« Vous n’aurez pas ma haine » – Antoine Leiris

Vous n'aurez pas ma haineTémoignage bouleversant d’un papa, Antoine Leiris, qui attend son épouse Hélène, partie avec des amis, assister à un concert au Bataclan un vendredi 13 novembre.
Hélène ne reviendra plus.
Antoine se retrouve seul avec son fils, seul à attendre les nouvelles, appels sans suite à son épouse, annonce, attente de la voir, visite à l’Institut médico-légal…parcours douloureux d’un homme qui avant de se lamenter, essaie de préserver son fis de 17 mois, sans toutefois l’infantiliser ni lui cacher la mort de sa maman.

12 jours pendant lesquels il doit trouver la force de continuer, donner la force à ce gamin trop petit pour comprendre que maman ne sera plus jamais là, 12 jours de construction de son deuil, de formalités diverses, jusqu’au lendemain de l’enterrement d’Hélène, 12 journées pendant lesquelles il doit croiser le regard et composer avec l’attitude de mamans, d’anonymes, de psychologues, de la police …de compassion, de soutiens divers.
Face à Melvil son fils il ne peut pas, il ne doit pas pleurer, baisser les bras, flancher, se laisser aller face à cette douleur. Sa peine doit exister mais rester intérieure et surtout lui permettre de construire cette autre vie à deux.
Il doit l’accompagner dès le lendemain matin dans la construction de cette nouvelle vie sans sa maman, et découvrir un rôle de maman, l’accompagner à la crèche, lire des histoires, donner à manger, couper des ongles…jouer. 
Aux terroristes il écrira : « Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de forte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès. Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. »
Un livre d’amour de son fils, de son épouse, de la vie, qui se lit d’une traite, qu’on relit et qui jamais ne fait appel à la haine, à la vengeance primaire.  Malgré tous ces dangers nous devons continuer à vivre. La haine ne permet pas d’avancer, elle interdit de construire.
Dans une interview après la parution de ce livre il dira « Parce que le jour où la mort de l’autre nous laissera sans réaction, le jour où nous n’allumerons plus de bougies, nous serons devenus comme eux.
Des êtres sans peur face à la mort. Mais pour ne pas craindre la mort, il faut trembler de peur devant la vie. Alors craignons la mort et embrassons la vie. Dès le lendemain j’ai allumé une bougie que j’ai posée sur le rebord de ma fenêtre. Elle brûle encore aujourd’hui. Elle me rappelle l’odeur de la peur, de la haine, du renoncement. Elle me rappelle l’urgence de la vie. »

Ne passez pas à coté de cette émotion, de cette force de caractère


Antoine Leiris


Extraits
  • « Je n’ai rien trouvé d’autre pour lui dire que la vie continuerait malgré tout. Me raccrocher à nos habitudes, c’est laisser à la porte le terrible et le merveilleux. L’horreur de cette nuit là et la compassion qui s’est précipitée à ses trousses. La blessure et les pansements qu’on a voulu poser dessus. L’une et l’autre n’ont pas leur place dans notre petite vie déjà bien remplie. » (P. 70) 
  • « Demain nous allons voir sa mère, ce livre est presque terminé. Il ne me soignera pas. On ne se soigne pas de la mort. On se contente de l’apprivoiser. L’animal est sauvage, ses croc sont acérés. J’essaye juste de construire j’en cage pour l’enfermer. Elle est là, juste à côté, attend la bave aux lèvres de me dévorer. Entre elle et moi, des barreaux de papier. Lorsque l’ordinateur s’éteint, la bête est libérée. » (P. 129)

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