« Perdus dans la fuite » – Assef Soltanzadeh

Perdus dans la fuiteHuit petites nouvelles pour décrire cet Afghanistan, cette guerre qui dure, ces hommes et femmes ballottés par ce conflit, qui tentent de vivre et ne peuvent échapper à leur destin;
L’horrible qui côtoie l’extraordinaire, un homme joue sa vie aux cartes, un autre, père de famille n’arrivant plus à élever ses enfants essaye, on le comprend progressivement, de les vendre,  avant finalement de leur offrir un dernier repas de rêve et les empoisonner…Une femme prête à s’offrir pour acheter les médicaments qui calmeront les blessures de son mari paralysé…un magicien, qui, en guise de baroud d’honneur fait disparaître un char russe, se marier….

Autant de vies, de situations qui pourraient être simples, belles, si le hasard d’une rencontre, si la guerre ne les faisaient pas basculer.
Un risque permanent
J’avais été touché par l’écriture d’Atiq Rahimi, celle d’Assef Soltanzadeh m’a également ému. Ces petites nouvelles sont autant de situations, simples pour nous, donner à manger à ses enfants, acheter des médicaments, se déplacer de ville en ville, qui dans cet Afghanistan en guerre sont impossibles, mettent des vies en danger.
Être ému, découvrir des petits auteurs dont personne ne parle et tenter de partager leurs émotions ….c’est encore plus vrai avec les livres édités par Actes Sud.

Un grand merci à cet éditeur qui m’a rarement déçu.



Quelques extraits
  • « Se faire tuer par quelqu’un est très différent d’être tué par hasard. Dans un cas tu meurs parce que quelqu’un t’a adossé à un mur et t’a vidé un chargeur dans le corps. Dans l’autre, tu es chez toi, une bombe ou une roquette arrive en sifflant et met fin à tes jours. On ne connaît même pas l’identité de son ou de ses tueurs, on ne peut le prendre au collet et dire : « C’est toi le meurtrier. » (P. 9)
  • « Oui, la vie ressemble à une partie de cartes. On ne sait pas sur quelle carte on va tomber. Si elle va nous servir ou pas ? Si elle nous sera fatale ou pas ? La carte sert ton adversaire, c’est ta mort qu’elle annonce ; elle te sert toi, c’est la vie qu’elle t’offre. Ta dernière chance de vivre.
    – Je t’offre une dernière chance avait déclaré l’adversaire une heure plus tôt. Aussitôt près il avait ramassé et coupe les cartes.  [ …..] – Cette chance je te l’offre à une condition. -Quelle condition ? – Nous ferons une partie de nawrang. Si tu gagnes, tu es un homme libre. Mais si tu perds tu devras te lever et aller de toi-même au pied du mur. Il y a trente hommes dans ce poste, Chacun d’entre eux ne dispose que d’une seule balle. » (P. 32)
  • « J’en ai assez. Je n’avais plus rien à vendre. À ma place, vous auriez fait pareil. Ce que vous voyez ici, c’est tout ce que je possédais de plus précieux chez moi. Il y a quelques temps j’ai vendu mes tapis. Je me suis dit : « on peut vivre sans tapis, quelques paillasses feront l’affaire » . Puis on a vendu la vaisselle. À quoi sert la vaisselle, quand on n’a rien à manger ? Ensuite les rideaux. Au début, de honte que quelqu’un ne voie notre maison vide, sans meuble, on ait tiré les rideaux. On ne voulait pas étaler notre misère au grand jour. » (P. 43)
  • « Quand ils ne peuvent s’en prendre au lion, les russes frappent le chat. » (P. 62)
  • « La femme a le ventre vide. Le thé lui ferait sans doute du bien. Elle veut prendre le bol de thé mais sa pudeur l’en empêche. Elle reste immobile. 
    – Pourquoi tu veux faire ça ?
    – Il n’a plus de travail. On a tout essayé mais personne ne veut nous aider. 
    – Et ton mari, tu en a un ? 
    – J’en ai un…..à peine vivant, infirme jusqu’à la taille
    – Que s’est-il passé’ ? 
    – Un jour au bazar, il a été touché par une roquette. Beaucoup de gens sont morts. Lui a survécu. Il a été blessé. Mort, il nous aurait épargné beaucoup de ….. » (P. 88)
  • « -Ignores-tu que pour l’islam se raser est un péché?
    […]
    – Est-ce qu’être un bon musulman tient seulement au fait d’être barbu?
    – Oui ! Mais aussi à autre chose….Celui qui n’a pas de barbe ne respecte pas entièrement l’islam. » (P. 178)

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