« Le capitalisme expliqué à ma petite-fille…en espérant qu’elle en verra la fin » – Jean Ziegler

Le capitalisme expliqué à ma petite-filleOn ne présente plus Jean Ziegler, chacun connait ses engagements contre la faim dans le monde, au sein de l’ONU. Il est, à mes yeux, une conscience pour notre monde. 
Et il est dérangeant. Mais que c’est bon d’être dérangé, d’être bousculé, par cette rencontre au hasard d’une boite à livres, ces formidables outils de transmission de livres. Parfois des pépites s’y nichent ! 
Chacun parle du capitalisme, a une idée plus ou moins précise, Jean Ziegler ne nous parlera pas de ces chefs d’entreprises qui font l’économie locale de nos villes, qui roulent dans des voitures puissantes et que certains nomment capitalistes ! Non il nous parle de ces immenses groupes qui contrôlent notre monde, et qui parfois sont plus forts que les Etats. 

J’ai été interpellé par cette phrase :
« Les 500 plus puissantes sociétés transcontinentales privées ont contrôlé en 2017, 52,8% du produit mondial brut, c’est-à-dire de toutes les richesses produites en une année sur la planète. Ces sociétés ont un pouvoir comme jamais un empereur, un roi ou un pape n’a bénéficié sur la Terre. Elles échappent à tout contrôle étatique, parlementaire, syndical ou interétatique. Elles fonctionnent selon un seul principe : la maximalisation du profit dans le temps le plus court possible et à n’importe quel prix humain. »
C’est de cette oligarchie dont il entend nous parler. Cette oligarchie détruit les ressources de notre planète, fait travailler des gamins qui rampent dans des mines, au risque d’être écrasés et étouffés…ils vont y chercher les métaux rares dont nous avons besoin pour nos téléphones portables…Alors, lui Jean Ziegler refuse d’avoir un téléphone portable et d’en utiliser un…
Ces groupes utilisent des terres pour des cultures industrielles et concourent ainsi à entretenir la faim dans le monde. Et certaines formes de terrorisme. Ils possèdent des banques, prêtent de l’argent aux Etats, les font plier quand ils ne peuvent rembourser, en exigeant qu’ils prennent des mesures afin de rembourser…..et entre requins, ils se vendent leurs créances sur ces Etats …dans lesquels les pauvres sont de plus en plus pauvres….Mais globalement chacun pense que le monde va mieux…
Jean Ziegler aurait pu écrire un livre ennuyeux, une thèse destinée à un public averti. Ce n’est pas le cas. 
C’est un livre à deux voix : Zohra, sa petite fille candide pose des questions sur l’origine du capitalisme, l’esclavage notamment, et ce qu’il est devenu aujourd’hui, ses conséquences…des questions que chacun de nous pourrait se poser, se pose.
Jean Ziegler lui répond. Ses réponses sont simples, argumentées, pédagogiques. Dérangeantes. 
« Le pouvoir financier des 562 personnes les plus riches du monde a augmenté de 41% entre 2010 et 2015, tandis que les avoirs des 3 milliards d’individus les plus pauvres ont chuté de 44%. »
Les données sur l’état de notre monde font froid dans le dos : beaucoup d’êtres humains n’ont aucun accès régulier à une eau potable. Toutes les quatre minutes, une personne perd la vue par manque de vitamines A. Et si les épidémies, sont éradiquées depuis bien longtemps sous nos latitudes, il faut savoir qu’elles font annuellement des dizaines de millions de victimes dans les pays de l’hémisphère sud.
« Ce qui nous sépare des victimes n’est que le hasard de la naissance. »
Chacun de nous a en mémoire les terribles attentats du 11 septembre 2001 contre les tours jumelles. Ils tuèrent 2973 personnes  de 67 nationalités.
Personne n’a parlé, personne n’a été ému des 35 000 enfants morts de faim ce jour là, le lendemain aussi et chaque jour dans le monde. 
Ce n’est pas un roman, c’est notre monde. Notre monde dans lequel on nous parle du « ruissellement » devenu un postulat d’imposition. Ziegler nous en parle aussi. Sa vision est toute autre.
Un livre important, à lire afin de se faire une opinion, que notre presse ne nous présentera jamais : 
« En France, cinq milliardaires possèdent plus de 80% des hebdomadaires, mensuels et journaux. Et, de fait, aucune information trop choquante sur les victimes de l’ordre cannibale du monde n’atteint la conscience collective. »
La dictature du capitalisme qui arrive par ses pressions à faire plier l’ONU et à lui interdire certaines actions.
Jean Ziegler est bien placé pour nous en parler !
Éditeur : Le Seuil – 2018 -128 pages

Présentation de Jean Ziegler


 

Quelques lignes

  • « En manque de ressources, certains États privatisent progressivement leurs services publics : les hôpitaux, les transports, les écoles, les collèges, les universités, les ports et les aéroports, les prisons et même la police. Partout la protection des salariés baisse. La précarité s’installe dans les familles. L’angoisse du lendemain rôde. L’exclusion progresse. » (P. 73)
  • « La dette agit comme un garrot sur les pays pauvres. » (P. 77)
  • « En à peine dix ans, entre 1992 et 2002, le produit mondial brut a doublé, le volume du commerce mondial triplé. Et en même temps la misère, dans nombre de pays du Sud a formidablement augmenté. La libéralisation rapide du marché mondial n’a donc pas éliminé la misère. Elle s’est réalisée au profit presque exclusif des oligarchies capitalistes régnantes . » (P. 92)
  • « La force du soulèvement réside dans le refus raisonné de chacun de nous d’accepter durablement un monde où le désespoir, la faim, la misère, les souffrances, l’exploitation d’une multitude nourrissent le bien-être d’une minorité généralement blanche et vivant dans l’inconscience de ses privilèges. » (P. 111)

 

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