« Alejandra » ou « Héros et tombes » – Ernesto Sabato

Sombre et troublant…

Martin Castillo croise une inconnue, Alejandra. Elle lui a dit « Je t’attendais ». Il ne sera plus jamais le même et ne cessera de penser à elle.

Martin n’est pas bien dans sa peau, et ceci depuis longtemps. Sa mère lui a avoué, qu’elle avait tout fait, en vain puisqu’il est là, pour avorter…Et quand il pense à elle, le mot « égout » lui vient à l’esprit. Il en a toujours beaucoup souffert.

La relation avec Alejandra ne fut, elle non plus, jamais simple…

Le jeune homme est fou de passion, mais, Alejandra reste distante. Héritière d’une grande famille aujourd’hui ruinée elle habite un palais qui se délabre, entre un fou et un arrière grand-père sénile.

On nage dans le baroque..

Dans la deuxième partie du roman, nous rencontrons le père de Martin, Fernando Vidal Olmos qui rédigea un rapport sur les aveugles…sur une secte d’aveugles. Le roman prend alors une tournure gothique, qui parfois m’échappa…les superlatifs entourant ce titre m’ont poussé à poursuivre ma lecture…et pourtant….

Le Prince des ténèbres portait bien son nom.

Heureusement l’Argentine tournée vers Moscou servait de cadre à cette partie du roman… une Argentine également sous la coupe de l’Église.

Un homme qui va être assassiné nous présente un rapport sur les aveugles, riche en considération sur la nature humaine, sur la religion. Il n’est pas toujours facile ni évident de suivre cette partie qui peut apparaître comme un délire.

Pas simple, tout comme cette toute lecture, tout comme cette histoire, tout comme ces personnages. Presque tous les personnages sont atteints d’une part de folie qui rend leurs actes et leurs pensées parfois incohérents.

Un peu comme la naissance de l’Argentine, une naissance dans la douleur, sous domination militaire, tout ceci en filigrane du roman, un cadre qui apparaît de temps à autre..Et qui m’a incité à poursuivre cette lecture…

N’étant pas du tout attiré par le Gothique (sauf par l’art), je  n’aurais sinon certainement pas résisté. Ce ne fut pas toujours une douce partie de plaisir.

Le glauque de certains personnages et de certaines situations m’a dérangé, d’autres parties m’ont enchanté. Le livre trouvé dans une boite à livres y poursuivra sa vie. 

Éditions du Seuil, collection Points – Traduction par Jean-Jacques Villard – 1982 – Parution initiale en 1961 – 377 pages


Lien vers la présentation d’Ernesto Sabato


Quelques lignes

  • « L’Argentine est une île exotique où nous sommes condamnés à vivre, mais notre cœur est à Moscou, camarades. » (P. 123)
  • « …le temps des hommes ne revient jamais sur ses pas, que rien ne retrouve sa forme initiale, et que quand les sentiments se transforment ou se détériorent, aucun miracle au monde ne peut leur restituer leur essence primitive. » (P. 131)
  • « Je crois que la vérité est parfaite pour les mathématiques, la chimie, la philosophie, mais pas pour la vie. » (P. 140)
  • « Si par nature l’homme n’est pas enclin au mal, pourquoi le mal est-il proscrit, stigmatisé, etc.? Voyez, les religions les plus élevées prêchent le bien, toutefois elles édictent des commandements qui exigent qu’on ne fornique pas, ne tue pas, ne vole pas. Il faut que ce soit commandé. Et la puissance du mal est si grande et si retorse, qu’on l’utilise même pour recommander le bien : si nous ne faisons pas telle ou telle chose, on nous menace de l’Enfer. » (P. 228)
  • « La douleur née d’une passion qui se heurte à des obstacles, surtout s’ils sont inconnus et inexplicables, est toujours plus que suffisante pour que le mieux équilibré des hommes pense, sente et agisse comme un fou. » (P. 316)

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