« Le piège »- Emmanuel Bove

Le piègePeu après l’Armistice, en septembre 1940, Joseph Bridet, se rend de Lyon à Vichy, afin d’y rencontrer un de ses anciens amis, Basson, attaché à la Direction générale de la Police Nationale. Il souhaite obtenir de sa part un sauf-conduit pour quitter la France et rejoindre de Gaulle…. Bien sur, il ne précise pas l’objet réel de sa demande, mais se perd dans des explications plus ou moins crédibles….en se faisant passer pour un pétainiste convaincu….

Début d’un long parcours au sein des bureaux, au sein d’une nasse qui va se refermer sur lui….des personnages troubles, des amis qui n’en sont peut-être pas,  « Il sentait un grouillement confus autour de lui. Des papiers le concernant circulaient de bureau en bureau. Pourquoi ? Comment se faisait-il qu’on ne lui disait rien ? C’était de plus en plus inquiétant. L’attitude de Basson était bizzare. Il avait été cordial, et tout à coup, il avait changé. Et ce rapport ? Un rapport de qui et sur quoi ? » (P. 73)
Un homme baladé de services en services, sa femme qui par ses interventions ne l’aide peut-être pas.  Au contraire ne l’enfonce t-elle pas encore plus? Un homme oscillant en permanence entre l’optimisme soufflé par certains et le pessimisme né de réflexions ou de l’attitude d’autres interlocuteurs, né de longues et vaines attentes, de fausses preuves ….Des interlocuteurs de l’administration du régime de Vichy soufflant le chaud et le froid….une connivence voulue de ces hommes au service d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom
Une « souricière » décrite avec réalisme et minutie, un sentiment d’accablement et d’impuissance qui accable ce pauvre homme, qui malgré tout espérera…jusqu’à la fin et qui, confronté à des personnages glauques,  se débat dans une atmosphère oppressante, 
Une description sinistre du régime de Vichy …à découvrir
Un livre noir et angoissant, peu  connu, d’un auteur, considéré avant-guerre comme l’un des principaux écrivains français ! Un auteur décédé en 1945 peu de temps après la parution de ce livre et la Libération. 

Un vrai coup de cœur pour ce livre et pour cet auteur que je souhaite mieux découvrir


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Extraits
  • « À toujours demander sans obtenir, on finit par donner de soi l’idée qu’on ne réussira jamais, qu‘on appartient à cette catégorie un peu ridicule d’hommes sont les désirs sont top grands pour leurs possibilités » (P. 8)
  • « Ils me dégoûtent tous. Il n’y a rien à faire ici. Je te le répète, je veux rejoindre de Gaulle et je le rejoindrai, même si je dois y laisser ma peau » (P. 56)
  • « Ce mot d’«inopportun» était très apprécié en ce moment. Il était d’une fermeté polie qui plaisait énormément aux autorités vichyssoises » (P. 84)
  • « Quand il croyait avoir gagné la sympathie de l’un, il s’apercevait que tout était à recommencer avec un autre » (P. 99)
  • « Les agents regardèrent Bridet, non pas comme un délinquant ou un criminel ordinaire, mais comme un homme tombe dans une disgrâce provisoire et dont on ne pouvait si demain déjà il ne retrouverait pas la faveur perdue » (P. 112)
  • « C’était bien dans les méthodes de ces messieurs. Quand on ne peut pas démasquer les gens, on les prend de biais, par les êtres qui leurs sont chers. C’est le coup classique » (P. 121)
  • « Que votre mari soit communiste, m’a dit Outhenin, juif, gaulliste. Franc-maçon, ou tout à la fois, nous n’y pouvons rien. Mais dites-lui qu’il ne nous prenne pas pour des imbéciles » (P. 123)
  • « Tu as bien cherché à passer pour un pétainiste. Qu’est-ce que ça peut te faire de passer pour un imbécile ? La seule chose qui compte, c’est de te tirer du mauvais pas où tu t’es mis » (P. 126)
  • « Il ne faut jamais s’en prendre à autrui lorsque survient un malheur, mais à nous mêmes » (P. 154)
  • « Bridet se laissa tomber sur le tabouret. Au moment où on l’avait poussé dans la cellule, il avait crié, esquissé un mouvement de recul, si grande était son excitation.  Et maintenant, quelques minutes plus tard, il était là, subitement retranché du monde, sans savoir ni pourquoi ni pour combien de temps. Il pensait à l’histoire des tracts. On avait voulu certainement aggraver son cas. Mais qui ? » (P. 163)

3 réflexions sur “« Le piège »- Emmanuel Bove

  1. A reblogué ceci sur Gunnar Sewellet a ajouté:
    Un roman noir et tragique. Le personnage principal, Bridet,est un pauvre type aux prises avec l’absurdité d’un pouvoir sans visage, qui frappe dans l’ombre faute d’être capable d’aller jusqu’au bout de sa logique totalitaire. Bridet est gaulliste et résistant; il est « un lâche
    obnubilé par sa peur » (Babelio).

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