« J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond » – Alexis Jenni

« C’est l’homme le plus libre que j’ai jamais rencontré. »

…dira de lui Théodore Roosevelt avec lequel il a passé plusieurs jours, en pleine nature, du 15 au 18 mai 1903.

« Le métier de Muir ? Vagabond. Son activité ? Vagabonder. Sa vocation ? Le vagabondage. » (P. 10)

Cet homme c’est John Muir…un illustre inconnu pour nombre d’Américains. Alors que dire des lecteurs français !

Je l’ai découvert en consultant le site de Babelio, afin de me renseigner sur « L’Art français de la guerre » écrit par Alexis Jenni…et ce titre « J’aurais pu devenir millionnaire, j’ai choisi d’être vagabond » m’interpella. Comment ne pas l’être?

La famille Muir a fui la pauvreté et Ecosse et a émigré vers l’Eldorado espéré, vers les Etats-Unis, attirée par l’Or qui venait d’être découvert. Là ses parents parviendront à obtenir un terrain à proximité de la « Grande Sauvagerie », à proximité de ces indiens qui leur dérobent ou leur peignent des chevaux.

John travaille très dur : vers 15 ans son père lui fait creuser un puits de 30 m de profondeur, à la masse et au burin dans un grès très dur. Mais John est attiré par tout ce qui touche la technologie et il demande qu’on lui achète des livres. D’abord un livre de mathématiques puis rapidement il emprunte des livres aux voisins…il se passionne pour tout ce qui est technique et invente…. Il construit seul, de nuit, dans la cave de la maison, une machine puis d’autres et réalise une horloge en bois qui donne l’heure, la date…il a tout calculé dans sa tête en voyant un pendule.

Il conçoit également un thermomètre à partir d’une ferraille récupérée. Celui-ci est sensible à la présence d’un homme dans la pièce ! « il gagna une réputation de génie dans les campagnes du Wisconsin »

J’ai été impressionné par le nombre de ses inventions qu’on peut consulter sur le site :

https://www.nps.gov/jomu/learn/photosmultimedia/general-images.htm

Impossible de ne pas faire le rapprochement avec les dessins de Leonard de Vinci !Il aurait pu en faire sa vie, devenir un de ces inventeurs qui devinrent multimillionnaires, être un autre Thomas Edison…mais non, il préféra rêver et voyager et s’intéresser à la nature et à sa protection, voyager vers le Sud, le golfe du Mexique, traverser le détroit de Panama et aller vers Sans Francisco puis plus tard vers l’Alaska que l’Amérique venait de racheter à la Russie..

Déjà il constatait les premiers dégâts faits par l’Homme à la nature…et il pressentait que sans aucun respect pour cette Nature sauvage, l’homme était en train de tout détruire pour du bois, du pétrole, de l’or.

En quelques décennies le trappeur américain, la première génération d’émigrants avait fait disparaitre à jamais la tourte voyageuse, une espèce endémique de pigeons américains dont le dernier spécimen est mort en 1914« …il décide de ne plus attendre, car l’avenir peut disparaître en un instant et n’avoir jamais lieu. » et prit un autre chemin, celui du prêcheur qui tentait de promouvoir la mise en place d’espaces protégés.

L’infatigable marcheur, l’infatigable inventeur est à l’origine des Parcs nationaux américains, notamment celui de Yosemite.

Nous ferions bien de nous inspirer encore plus de cet infatigable défenseur de notre environnement…et de prendre en considération la disparition à jamais de la tourte voyageuse.

Ce qui s’est produit une fois dans l’Histoire, se déroule peut-être ici ou ailleurs sous nos yeux insouciants.

« Le monde n’est pas fait spécialement pour l’Homme, il croit en occuper le centre, mais il n’est qu’une toute petite partie du Grand Tout, il peut disparaître sans que la planète n’en subisse une bien grande commotion. » (P. 99)

Merci à Alexis Jenni pour la découverte de ce bonhomme attachant, dont je reparlerai…j’ai trouvé quelques un de ses titres, défraichis, mais qu’importe!

Éditeur : Paulsen – 2020 – 218 pages


Lien vers la présentation d’Alexis Jenni


Quelques lignes

  • « Peut-on discerner, dans l’enfance d’un grand homme dont on raconte la vie, le germe de ce qui fera sa grandeur? » (P. 33)
  • « Passer par des histoires pour dire la Nature,  c’est un état ancien des sciences, qui n’élucide sans doute pas grand-chose des lois naturelles, mais la rend très proche et donne l’impression d’y vivre ; elles permettent d’entretenir des rapports amicaux avec tout ce qui n’est pas humain, et qui pourtant nous accueille, et avec qui nous partageons le monde. » (P. 40)
  • « Le temps de lire, toujours se vole, aux devoirs, au sommeil, aux autres : le moment où l’on est seul en silence à parcourir une à une toutes les lignes écrites n’est jamais un temps accordé, mais un temps dérobé, c’est un temps injustifiable, provocant, parce que soustrait aux tâches et aux liens, c’est le lieu d’une jouissance solitaire, et la jouissance solitaire n’est jamais de droit. » (P. 62)
  • « Muir a cette capacité rare de toucher immédiatement, de rendre vivant le moindre mot qu’il écrit. » (P. 86)
  • « …face à la beauté, le corps humain se meut par sa propre volonté, il échappe à tout contrôle, c’est la preuve sans doute que la beauté est l’état naturel de l’homme, puisqu’elle le trouble et l’attire sans qu’il n’y puisse rien. » (P. 112)
  • « John Muir est un écrivain de la Nature, et parvenir jusqu’à lui se fait en traversant ses pages plutôt qu’en suivant ses traces. » (P. 122)
  • « Depuis sa mort, c’est un siècle supplémentaire de tourisme, d’exploitation et d’aménagements qui ont tout changé. » (P. 123)
 
 
 
 

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