« Le dernier lapon » – Olivier Truc

le-dernier-laponIl fait nuit depuis 40 jours…le jour va revenir pour quelques minutes…
Au nord de l’Europe, en Laponie, un tambour lapon utilisé auparavant par les chamanes Samis est volé, le jour même où il revient dans son pays d’origine.  Tambour sami.jpgQuelques heures après un éleveur de rennes lapon est découvert mort et affreusement mutilé : ses oreilles sont coupées. Deux événements qui perturbent fortement la tranquillité de la ville. Quelques jours plus tard les oreilles de l’éleveur sont retrouvées entaillées comme celles des rennes…des marques comparables à celles que les éleveurs découpent sur les oreilles des jeunes rennes afin d’en marquer leur propriété….Vengeance, crime crapuleux ? Je ne vous en dit pas plus.

La police des rennes, celle qui a en charge de régler les conflits entre éleveurs, mène l’enquête. Une enquête de moins de trois semaines en janvier….le jour ne fait que quelques minutes au début de l’enquête à quelques heures, à son dénouement. Début d’un roman qu’on ne lâche pas.
N’allez surtout pas penser qu’il ne s’agit que d’un roman policier…
sami-tenueNon, c’est un roman aux multiples aspects, géographique, ethnologique, historique, géopolitique….. l’intrigue policière étant le prétexte pour nous faire découvrir une culture, des pays, une civilisation aborigène à notre porte, en Europe, celle des Samis. Une population vivant de l’élevage du renne en Laponie, autour du cercle polaire, en Norvège, Suède, Finlande, Russie..
Une population en grand danger.
Il ne reste plus dans le monde que soixante dix tambours chamanes lapons, ils sont tous dans des musées. Aucun ne se trouve sur ces terres lapones. Ils ont tous été brulés lors de la colonisation par les pasteurs laestadiens appartenant à  cette branche très rigide du luthérianisme.
samis-laponieOlivier Truc profite de cette intrique pour attirer notre attention sur les dangers que courre cette population aborigène de quelques dizaines de milliers de Samis . Il aime ces hommes et femmes et est, sans aucun doute, fasciné par cette culture, par ces hommes et femmes courageux, par cette population nomade d’éleveurs de rennes suivant leurs troupeaux, menacée par le réchauffement climatique dont les effets sont de plus en plus perceptibles : la neige d’automne peut fondre puis geler. Toute nouvelle couche de neige et redoux créent des couches de glace qui s’accumulent. Les rennes peuvent casser une couche de glace pour accéder au lichen qui est leur seule pitance, mais meurent de faim en hiver car ils n’arrivent pas à casser trois couches de glace…renne.jpg
Tous ces pays nordiques disposent d’un sous-sol riche en minéraux de toute nature, or, métaux rares, fer, uranium…attirant les convoitises des grandes compagnies minières, des mines et un développement industriel qui sont autant de sources potentielles de pollution, des routes sont tracées sur lesquelles les rennes sont tués… même la politique locale et l’extrême droite menacent le mode de vie de ces samis, leur culture.
Alors vous rencontrerez tous ces intrigants, tous ces profiteurs, tous ces religieux, tous ces hommes politiques, mais aussi tous ceux qui aiment cette culture, qui aiment et défendent ces êtres simples, vivant pour certains sous leur tente  été comme hiver, que sont les samis
Ce roman est passionnant d’une part du fait de la qualité de l’intrigue et de ses rebondissements, du style,  mais aussi du fait du caractère des personnages, de la beauté des paysages et ces grands espaces, du froid qui nous transperce et bien sur du fait de la foule d’informations historiques, ethnologiques ou géographique qu’Olivier Truc nous fait partager…
sami-chapeauLes derniers espaces sauvages européens menacés ! Le monde va les « domestiquersami-carte »
Olivier Truc, journaliste vivant en Suède nous dit aussi – hors roman – que le mot « Guerre » n’existe pas dans cette langue Sami…sans doute pourquoi il est important de les détruire ou de les assimiler au plus vite à notre « belle culture occidentale »

Faites le voyage aux cotés de ce dernier lapon…Vous ne le regretterez pas.


