« Un monde beau, fou et cruel » – Troy Blacklaws

un monde beau fou et cruel.jpgEn reprenant le titre de l’album de Johnny Clegg & Savuka  « Cruel, Crazy Beautiful World », Troy Blacklaws a écrit un livre dérangeant sur une Afrique du Sud inconnue : l’Afrique du Sud raciste…
Oh non, pas le racisme de l’apartheid des Blancs envers les Noirs, racisme connu… Non sur le racisme entre Noirs. En Afrique du Sud il y a Noirs et noirs, il ne faut pas les confondre, des Noirs qui ont des droits, et d’autres noirs qui ont le devoir de se taire, d’être esclaves, d’être battus, exploités, tués, jetés aux crocodiles, le racisme ancestral entre ethnies.
Et puis l’Afrique sans ses dictateurs, sans la violence ne serait pas l’Afrique.

Jabulani professeur en Rhodésie l’apprendra à ses dépens.. Il doit quitter son pays la Rhodésie, s’il ne veut pas être assassiné par les homme de Mugabé son dictateur, dont il s’est moqué en public. Alors il passe clandestinement les barbelés de la frontière avec l’Afrique du sud, celle de 2004, qui s’est libérée de l’Apartheid grâce à Mandela. Il espère y trouver la liberté, un métier qui lui donnera la possibilité d’être rejoint par son épouse et ses enfants. Il sera malheureusement pris par des fermiers pour lesquels il travaillera comme esclave. Il sait que s’il s’évade il sera jeté vivant aux crocodiles de la ferme…Il faut pourtant qu’il arrive à retrouver la liberté afin de retrouver son épouse et ses enfants….
Jero est l’un des autres personnages du roman. Étudiant qui a du mal à trouver sa place, à trouver un travail,  il vit de petits boulots.
Son Père Zéro est un dealer trafiquant d’armes. Des armes faisant partie de la vie…
Un roman sur l’Afrique du sud, ses paysages qu’on traverse à l’occasion de poursuites en voiture pour échapper aux tueurs, sa violence et ses meurtres par balle, son racisme entre ethnies.
Ce pays dans lequel « Les taulards d’hier sont les héros d’aujourd’hui dans ce pays de dingues. »
Seule alternative : tuer ou mourir…
Un tableau bien noir (sans jeu de mot) de cette Afrique du Sud, que nous idéalisons peut être en l’assimilant à Mandela. Une Afrique du Sud de laissés pour compte, de fric et de pauvreté, de dealers et de zonards et parfois de violence gratuite.« Quand ils ont des armes, ils peuvent faire ce qu’il veulent. Il n’y a pas de loi supérieure à la leur ici ».Ils ont peut-être,  acquis la liberté grâce à Mandela, mais une liberté qu’ils vivent dans les bidonvilles de tôle.

Parmi eux pourtant se trouveront des hommes prêts à tout , prêts à risquer leur vie pour les autres….c’est cette lueur d’espoir, cette foi en ces hommes, laissés pour compte par la société, mais ouverts aux autres, que je retiendrai


Qui est Troy Blacklaws


Quelques extraits
  • « L’apartheid reposait sur des panneaux indicateurs statiques, sans équivoque. Aujourd’hui les pancartes changent tout le temps. Les mots inscrits s’effacent ou bien les panneaux sont de travers après que des taxis kamikazes ont percuté un poteau. Ils se transforment en toiture dans les bidonvilles ou bien, retournés, deviennent les enseignes d’un coiffeur, d’un débit de boissons clandestin ou d’un vendeur de cercueils d’occasion. Même les bornes kilométriques sont volées pour retenir les toiles de tente dans le vent hurlant du sud-est. Les noms des morts disparaissent des cimetières, les lettres en cuivre sont échangées contre de la drogue. L’époque où les mots restaient immobiles sur les poteaux est depuis longtemps révolue. Les mots ne tiennent tout simplement plus en place. » (P. 17)
  • « Les trous dans les Puma de Panganai lui disaient aussi qu’il fallait partir. La jupe d’école de Tendai à l’ourlet rallongé et décoloré  lui disait qu’il fallait partir. La huche à pain vide lui disait qu’il fallait partir. Les aboiements des chiens errants qu’il écoutait quand il était réveillé au milieu de la nuit,  lui disait qu’il fallait partir. D’une façon ou d’une autre, il fallait qu’il les mette à l’abri de ce monde de fous, infesté de rats, de l’indigence et de la mendicité, de la peur et de l’indécision » (P. 27)
  • « Quand ils ont des armes, ils peuvent faire ce qu’il veulent. Il n’y a pas de loi supérieure à la leur ici. » (P. 60)
  • « Au lieu de s’embarquer sur des bateaux surchargés qui gîtent dangereusement à destination de l’Espagne ou de l’Italie, les jeunes Africains habités d’un rêve ardent vont plutôt descendre vers le sud, en laissant derrière eux des pays où un dirigeant coiffé de léopard s’engraisser grâce aux fonds internationaux. Ils dépensent tout l’argent qu’ils ont pour voyager sous des bâches dans des camions ou dans les cales de cargos. Ou bien ils parcourent à pied des kilomètres et des kilomètres, traverseront des frontières, éviteront les hommes et les animaux qui les chassent sous un ciel sans sillonné par les vautours. Coûte que coûte, ils finiront par rejoindre Le Cap, le Londres de l’Afrique. Et plus au sud encore, cette place de marché.  » (P. 65)
  • « Dans ce pays, nous nous volons, nous nous tuons, nous nous brûlons les uns les autres …., jusqu’à ce qu’une balle de criquet, un ballon de rugby ou de football déclenche un fol accès de camaraderie soudaine et de beuverie et de clameurs de vuvuzela. » (P. 88)
  • « Des touristes blancs, qui sont incapables de faire la différence entre un Noir et un autre, sont assez bêtes pour s’imaginer que tout ça, c’est de l’art Sud-africain. » (P. 155)
  • « C’est ce qui est vraiment tordu dans ce monde. Ils vont vous punir pour des trucs pris au hasard, qui ne riment à rien. Pour la couleur de votre peau. Parce que vous êtes gay. Parce que vous êtes du Zimbabwe. » (P. 200)

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