"Tandis que j'agonise" – William Faulkner

Déchiré, sale, son vieux papier bistre trahissait son âge…

…il gisait dans une boite à livres…

Cela faisait bien longtemps, depuis mon adolescence, que je n’avais pas lu un Faulkner…et de plus un livre qui ne vient pas naturellement à l’esprit quand on parle de l’auteur..

Écrit en six semaines, ce livre est un roman, pas toujours facile à suivre, loin de là, paraissant parfois décousu, mais de toute beauté…

Addie Bundren, vieille femme vivant ses derniers instants, demande aux siens à être enterrée avec ses parents, loin de chez elle. La famille n’est pas riche, loin de là. Elle n’a même pas les moyens d’envisager l’achat d’un cercueil décent. Alors Cash, le fils aîné, également charpentier prendra la scie et le rabot pour lui construire son cercueil, travail dont la femme agonisante surveille l’avancement depuis son lit. 

Toute la famille prendra la route accompagnant à pied les mules qui tractent la charrette ou juchés sur le cercueil…

Chaque chapitre est écrit par un narrateur différent, le père ou l’un de ses fils ou filles, ce qui donne une impression de décousu, chacun pouvant revenir sur un point déjà lu, décrit par un autre. Une écriture parfois perturbante. 

La farce, le tragique et le burlesque se côtoient  : « … le but de la vie c’est de se préparer à rester mort très longtemps » et donnent une profondeur presque philosophique sur la mort, le sens de la vie, le souvenir…

Le périple ne sera de tout repos, la famille aura à affronter des ponts emportés par des inondations, imposant de longs détours, sans oublier la chaleur, et les charognards attirés par l’odeur du corps, l’hostilité de personnages croisés sur la route…

Elle était la pièce maîtresse d’une famille unie….en apparence. Une clé de voûte! Elle, disparue que restera-t-il de cette famille?

Un livre qui ne peut laisser indifférent, Roman d’une famille très pauvre du sud des Etats-Unis, de ces petits blancs chers également à Steinbeck, décrits aussi par Toni Morisson trois prix Nobel.

Hasard? Certainement pas !

Éditions Gallimard-Folio – 1973 – Traduction : Edgard Coindreau – Parution initiale en 1934 – 246 pages


Lien vers la présentation de William Faulkner


Quelques lignes

  • « Les pieds de notre père sont en bien mauvais état, plats, les orteils contractés, tordus, déformés, pas d’ongle du tout sur les deux petits doigts. Et cela, c’est parce que, étant enfant, il a travaillé trop dur, à l’humidité, dans des souliers faits à la maison. Ses deux brodequins sont près de sa chaise. On les dirait taillés, avec une hache émoussée, dans des saumons de fer. » (P. 20)
  • « Étendue, la tête relevée, afin qu’elle puisse voir Cash fabriquer son cercueil, obligée de le surveiller pour l’empêcher de lésiner sur le bois, mais parfaitement, et les autres, préoccupés d’une seule chose, de savoir s’ils auront le temps de gagner trois dollars avant la pluie, avant que la rivière soit trop haute pour être traversée. » (P. 31)
  • « Il faut deux personnes pour faire un homme, mais il n’en faut qu’une pour mourir. C’est comme ça que le monde finira. » (P. 45)
  • « Des fois, je crois qu’il n’y a personne de complètement fou et personne de complètement sain tant que la majorité n’a pas décidé dans un sens ou dans l’autre. C’est pas tant la façon dont un homme agit que la façon dont la majorité le juge quand il agit ainsi. » (P. 221)

2 réflexions sur “"Tandis que j'agonise" – William Faulkner

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