Qui est Olivier Truc


Quelques extraits
  • « La police qui vous appelle, on sait jamais quelle tuile va vous tomber dessus. Mais la police des rennes, au moins, on sait que c’est jamais bien sérieux. Pas vrai, Klemet ? » (P. 24)
  • « Pendant des décennies  les pasteurs suédois  danois et norvégiens nous ont pourchassés pour confisquer et brûler les tambours des chamans. Ça leur faisait peur. Pensez donc, on pouvait parler avec les morts ou guérir. Ils en ont brûlé des centaines des tambours. Il en reste à peine plus d’une cinquantaine dans le monde, dans des musées à Stockholm ou ailleurs en Europe. Et même chez des collectionneurs. Mais aucun chez nous, sur notre propre terre. Incroyable non ! ? Et là enfin ce premier tambour était revenu. Et on le vole ? c’est de la provocation !  » (P. 41)
  • « Le soleil avait tenu parole. Tout le monde était rassuré. L’attente , quarante journées sans ombre, n’avait pas été vaine. » (P. 51)
  • « Tous les rennes sont marqués aux oreilles. Aux deux oreilles. [….] Et tu as besoin des marques des deux oreilles pour identifier le propriétaire. Les voleurs coupent les oreilles des rennes. Pour qu’on ne puisse pas identifier à qui appartient le renne. Pas de propriétaire, pas de plainte. » (P. 53)
  • « Les Samis sont la dernière population aborigène d’Europe. La façon dont on les traite et dont on traite leur culture et leur histoire, en dit long sur notre capacité à appréhender notre histoire. » (P.134)
  • « Ça vient d’un pasteur suédois à moitié lapon qui s’était donné beaucoup de mal pour remettre les lapons sur le droit chemin parce qu’il les considérait trop sous l’influence de l’alcool. C’était il y a cent cinquante ans. Il en reste toujours qui se réclament de lui. Ils sont très tradition-tradition, très stricts. Ce n’était pas ma tasse de thé. Pas de télévision, pas d’alcool, pas de rideaux aux fenêtres, tout ça quoi. Ça se pratiquait beaucoup dans ma famille. C’est pour ça qu’on a été en froid. Je n’ai jamais pu accepter ces côtes bigots. » (P. 141)
  • « Le renne était un bon animal si l’on savait en prendre soin. Il nourrissait, habillait. Les plus habiles savaient transformer ses bois en étuis ou en manches de couteau, en bijoux. Aslak aussi savait. Il savait aussi manier l’argent, le métal noble des nomades lapons, ce métal que l’on se transmettait de génération en génération, de transhumance en transhumance. Il savait tout cela, et il savait qu’après lui tout serait perdu..  » (P. 223)
  • « En quoi un gisement d’or décimerait-il des villages Sami ? Et quel serait le rapport avec ce tambour, avec le vol ou avec le meurtre ? » (P. 234)
    « Aslak avait appris à aimer ces montagnes ce jour-là quand son grand-père lui avait dit : « Tu vois Aslak, ces montagnes, elles se respectent les unes les autres. Aucune n’essaye de monter plus haut que l’autre pour lui faire de l’ombre ou pour la cacher ou pour lui dire qu’elle est la plus belle. On peut toutes les voir d’ici. Si tu vas sur la montagne là-bas, ce sera pareil, tu verras toutes les autres montagnes autour. » Jamais son grand-père n’avait autant parlé. Sa voix était calme, comme toujours. Un peu triste peut-être. « Les hommes devraient faire comme les montagnes », avait dit le vieil homme. »  » (P. 343)
  • « Le prédicateur Lars Levi Laestadius avait vécu ici plusieurs années de sa vie. D’ici il avait mené sa croisade contre le péché et l’alcool, partant la conquête des âmes sami. Dans un tel lieu oublié du monde, aux confins de tout, le visiteur comprenait vite qu’on ne pouvait devenir qu’alcoolique ou mystique. » (P. 367)

 

Autre avis sur le Dernier Lapon :

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