
«Au lieu de s’étriper les unes les autres, les langues s’approchent, elles se flairent, elles se touchent, et quand elles se plaisent ou se jugent utiles, elles se croisent, elles s’accueillent. Drôle de mariage me direz-vous » (P. 53)
Un essai bigrement enrichissant pour tous ceux qui aiment les livres, la lecture, les mots, bref notre langue. Que de découvertes !
Oui, notre langue, comme, sans doute, de nombreuses autres langues est une langue vivante, une langue non figée, une langue qui s’est enrichie, au fil du temps des apports d’autres langues, d’autres cultures ….de ces brassages de population, de l’arrivée de population nouvelles. Mots que l’on utilise bien inconsciemment tous les jours, sans savoir qu’ils nous viennent d’autres cultures…Un peu comme ces chiffres arabes que nous utilisons et lisons tous les jours…y compris les racistes de tout poil qui prêchent le rejet de cette immigration et de ces étrangers qui viennent manger notre pain sans y être invités.
Nous serions sans aucun doute bien embarrassés, et bien ridicules si devions poser nos additions en utilisant les chiffres romains !
Eric Orsenna nous prouve, avec humour parfois que notre langue française, Cocorico ! est faite en grande partie, de mots issus de cette immigration, ce ce brassage de population, au fil des siècles , de mots que nous utilisons, couramment sans savoir qu’ils viennent d’ailleurs…
Mots d’origine allemande, grecque, latine et j’en passe. Ce sont ces brassages en tous sens qui ont fait notre langue, notre culture….notre identité.
Certes notre langue a emprunté, sans aucune gène des mots nés hors de nos frontières, mais aussi de provinces aujourd’hui françaises…Combien de nos mots viennent de la langue bretonne, du provençal, de l’occitan…autrefois parlés et aujourd’hui abandonnés dans nos relations quotidiennes…et ont créé ce franglais utilisé dans les nouvelles technologies.
Que de découvertes, de sourires !
Même notre langue d’oïl qui a donné en partie le français que nous parlons est issue d’un sous ensemble de langues romanes parlées autrefois dans la moitié nord de la France, de la Belgique des îles Anglo-Normandes, de la Suisse et des langues locales parlées il y a bien longtemps , le berrichon, le bourguignon, le wallon, le provençal. .Et abandonnées
Bref…ce sont ces brassages, qui ont fait notre langue…et qui continuent à l’enrichir.
Avec le développement de l’informatique, de l’intelligence artificielle, de la robotique, notre langue va vraisemblablement s’enrichir de mots nouveaux, inconnus aujourd’hui….sans omettre les brassages culturels, les brassages de populations nés des immigrations.
Une évolution de notre langue qui a accompagné dans le passé des brassages de population et qui vraisemblablement, accompagnera demain des brassages de technologies, d’inventions de tous types !
Il suffit de considérer les évolutions culturelles et sociologiques nés de l’informatisation de nos sociétés
Un beau sujet de réflexion…et d’actions voire de réactions.
Le livre de poche – 128 pages – 2023
Lien vers la présentation de Eric Orsenna
Lien vers la présentation de Bernard Cerquiglini
Quelques lignes
- Quel« Puisque, Madame, vous insultez les êtres humains venus d’ailleurs, nous mots immigrés, avons, en signe de solidarité, décidé aujourd’hui de commencer une grève illimitée.[….] Ne vous inquiétez pas ! Il vous reste les mots de pure origine gauloise, par exemple boue, , cervoise, tonneau, chemin, ruche, sapin….» (P. 17)
- « Peut-être vous demandez-vous : qui sont les AMIs ? Allons faites un effort ! Vous n’avez pas deviné ? Tout bonnement les membres d’une association reconnue d’utilité publique : l’Association des Mots Immigrés. Fondée en 1936 durant la guerre d’Espagne : les plus beaux mots de la République espagnole trouvaient alors refuge en France. » (P. 21)
- « C’est de ce latin du peuple, un latin celtisé, qu’est issu le français. » (P. 46)
- «Quelle bêtise et quel gâchis d’abandonner le latin classique ! Idiots que vous êtes, n’avez-vous pas compris qu’il offre un second vocabulaire, des termes de science et de technique [….] le grec nous rend le même service
- «Au lieu de s’étriper les unes les autres, les langues s’approchent, elles se flairent, elles se touchent, et quand elles se plaisent ou se jugent utiles, elles se croisent, elles s’accueillent. Drôle de mariage me direz-vous » (P. 53)
- « On les reconnaît bien là ! Les langues empruntent sans scrupule, elles altèrent sans réticence, elles font vocable de tout bois » (P. 65)
- « Ces mots que nous appelons « immigrés » forment une sorte d’alluvion, un dépôt fertile accumulé par notre langue au fil de tous les échanges commerciaux, techniques, culturels, dont notre pays a profité au cours des siècles. » (P. 90)
- « ces mots du mode entier dont notre langue s’est fait l’écho ont traversé les océans avec les ballots de marchandises, sont passés d’une main marchande à une autre » (P. 91) (il en est de même dans d’autres langues,
- « Oui, la francophonie est un trésor inestimable, une source permanente et si précieuse pour l’avenir de notre français » (P. 105)
- Votre blue jeans, c’est notre ancien bleu de gênes ; et votre denim, c’est notre toile de Nîmes » (P. 108)
- « ….une langue est vivante !Un être vivant ! Alors la laisser mourir, c’est comme un meurtre. Et faites-moi confiance ! Des morts j’en ai vu sur les champs de bataille ! Un mort, je sais ce que c’est, et croyez-moi, c’est pa beau » (P. 111)
- Quand allons-nous comprendre que la diversité des langues nous est aussi nécessaire que la multiplicité des êtres ? Si nous n’agissons pas, 90% de nos langues auront disparu à la fin de ce siècle. Je plains nos descendants : ils se croiront sourds. Ils accuseront leurs oreilles alors que c’est le monde qui sera devenu silencieux. Déjà qu’il se vide de tous nos oiseaux. » (P. 121)

