« Le jardinier d’Otchakov » – Andreï Kourkov

Le jardinier d'OtchakovIgor jeune ukrainien désœuvré d’une trentaine d’année, se lie d’amitié avec Stepan, homme mur, venu proposer ses services de jardinier en échange d’une petite place dans la cabane du jardin familial. L’Ukraine de 2010 sert de cadre au début de ce roman. Troublés par un tatouage illisible sur l’épaule de Stepan, Igor et Stepan vont tout faire pour le déchiffrer.
Leur enquête les mènera dans une maison dans laquelle un chef de bande a été tué dans les années 50. Malgré les fouilles effectuées lors du meurtre ils trouveront des valises pleines de roubles des années cinquante sans aucune valeur en 2010, de pierres précieuses, des montres en or, un uniforme de milicien soviétique et un pistolet.

En endossant l’uniforme à l’occasion d’une fête costumée, Igor va se retrouvé transporté dans la grande Russie des années 1950, premier Spoutnik, restrictions d’électricité, miliciens craints et respectés mais accueillis, trafics pour quelques roubles, produits de mauvaise qualité, truands…Un uniforme qui change de taille selon celui qui l’endosse. Dès qu’on le quitte on revient en 2010.
Des allers-retours dans l’Ukraine de ces deux périodes, 1957 et 2010. Ici aussi en 2010 le dollar est devenu roi, il permet d’assouvir les rêves, de payer l’interdit…. L’argent permet toujours tout, l’alcool est maintenant moins frelaté, le régime communiste a disparu, mais le monde est-il devenu plus beau, plus agréable, plus juste? Avec humour Kourkov nous décrit une vie presque toujours aussi triste, mais une société dans laquelle l’âme slave est restée identique malgré le temps, l’importance de l’amitié, l’alcool remède à cette tristesse…
Un conte extraordinaire plaisant à lire, mais sans trop de surprises


Plus sur Andreï Kourkov


Quelques extraits
  • « Tous les trois vendredis , nous organisons une Retro Party . Les participants pourront gagner des vacances en Corée du Nord, un voyage à Cuba ou une excursion à Moscou, avec une visite nocturne du mausolée de Lénine » 
  • « La pitié, après tout, est plus forte que l’amour ! On peut ressentir du désamour avec n’importe qui, alors que de la « dépitié »….le mot n’existe même pas. On continue d’avoir pitié d’une personne, tant que celle-ci est en vie, on ne cesse que lorsqu’elle est morte »(P. 220)
  • « Le père de Stepan a été interné dans les camps pour propos calomnieux contre le régime (alimentaire) soviétique… »il manifestait contre les cantines ouvrières. il disait qu’on y préparait une nourriture qui asservissait le peuple, le rendait passif et sans volonté. Au camp, il décriait systématiquement l’ordinaire, si bien qu’il passait le plus clair de son temps au cachot. on le soupçonnait de vouloir inciter les détenus à la mutinerie. or en ce qui concernait l’ordinaire des camps, les prisonniers étaient tous d’accord avec lui. Puis on l’a expédié dans un hôpital psychiatrique, d’où il n’est ressorti qu’après la mort de Staline. il lui est arrivé ensuite de recevoir de l’aide de types qui l’avaient connu en détention » (P.275)
  • « La nourriture ennemie. Elle asservissait le peuple. Il n’est qu’à considérer le pêcheur : il appâte le poisson avant de le pêcher, il l’habitue à fréquenter le lieu même où la mort le guette. De la même manière, les ennemis du peuple appâtent l’homme, puis l’habituent à une nourriture dont il devient dépendant, tout comme le poisson avant la pêche. après quoi on force l’individu gavé de la sorte à abattre le travail de trois jours en un seul! Mais d’abord les ennemis de l’homme libre ont imaginé de renoncer à l’argent pour rémunérer le travail et d’accoutumer les gens à être payés en nourriture. la nourriture en tant que rémunération a reçu le nom de journées-travail et c’est ainsi qu’a commencé l’expérience de l’appâtage du peuple » (P.276)
  • « Igor accéléra le pas. Sur ses lèvres, un sourire tendu ; dans son esprit et dans son cœur : l’impatience. Impatience de se trouver dans un autre monde, un monde derrière les fenêtres et les visages desquels se devinait une autre manière de penser. Les gestes et les mouvements de ce monde laissaient transparaître une énergie différente, tandis que dans les yeux de ses habitants brillaient un entrain, une joie, ou une gravité qui n’avaient rien de commun avec le présent ».

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