
« Si une femme est sincère, la chaleur du creux de sa main se communique à toi, même quand elle te gifle, mais si elle est hypocrite, elle a beau te prendre dans ses bras et te dire des mots doux, tu perçois sa froideur. » (Zhang Xianliang)
J’ai longtemps cherché parmi ces nouvelles ces quelques mots qui, comme je le fais d’habitude dans mes commentaires, pourraient donner une idée générale de ce titre, le résumer, donner un avis sincère…. ce n’était pas facile tant les sujets de ces nouvelles sont différents…toutes ces nouvelles évoquent notre monde actuel, les folies humaines, qui sur tous les continents de notre petite boule détruisent irrémédiablement la vie, les paysages et surtout l’avenir et les conditions de vie, que nous réservons à nos enfants.
Laura Iaprade est une femme sincère, et sa sincérité m’a remué, m’a dérangé et devrait interroger chacun de nous.
Folies humaines des élevages, destructions de forêts, pollutions des eaux, pertes des glaciers, destruction des mangroves, continents flottants de plastiques, qui certes ne touchent pas notre monde occidental mais détruisent, ailleurs dans le monde les conditions de vie, les conditions de pêche d’autres humains font quelques uns des sujets de ce titre. Ne parlons pas de la folie de l’élevage intensif, et de la chasse pour le plaisir. Bref on passe d’une nouvelle à l’autre, du plaisir de cette écriture, à ce mal à l’âme que nous procure chacune de ces gifles.
C’est si bien écrit, si surprenant qu’on ne peut rester indifférent. Impossible de dire « je m’en fous, je m’en moque »…la bêtise humaine, les bêtises que nous autres humains faisons courir à notre monde sur tous les continents nous sautent aux yeux, dérangent le lecteur…
L’eau, les glaciers, les animaux d’élevage, les ordures, les animaux sauvages, la mégalomanie humaine, du toujours plus grand, toujours plus haut, la climatisation, notre goût pour les espèces rares…et j’en passe sont autant de claques…Et pourtant, tout est si beau au démarrage de chaque nouvelle, tout a été si bien prévu ou pensé par ces grands hommes, par ces grands innovateurs à la recherche du toujours plus grand, du toujours plus beau, du toujours plus rare et donc plus cher…du toujours plus de fric, la démesure… jusqu’au jour où….
Patatrac !
Ce toujours plus beau, plus rare, plus haut, plus confortable, cet exceptionnel, cet attrait pour l’argent, Laura Iaparade nous le démontre, font courir de sérieux problèmes à notre monde…
On s’en moque ! ……pourtant ce sont nos enfants qui en hériteront, qu’ils habitent en Europe, en Californie, en Chine, en Amazonie, dans les îles du Pacifique en Inde ou dans le désert!…rares voire inexistants seront les coins tranquilles !
Une gifle à mettre entre toutes les mains!
Editions Le chant des Voyelles – 236 pages -2023
Lien vers la présentation de Laura Iaprade
Quelques lignes
-
« Il fallait bien manger quand leurs montagnes d’Ardèche ne leur proposaient plus de travail. » (P.75)
-
« Les pluies d’une violence inédite frappaient les sols, remuaient la terre et dépeçaient les habitations fragiles. » (P. 86)
-
« Les hommes refusent de se soumettre aux lois de la Nature. Ils se rêvent en grands propriétaires. Alors ils terrassent les forêts, abattent les arbres, coupent les troncs, balayent les sciures, essuient la résine, piétinent les poussières d’écorce. » (P.97)
-
« La suprématie rêvée de l’Humanité s’effacera derrière les conséquences irréversibles de sa folie dominatrice. Nous n’aurons plus rien à faire. La Nature tranchera. Inébranlable, la Terre survivra aux hommes. Mais l’Humanité n’est qu’un nuage. Elle passera. » (P.98)
-
« Le mot impossible ne fait pas partie du dictionnaire des leaders » (P. 141)
-
« moi le petit Dinesh malingre des quartiers infâmes de Mumbai, je ne me serais jamais transformé en l’avocat reconnu de Branda Kurla Complex, porté aujourd’hui, et après vingt ans d’absence, sur les rives inaltérables de l’enfance. […..] J’ai grandi à la lisière d’un bidonville sordide où la misère se couvre de crasse et pousse à l’avilissement. Même les vaches, ici, sont irascibles. J’aurais pu choisir de sombrer dans les bas-fonds pestilentiels d’un quartier en décomposition. J’ai préféré tenter de m’élever ailleurs, de l’autre côté de la ville, là où l’on distingue encore un peu de lumière à travers les vitres teintées des buildings. » (P. 161)
-
« Les ordures ont volé la vedette aux reptiles sur ce théâtre déplorable. » (P. 169)
-
« Un amas de déchets s’étend à perte de vue. Ils viennent des quatre coins du monde, traversent les océans au hasard des courants pour s’échouer finalement sur cette plage envahie. Prouesse mondiale d’une croissance en délire. Résultat ahurissant d’un idéal de consommation frénétique. Sous mes yeux ahuris, un ramassis de plastiques étouffe la plage. Cette masse informe de détritus s’impose sur le sable comme la preuve irréfutable de nos comportements déraisonnables. Ce tas d’ordures est le témoin de nos insanités. Des milliards de déchets s’entassent les uns sur les autres. Un mètre cinquante d’immondices s’amoncelle par endroits. À la débâcle des banquises s’ajoute désormais l’implosion du sixième continent. » (P. 167)
-
« Aujourd’hui, on subit les conséquences d’un véritable scandale. Ils considèrent l’eau comme une marchandise. Et toujours plus d’industriels qui l’exploitent à nos dépens… » (P. 192)

