« Ethan Frome » – Edith Wharton

Ethan FromeLa quatrième de couverture mentionne : « Ethan Frome est un jeune homme pauvre qui aime les livres et rêve de voyage »…Il n’en fallait pas plus pour que ce livre retienne mon attention, bien que je n’aie jamais entendu parler de l’auteure, décédée en 1936…la découverte d’un livre noir, d’une écriture envoûtante, d’un drame…
Ethan Frome transporte régulièrement le narrateur, dans son traîneau, vers la gare  d’un village du Massachusetts de la fin du 19 ème siècle …un homme de cinquante deux ans, qui parait en avoir bien plus, boitant et difforme à la suite d’une collision….vingt quatre ans auparavant

L’auteure, par la voix du narrateur, nous décrit avec finesse ces paysages hivernaux et froids, et une année de la vie de cet homme, l’année du drame…de cette collision annoncée, qu’on attend…..Impatients
Ethan Frome jeune homme exploite la ferme et la scierie, héritée de son père. Cette exploitation peine à le faire vivre avec Zenobia ou Zeena, son épouse hypocondriaque et acariâtre. Elle est arrivée il y 7 ans au moment du décès des parents d’Ethan. Elle dirige tout de son fauteuil et de son lit…Son état de santé ne lui permet pas, selon elle, de travailler, alors une jeune cousine Mattie arrive pour l’aider et tient la ferme, prépare les repas…une jeune cousine qui ne laisse pas Ethan indifférent…regards platoniques, frôlements, et c’est tout….C’est sans compter avec la méchanceté et la paresse de Zeena….qui souhaitera qu’une bonne vienne l’aider…elle par qui le malheur arrivera.
Un roman en noir et blanc, noir comme la vie de cet homme, noir comme l’esprit de son épouse, comme le drame qui l’handicapera, comme la pauvreté de ce couple et blanc comme la neige, les hivers et le froid du Massachusetts, blanc comme Mattie la jeune fille qui apporte un peu de lumière et de gaieté dans cette maison froide traversée de courants d’airs, …
Un roman publié en 1911 qui a ce charme des photos en noir et blanc, de ces photos qu’on aime regarder, conserver, ces photos qui nous transportent bien des années en arrière dans des atmosphères perdues, dans des vies de gens simples, des vies faites de travail, de chevaux, de traîneaux,…

C’est certain, je reparlerai bientôt d’Edith Wharton…j’ai été séduit par son écriture


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Extraits pour découvrir
  • Ce n’était pas tant sa haute taille qu’on remarquait, car les autochtones se distinguaient sans mal, avec leurs longues et maigres silhouettes, des spécimens étrangers, plus trapus : c’était l’air à la fois détaché et imposant qu’il avait, bien qu’affligé d’un boitement qui entravait chacun de ses pas, saccadés comme s’il avait les pieds enchaînes. il y avait dans son expression quelque chose d’austère et d’impénétrable, et il était si raide et si gris que je le pris pour un vieillard et fus surpris d’entendre qu’il n’avait que cinquante deux ans » (P.14)
  • « Cependant une phrase me resta en mémoire et devint comme le noyau à partir duquel je combinerais mes déductions ultérieures : « M’est avis qu’il a passé trop d’hiver à Starkfield. Ceux qui sont malins, la plupart ils s’en vont » (P. 17)
  • ‌ »Je sentais simplement qu’il vivait dans un isolement moral si insondable qu’il était incapable d’entretenir une conversation anodine, et j’eus l’impression que sa froideur n’était pas simplement due à ses difficultés personnelles, même si je me doutais qu’elles étaient d’un genre tragique, mais qu’elle était faite des couches de glace successivement déposées en lui au fil de ces trop nombreux hivers passés à Starkfield » (P. 27)
  • « Mais au crépuscule de nouveaux nuages s’amoncelèrent, accélérant la venue de la nuit, et la neige se mit à tomber drue et ininterrompue, d’un ciel sans vent, enveloppant tout l’univers d’une mollesse diffuse, et c’était encore beaucoup plus perturbant que les rafales et les tourbillons du matin. On aurait dit qu’elle contribuait à densifier l’obscurité, qu’elle était l’essence même de cette nuit d’hiver qui déposait sur nous ses couches successives » (P. 36)
  • « Il redescendait même en cachette, le samedi soir, pour briquer le sol de la cuisine quand les deux femmes étaient montées se coucher ; et Zeena, un jour, l’avait surpris en train de baratter le beurre, et s’était détournée en silence en lui jetant un de ses regards bizarres » (P. 53)
  • « Le docteur ne veut pas que je reste comme ça sans personne pour m’aider » (Paroles de Zeena) 
  • « Le fait que lui-même n’ait pas le droit de montrer ses sentiments, ni d’inciter la jeune fille à exprimer les siens , le tendait extraordinairement attentif à tous les changements perceptibles sur son visage ou dans sa voix. Tantôt il pensait qu’elle le comprenait, et ça lui,faisait peur ; tantôt il était sur du contraire, et ça le mettait au désespoir » (P. 66)
  • « Elle était assise en face de la fenêtre, et la pâle lumière réverbérée par les tas de neige faisait paraître son visage encore plus exsangue que d’habitude, accusant les trois sillons parallèles qui couraient de ses oreilles à ses joues en dessinant des plis d’amertume entre son nez pointu et les coins et son nez. Bien qu’elle n’ait que sept ans de plus que son mari, et qu’il n’en ait que vingt-huit, elle était déjà une vieillards » (P. 86)
  • « Elle ne parlait jamais que pour se plaindre, et se plaindre de choses auxquelles il n’avait pas le pouvoir de remédier ; et pour réprimer sa propre tendance à la remettre à sa place d’un ton impatient, il s’était d’emblée habitué à ne pas lui répondre, et pour finir, à penser à autre chose quand elle lui parlait » (P. 95)
  • « Les gens combattaient pendant des années leurs « problèmes », mais ils succombaient presque toujours à leurs « complications » » (P. 137)
  • « Ethan la regarda avec répugnance. Elle n’était plus la créature apathique qui avait vécu à ses côtés, morose, uniquement absorbée par ses problèmes, mais une présence mystérieuse, étrange, un esprit d’une force diabolique sécrété au fil de ces années de rumination silencieuse » (P. 147)

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