ça fonctionnait. Même les opposés diamétraux s’attiraient. De temps en temps, ils se rentraient dedans et cela faisait trembler le sol. Il y avait la droite et il y avait la gauche, il y avait les orthodoxes et les laïcs. Il y avait les Arabes et le Juifs, il y avait les homos et les hétéros, il y avait le high-tech et le hippie, les riches et les terriblement pauvres. Israël était un condensé de tout. Un pays minuscule qui craquait aux coutures, mais dans lequel ils étaient tous embarqués. Tous les rêves, toutes les névroses au soleil. Les psychoses. Les passivités. Les prétentions. La fierté. L’électricité omniprésente. Et la peur aussi. Chacun portait une armure bruyante. » (P. 422)
 
 
 

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