« La mémoire des embruns » – Karen Viggers

la-memoire-des-embrunsUn vieux Monsieur frappe à la porte et apporte à Mary – qui apparemment le connait, une enveloppe mystérieuse- …..:« Tu sais ce que c’est….elle est pour lui » . Réticences de Mary :« Ne compte pas sur moi »….
Cette vieille dame de 77 ans, demande à sa petite fille de l’accompagner dans un chalet qu’elle a loué pour un mois, sur l’île Bruny Island de Tasmanie, région du Sud de l’Australie. Elle est fatiguée. Dans sa valise se trouve la lettre mystérieuse qu’elle a envie de brûler. Elle souhaite revoir avant de mourir, un certain nombre de lieux, qu’elle a connus alors que son mari Jack était gardien de phare sur cette île…Une île et un mari Jack dont elle a été éperdument amoureuse et qui a connu vingt ans de vie du couple, la naissance et les premières années de vie de ses enfants. Un retour au sources malgré les réticences de sa fille ainée devant les risques. Pour elle, la place de Mary est dans une maison de retraite.

Seul son fils Tom, deuxième personnage principal du roman,  approuve ce pèlerinage, ce retour aux sources, malgré les dangers que fera courir cette solitude à sa mère. Il demandera à Léon, jeune garde forestier taciturne de veiller une fois par jour sur sa mère…Celui-ci rechignera, dans un premier temps, à effectuer ce gardiennage de vielle dame..bruny-island.
Tom la quarantaine est passionné par les oiseaux, et par l’Antarctique, où il effectua une mission scientifique… « L’Antarctique possède un charme auquel on succombe pour la vie. Peut-être est-ce l’effet du paysage; sa sauvagerie, son désert, sa nudité. » Il aimerait y retourner, même cette mission a causé sa solitude. Son épouse, qui ne supportait pas cet éloignement, l’a quitté pendant sa première mission. Depuis Tom est toujours accompagné par Jess sa chienne et vit seul avec ses souffrances et son grand cœur.
Le cadre est posé….trois personnages principaux, Mary, Tom, Léon et une lettre. Trois personnages à découvrir et un point d’interrogation.bruny-island2 

Rares sont les romans qui nous emportent dans cette partie du monde aux antipodes de la France. Une vraie découverte, un réel dépaysement. 
Karen Viggers a écrit un roman qui transporte le lecteur au milieu du froid, des embruns, du vent iodé et des tempêtes australes, des icebergs, des manchots et albatros, sur les brise-glace, au cœur des missions scientifiques sur le banquise et sous les aurores boréales. Une nature pas banale,  hostile, mais si envoûtante. Un roman d’amours et de passions, au pluriels, d’amours humains qui construisent ou brisent une vie, d’amours d’un pays, de passions pour des territoires, des oiseaux, des métiers…
Le roman est construit sur une alternance de chapitres mettant en scène Mary, Tom et les autres personnages, passant des années cinquante à notre époque, de la Tasmanie, à l’Antarctique.
Malgré quelques longueurs, le scénario et l’écriture sont agréables, le dépaysement est garanti. 

Et puis, il y a cette mystérieuse lettre qui hante l’esprit de Mary et ne la laisse pas en paix…!


 Qui est Karen Viggers


Quelques lignes
  • ‌ »Avec le recul elle ne savait plus très bien si c’était de Jack qu’elle était tombée amoureuse ou de l’île de Bruny et du vaste espèce de liberté qu’elle offrait. A moins que comme beaucoup de jeunes filles, elle n’ait été amoureuse de l’amour. Grisée par un rêve. » (P. 68)
  • « L’Antarctique possède un charme auquel on succombe pour la vie. Peut-être est-ce l’effet du paysage; sa sauvagerie, son désert, sa nudité. Ou peut-être est-ce à force de voir tout ce blanc. Ou l’intensité des relations qu’un y noue. Quoi qu’il en soit, ce vaste espace et cette clarté resplendissante opèrent sur vous une transformation. Vous vous découvrez autre, nouveau. Vous voilà capable de vous fondre dans les lointains. Et cette sensation de liberté vous donne des ailes. En même temps, le germe d’une nostalgie éternelle a été planté en vous. Vous ne penserez plus qu’à y retourner. A vous glisser dans cette nouvelle peau qui est la vôtre sur la banquise, ce « moi » qui ne connait plus les bornes conventionnelles. De retour dans votre ancien monde, parmi les blessures que vous a infligées le pôle Sud, le regret lancinant vous ronge. Votre âme est enchaînée. Vous ne guérirez pas avant des années. » (P. 82)
  • « Elle avait souvent souhaité pouvoir enseigner à ses enfants comment empêcher les relations de s’étioler dans un couple. L’art du bonheur conjugal. Mais, même si elle était en mesure de leur décrire ce qui se passait dans son cœur  il n’était pas question de leur dicter la manière de mener leur vie. Impossible de leur épargner les souffrances douces-amères engendrées par les désillusions et les erreurs. Faire renaître l’amour de ses cendres était un prodige dont le secret n’était pas transmissible. On ne pouvait pas épargner aux autres le chagrin. Il était inscrit dans la destinée de chacun. Si c’était à refaire, elle s’y serait peut-être prise autrement. » (P. 117)
  • « Donner de crédit à cette lettre reviendrait à dénigrer ce qu’elle avait recherché toute sa vie reviendrait à dénigrer ce qu’elle avait cherché toute sa vie. Au moins, Jack n’était pas là pour assister à ça. D’un autre coté, avait-elle le droit de changer l’avenir en éliminant la lettre ? Ne devait-elle pas plutôt se montrer forte, remettre la missive et braver les conséquences? Non, c’était trop. Elle ne tiendrait pas le coup. Sa santé était trop fragile. Le désarroi et l’humiliation étaient insupportables. Elle voulait mourir en paix et en sécurité. Et toutes ces choses pour lesquelles elle s’était battue dans le seul but de préserver sa famille ? La lettre ferait tout voler en éclat. Elle réduirait en pièces la sphère de sérénité qu’elle avait tissé autour d’eux. » (P. 187)
  • « Soudain, dans un coin élevé de la voûte céleste, une lueur émergea. Un battement, suivi de la douce ondulation d’une draperie jaune pâle dont les plis vaporeux s’élevaient, s’abaissaient et coulissaient sur eux-même à la manière d’un voile de fumée. Brillant rideau qui se gonflait, s’étirait, se tordait, puis, aussi brusquement qu’il avait surgi, disparut. Un autre coin de ciel s’éclaira et de fins doigts de fantômes phosphorescents frémirent et tourbillonnèrent avant de s’élancer en dansant à travers le zénith en y traçant une fine ligne. Se redéployèrent alors les mêmes rideaux lumineux qui ondulèrent, se soulevant, s’étirant, jetant des étincelles, se repliant sur eux-mêmes, palpitant, exposant puis régressant. Peu à peu, avec  des tressaillements, ils s’affaissèrent. »(P. 217)
  • « En Antarctique, on oublie ce qu’est être pressé. Dommage qu’on reprenne aussi vite nos mauvaises habitudes au retour. La lenteur, c’est tellement agréable. On savoure les paysages, la vue de l’horizon. C’est pour ça qu’on est tellement accro. Le plaisir de la contemplation. Loin de toute cette agitation. Quand on y pense là-bas, la vie d’ici est totalement….elle n’a pas de sens, dit-elle en se penchant en arrière, les yeux levés vers le ciel. Ça explique pourquoi c’est si difficile de se réinstaller. Qui a envie de vivre comme les autres ? Ils ne savent pas ce qu’ils ratent. » (P. 222)

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