« Le square » – Marguerite Duras

le-squareUne jeune femme surveillant un enfant qui joue et un homme sans âge se rencontrent sur un banc public….Est-ce le début d’un histoire née de cette rencontre ?
Elle est bonne à tout faire, elle a vingt ans , et s’occupe aussi d’une vieille femme, elle aimerait trouver un homme, dans un bal, qui la sorte de cette situation. 
Il est colporteur et va de ville en ville avec sa valise vendre ses articles en coton.
Elle vient là vraisemblablement seule tous les après-midi avec le gamin qu’elle surveille, murée dans ses silences . Quant à lui on suppose que c’est le hasard de ses déplacements qui l’a amené sur ce banc.
Tous deux sont là pour passer le temps et tromper l’ennui 

Ils parlent chacun de leur vie, de leurs espoirs. Elle lui parle de l’attente de la rencontre d’un homme dans un bal, seule rencontre qui changerait sa vie. Elle voudrait que tout change pour elle, mais ne refuse jamais le travail supplémentaire qu’on lui confie, lui au contraire n’a pas besoin de changement et se trouve bien finalement dans sa situation. Chaque jour dans une ville nouvelle.
C’est la rencontre de deux solitudes qui ne vivent que pour leur travail, sans faire grand-chose pour que leur condition évolue. Deux personnes insignifiantes aux yeux des autres.
Roman composé uniquement de dialogues entre ces deux êtres, on l’imagine joué dans un théâtre : unités de lieu et de temps respectées…une petite tragédie..
Un petit espoir d’évolution, pointe son nez…sera-t-il concrétisé ?
Ces dialogues improbables utilisent des tournures de phrase « décalées » qu’on imagine assez mal dans la conversation de ces deux personnes simples…ce petit décalage s’oublie vite. Les dialogues servent surtout de prétexte à une réflexion presque philosophique sur la vie qui passe, le travail, l’engagement personnel, le besoin de changement, l’espoir d’une vie meilleure…
Chacun de nous a été à un moment ou à l’autre de sa vie, cette petite bonne s’investissant dans son travail, en espérant y trouver une satisfaction une amélioration de sa condition personnelle; d’autres au contraire se retrouveront dans ce représentant de commerce, allant de ville en ville…quelqu’un qui « avance dans la vie, sans savoir du tout pourquoi. »

Le quotidien mis en scène. Ce quotidien en réponse à nos attentes sur la vie


Quelques mots sur Marguerite Duras


Quelques lignes
  • « Ce n’est pas un métier que le mien. On l’appelle ainsi pour simplifier mais ce n’en est pas un. C’est une sorte d’état, d’état tout entier, vous comprenez, comme un exemple d’être un enfant ou d’être malade. » (P. 19)
  • « Si une fois nourri, l’on commençait à penser à son prochain repas, ce serait à devenir fou. » (P. 25)
  • « Vous avez l’air d’ignorer ce que c’est que de vouloir sortir de cet état. Il faut que je reste là à y penser tout le temps, de toutes mes forces, sans cela je sais que je n’y arriverais pas. » (P. 31)
  • « Ce sera comme de voyager. Vous ne vous arrêterez plus. Vous désirerez ensuite posséder un frigidaire et, ensuite, autre chose. Ce sera comme de voyager, d’aller de ville en ville, vous ne vous arrêterez plus. » (P. 37)
  • « Je ne refuse rien, je n’ai jamais rien refusé de faire de ce qu’on me demandait. Je n’ai jamais refusé, alors que cela aurait été si facile au début, et je ne refuse toujours pas alors que j’ai de plus en plus de travail. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours tout accepté, docilement, tout et tout afin, un jour de ne plus pouvoir supporter rien. »(P. 42)
  • « Vous comprenez, Monsieur, vous comprenez, je n’ai jamais été choisie par personne, sauf en raison de mes capacités les plus impersonnelles, et afin d’être aussi inexistante que possible, alors il faut que je sois choisie par quelqu’un une fois, même une seule. Sans cela j’existerai si peu, même à mes propres yeux que je ne saurai même pas vouloir choisir à mon tour. C’est pourquoi je m’acharne tant sur le mariage, vous comprenez. »(P. 69-70)
  • « Si la vie n’est pas heureuse, j’ai envie de l’apprendre par moi-même, vous comprenez, pour mon compte, jusqu’au bout, et aussi complètement qu’il sera possible; et ensuite, eh bien je mourrai à cela que j’aurai voulu et on me pleurera. Je ne demande en somme que le sort commun. »(P. 81)
  •  « Non, si je vais quelquefois dans les squares, c’est quand je suis resté quelques jours sans parler, vous voyez, sans bavarder, qui, quand je n’ai pas eu d’autre occasion de le faire qu’avec des gens qui achètent ma marchandise, et que ces gens sont pressés ou tellement méfiants que je ne peux arriver à leur dire un mot en dehors de ceux pour vanter mes cotons. Alors, dans ces conditions, au bout de quelques jours, on s’en ressent, naturellement. On s’ennuie si fort de bavarder avec quelqu’un et que quelqu’un vous écoute que ça peut vous rendre même un peu malade, vous donner comme un peu de fièvre. »(P. 86)
  • « Les gens supportent mal le bonheur. Ils le désirent, bien sûr, mais dès qu’ils l’ont, ils s’y rongent à rêver d’autre chose. » (P. 91)
  • « Nous allons rentrer dans le silence tous les deux. déjà c’est comme si c’était fait. » (P. 138)

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