
«Le racisme et l’antisémitisme étaient ses nouvelles raisons de vivre. Il se sentait bien au parti, car celui-ci dérivait également dans ce sens et à vive allure. » (P. 101).
Je n’aurais sans doute pas feuilleté ce titre, si des circonstances familiales découvertes par hasard, à l’occasion d’une indiscrétion ne m’avaient titillé les oreilles.
Oui, au sein des familles, certaines circonstances de l’Histoire sont tues et soigneusement cachées…mais le hasard de ces quelques mots échappés au cours d’un repas, m’ont titillé pendant plus de soixante ans. Mots vite cachés, à la suite des gros yeux de circonstance. Il est des histoires voire des erreurs ou des passés familiaux qui ne méritent pas d’être évoquées, passes familiaux qui ouvrent une porte que tous cherchent à fermer le plus vite possible, surtout devant les enfants….mais le gamin de 15 ans que j’étais, avait été remué par ce silence imposé par les gros yeux de certains, et le silence réprobateur qui suivit, obligeant la discussion d’emprunter d’autres voies .
Aujourd’hui, le plus vieux survivant de ce repas familial a eu des réponses à ces mots de hasard, mots et maux qui m’ont longuement hanté.
Oui il est des tares familiales qui doivent impérativement être tues et cachées sous les assiettes au moment des repas.
Et j’avoue que cette lecture a contribué à m’ouvrir un peu plus les yeux, les oreilles et l’esprit sur cette période d’infamie, période qui semble, de nouveau, vouloir pointer son nez et imposer ses vues…de l’autre côté de l’Atlantique, et ici aussi..
Toute cette période de notre Histoire est née d’une idée et d’un projet porté par Doriot « brillant orateur qui jouissait d’une grande popularité au sein du Parti communiste. […] « Il effectua plusieurs voyages à Moscou où il rencontra Joseph Staline » et « était même l’un des principaux dirigeants du PCF »
Il évolua avec le temps et fut exclus du PCF… pour se rapprocher de la droite la plus extrême. Droite dont il fut l’un des chantres et des animateurs
C’est cette longue évolution qui est mise en roman dans ce titre…La nausée n’est jamais loin, voire toujours présente…..mais surtout ce titre nous en apprend beaucoup sur cette période cachée et tue au sein de certaines familles et surtout peu évoquée à l’occasion de ma scolarité .
Les silences familiaux avaient une cause que je comprends encore plus avec cette lecture. Dommage que la religion ait mis un voile pudique sur cette histoire à cacher à tout jamais…Voile qu’il me plaît de déchirer.
J’ai, en tout cas, avec cette lecture un embryon de réponse. L’école et le lycée ne m’en avaient pas parlé ou si peu…la guerre était achevée depuis une quinzaine d’années et les discussions familiales étaient bien trop superficielles et timorées pour évoquer cette période… qui ne fit que rarement l’objet de précisions. Cette honte !
Cette lecture m’a permis d’en savoir un peu plus..mais peut-être pas tout.
Ah ! Que j’aurais aimé entendre tout ceci des témoins familiaux, et surtout leur poser des questions.
Questions, non pour juger, car c’est toujours facile et bien présomptueux de juger les erreurs du passé. Oui, c’est bien insidieusement que ces années ont vu des hommes issus du PC évoluer vers la collaboration.
Plus personne ayant vécu cette période n’est encore là pour nous en parler. Seuls certains livres sont là pour nous ouvrir les yeux….mais sans doute, faut-il croiser d’autres regards, lire d’autres livres, pour en apprendre plus.
Hello Editions – 245 pages – 2024
Lien vers la présentation de Sébastien Pietrasanta
Quelques lignes
- « Le discours de Doriot fut particulièrement galvanisant pour ses troupes. Il était à la fois anticommuniste et antifasciste. Le chef considérait que le PPF était le meilleur rempart à la montée du fascisme et du nazisme en France et en Europe. Beaucoup d’anciens communistes présents approuvaient la nouvelle ligne de leur nouveau parti.» (P. 13)
- « Fort de son expérience au sein des jeunesses communistes, c’était Jacques Doriot qui avait pensé et conceptualisé l’UPJF » (P. 14)
- « Alors pendant deux ans, malgré son jeune âge, Eugène fit tout pour se faire remarquer. Il assistait à toutes les réunions, collait des affiches, vendait au marché l’Emancipation, le journal militant de Saint-Denis, distribuait les papillons de propagande du maire. » (P. 15)
- « Doriot voulait que cette grande réunion démontre que, depuis juin, le PPF était devenu la principale force politique en France rassemblant des hommes et des femmes d’horizons sociaux et politiques totalement différents. C’était un parti d’ouvriers et de gauche, mais pas seulement, il fallait recruter largement. C’était un véritable enjeu politique. » (P. 31)
- « On doit accélérer pour sauver la France et contrer les cocos, les juifs, les francs-mac. » (P. 87)

