
« Il se dit que les humains pourraient apprendre des abeilles. Les abeilles, grâce à leur discipline et leur travail, avaient construit le communisme dans les ruches. Les fourmis, elles, étaient parvenues à un vrai socialisme naturel. N’ayant rien à produire, elles avaient juste appris à maintenir l’ordre et l’égalité. Mais les humains? Il n’y avait chez eux ni ordre ni égalité. Et même leur police se tournait les pouces. Se contentait de faire le pied de grue devant des palissades. » (P. 311)
Sergueïtch et Pachka sont voisins, mais pas pour autant de très bons amis, loin de là, il se chicanent depuis l’enfance. Mais depuis que le conflit entre Russie et Ukraine a débuté, et qu’ils ne sont plus que les seuls habitants du village, ils sont bien contraints, bon gré, mal gré de tenter de s’entendre, de se parler…de s’avancer vers l’amitié. Ils sont en effet pris entre deux feux dans cette« zone grise » du Donbass, coincés entre séparatistes russes et armée ukrainienne!
Ce conflit a au moins permis que ces deux têtes dures se rapprochent un petit peu…et arrivent à pratiquer ensemble des séances de « cuitothérapie »… séances au cours desquelles naissent, dans leurs esprits embrumés par l’alcool, des projets bizarres, comme celui de changer toutes plaques de rues, de les intervertir.
Pachka se sent plus proche de l’armée russe, qui lui procure de quoi manger ! Sergeï, quant à lui, a fait connaissance, hasard de rencontre avec un soldat ukrainien avec lequel il partage à la nuit tombée, le verre de gnole.
En effet Serguei vit seul; son épouse l’a quitté. Alors, il décide de partir avec ses ruches, vers des cieux moins dangereux et plus cléments pour ses abeilles, habillé de « son blouson rouge au dos orné d’une croix blanche » après avoir confié ses clés à son ami-ennemi Pachka;
Ils se séparent après s’être pris dans les bras. Au volant de sa vieille Tchetviorka tractant une remorque chargée de ses ruches, Serguei décide de partir …un voyage vers la Crimée, comme tant d’autres réfugiés. Là-bas il trouvera, il espère un emplacement pour ses ruches, et le calme…un calme apparent toutefois, puisqu’un soldat russe cassera toutes les vitres de sa voiture. Qu’importe ! les abeilles sont heureuses
Ce texte en résonnance avec notre actualité est également une belle fable qui qui interroge le lecteur…. et qui lui permet, par petites touches de comparer les sociétés humaines et celles des abeilles, les inégalités d’un côté, égalité parfaite du coté des abeilles, toutes ont une tache, un rôle précis à tenir au sein de la ruche…
Et « La loi de la nature avait fait en sorte que toutes les créatures vivantes veuillent vivre en couple. Toutes, exceptées les abeilles » (P. 219)
Aucune ne profite des autres…une société uniquement féminine…il n’y a pas d’abeille mâle…..sauf une fois dans la vie de la ruche, pour féconder la reine…
Est-ce pour cela que cette société des abeilles survit depuis des millénaires,
N’oublions pas que sans elles notre monde serait incapable de se nourrir !
« Il se dit que les humains pourraient apprendre des abeilles. Les abeilles, grâce à leur discipline et leur travail, avaient construit le communisme dans les ruches. Les fourmis, elles, étaient parvenues à un vrai socialisme naturel. N’ayant rien à produire, elles avaient juste appris à maintenir l’ordre et l’égalité. Mais les humains? Il n’y avait chez eux ni ordre ni égalité. Et même leur police se tournait les pouces. Se contentait de faire le pied de grue devant des palissades. » (P. 311)
A lire ….un auteur qui a tant de choses à nous dire…!
2022 – Editeur : Liana Levi
Lien vers la présentation d’Andreï Kourkov
Quelques lignes
- « Quand on vit longtemps dans un endroit, on a toujours plus de famille en terre qu’en bonne santé à côté de soi. » (P. 21)
- « La peur, c’est chose invisible, ténue, multiforme. Comme un virus ou une bactérie. On peut l’inspirer en même temps que l’air, ou bien l’avaler par accident en buvant de l’eau ou de l’alcool, ou encore en être contaminé par les oreilles, par l’ouïe, et la voir alors de ses yeux si clairement que son reflet vous reste imprimé sur la rétine même alors qu’elle s’est déjà évanouie. » (P. 64)
- « C’est qu’à présent l’Amérique et l’Europe la soutiennent à bout de bras. Ils confisquent l’argent de leurs mendiants et de leurs nécessiteux pour le donner aux Ukrainiens ! entreprit d’expliquer l’un d’eux. Mais quand leurs mendiants et leur nécessiteux comprendront ce qui se passe, ce sont eux qui, en Amérique et en Europe, fomenteront des Maïdan contre leurs politiciens » (P. 78-9)
- « Mais pour une balle, cette distance n’existait même pas-bam! et elle touchait son but. Marcher péniblement à travers champ, en revanche, sur la croûte de neige durcie, c’était épuisant. Et ce n’était pas seulement marcher qu’il fallait, mais marcher avec la peur au ventre. N’importe quoi peut arriver quand on avance à découvert, exposé à la vue. » (P. 86)
- « Mais il y a alcool et alcool. L’un vous allonge dans votre lit, l’autre dans une boite en bois. » (P. 103)
- « Quand il se réveilla, que le sommeil le quitta, il entendit un bruit dans sa tête. Discret, mais obsédant. Il connaissait ce bruit. C’était celui de l’alcool. Il fallait l’endurer. Il passerait tout seul, s’éteindrait. Au besoin, il était possible même de réfléchir sous ce bruit. Mais c’était plus difficile qu’en temps normal. Les pensées étaient plus lentes à se former. » (P. 106)
- « Le troisième jour de mars, le soleil se mit à jouer des rayons comme on joue des muscles. » (P. 143)
- « Le temps ne joue un rôle que là où quelqu’un le surveille et dépend de lui. S’il ne reste personne dans ce cas, le temps se fige, disparait. » (P. 172)
- « Or de l’amour, il en avait pour elles à revendre, ainsi que du savoir et de l’expérience. De l’attention, n’en parlons pas, comment s’en passer? Peut-être en avait-il plus que les autres apiculteurs. Car il avait souffert pour ses abeilles durant tout l’hiver, il les avait protégées de la guerre, du vacarme des explosions, du froid. Il les avait protégées aussi bien en pensée que dans la réalité, laquelle, en fait, ne dépendait guère de lui. »(P. 191)
- Trois années en la seule compagnie d’un Pachka dans un village déserté par ses habitants lui avaient appris qu’on pouvait être entouré de très, très peu de monde sans en souffrir pour autant. Au contraire, pareille dépopulation aidait à mieux se comprendre soi-même et à mieux comprendre sa vie? » (P. 223)
- « Le Donbass ne mettra personne à genoux » (P. 224)
- « En Crimée, il y avait des champs, et des bois, et des montagnes. Et l’air comme disait Ahtem à Sloviansk, y était extraordinaire. […] Et il n’y avait pas de guerre là-bas. C’était eux, ces gens, qui avaient fait appel eux-mêmes à l’armée russe, laquelle était intervenue là-bas et protégeait leur tranquillité. » (P. 240)

