
« Au-delà des raisons économiques soutenues par le patronat et des mesures pseudo humanitaires prônées par le gouvernement, la présence des Maghrébins en pleine force de l’âge suscitait des inquiétudes. » (P. 42)
…des inquiétudes et des attentes .
Découverte, par hasard, de ce roman oublié sur une table de la Médiathèque…sans doute par un lecteur qui l’avait feuilleté..
Zem…! je ne connaissais pas cet auteur Mustapha Zem, et peu doivent le connaître ! Et j’avoue que le bandeau « Un autre regard sur les miens-Roschdy Zem » a été déterminant dans mon choix…sans doute parce que j’apprécie cet acteur également réalisateur et scénariste. Un acteur discret.
Mais rassurez-vous ce n’est pas un ouvrage sur Roschdy, qui n’est pas ou très peu mentionné, non c’est un ouvrage sur la famille, son arrivée en France,, l’emménagement dans ces cités, le père, bosseur qui s’usait dans les travaux de bâtiment, père admiré par ses enfants et surtout par l’auteur…Un père qui me fit penser à un autre émigré, polonais celui-ci qui arriva en France…et qui me permit d’entrer dans sa famille.
Monsieur Zem était un père sans aucun doute respecté et également respectable, qui sut donner un cadre de vie aux siens, un père travailleur, sachant aider les autres quand ils venaient tendre la main. Il peut être fier des siens, de leur évolutions professionnelle. Aucun n’est devenu un de ces loubards associés à l’image de ces cités.
L’image transmise est une image sans complaisance de la vie dans ces cités sans âme, de cette attente de la naturalisation, de la séparation des couples, des relations entre nationalités, de l’arrivée de la drogue et des dealers, de la maladie.
Malgré tout les membres de la famille ont tous réussi à s’intégrer parfaitement
Vie dans les cités, rapports avec les autres maghrébins, relations non amicales entre Algérie et Maroc, relations de couple, exigences paternelles, cadre de vie et morale, rites religieux, évolution morale au fil des ans, de ces cités, relations amicales entre familles juives et musulmanes et j’en passe, sont autant de thèmes évoqués dans cet ouvrage. Ce texte remet en question ces nombreux clichés sur ces cités, de nombreuses idées reçues.
Il évoque la droiture morale de certains, les relations amicales entre familles juives émigrées d’Afrique du Nord et Maghrébins, et présente un autre aspect des relations entre femmes et hommes musulmans, amour véritable entre hommes et femmes, ou femmes qui demandent le divorce par exemple, mais aussi les comportements déplorables de certains, plus prompts à chercher des astuces, à monter des coups fourrés pour faire leur place au détriment des autres dans ces cités
Malgré tout, c’est sans aucun doute la rigueur paternelle qui permit aux membres de la famille de s’intégrer, de se faire une place de qualité sous le soleil français.
Oui l’intégration est possible, cette famille le confirme….au prix d’une rigueur morale.
Un livre qui a une histoire…une histoire personnelle, celle de Mustapha qui l’écrivit à la suite d’un accident de santé…Besoin sans doute de ne pas partir sans laisser de trace.
Roschdy Zem en a fait un film : Les Miens
Editeur : JC. Lattès – 2022 -382 pages
Lien vers la présentation de Mustapha Zem
Lien vers la présentation du film de Roschdy Zem : les Miens
Quelques lignes
- « Je repense à ces jeunes croisés dans la citée. Victimes d’internet, ils n’iront pas se cultiver au cinéma de la ville qui du reste a disparu pour se transformer en bazar fourre-tout. Ils ne s’émanciperont pas au théâtre où l’on payait le billet à moitié prix pour voir les pièces de Molière ou écouter un concert. Ils ont à présent pour mentors les stars du ballon rond ou du rap, dont ils vantent les salaires à huit chiffres. Ils ne sont plus beurs, bougnoules ou bicots, ce sont des «jeunes musulmans» . Ils se sont détournés de leur culture d’origine dont ils connaissent à peine la langue et les traditions. Contrairement à notre génération, ils ne courbent plus l’échine devant une autorité, quelle qu’elle soit, et entendent défendre et assumer leur identité. » (P. 72)
- « Fermez des centres de loisirs, vous ouvrirez des centres de déradicalisation. » (P 77)
- « Je haïssais ma condition sociale et les inégalités qu’elle faisait naître. [….]Je voyais les mandats qu’il adressait à des proches au Maroc lorsque je l’accompagnais dans ses démarches. Qu’avaient-ils de plus que moi pour mériter sa générosité.+? Ces gens-là avaient l’art et la manière de faire selon maman. Peut-être aurais-je vraiment dû la baiser la main? » (P. 151)
- « C’est injuste la vie. Elle vous offre l’amour pur et sacré et elle vous le retire par un simple SMS. » (P. 197)
- « Á mesure que j’avançais dans ma cité, je devais bien admettre que j’étais un enfant d’immigré dont les parents n’avaient jamais mis un pied à l’école. Si je prétendais fréquenter la fille d’un député, le chemin serait long, fastidieux et la lutte interminable. Voilà, à mon sens ce que signifiait la lutte des classes. Un combat avant tout personnel et intérieur pour sortir de sa condition. » (P. 262)
- « Il est facile de dire à quelqu’un « je suis désolé», mais il est plus difficile et même plus noble de dire «je te pardonne». Libérez-vous. » (P. 324)

