« De sang-froid » – Truman Capote

De sang-froidDeux jeunes hommes, Dick et Perry souhaitant cambrioler la maison d’un riche fermier, l’assassinent froidement, ainsi que son épouse et deux de ses enfants. Ils ont ligoté les victimes et les ont égorgé ou leur ont tiré dans la tête….Préméditation : il fallait « leur foutre…leur mettre tout plein de cheveux sur les murs ». Deux jeunes hommes passés de la petite délinquance au crime sordide. 
Comment pour quelques dollars, pour un poste de radio, pour un chéquier peut-on tuer sauvagement une famille, une gamine..?
Roman né de l’imagination d’un auteur ? Non. Il s’agit de l’un de ces faits divers que connaissent les Etats-Unis de la fin des années 50 et des années 60

Truman Capote réalise une véritable enquête sur cette affaire qui se déroula dans ce Kansas rural, chapeaux et bottes de cow-boy, grosses et vieilles voitures, gamins conduisant dès douze ans leurs vieilles guimbardes pour chasser le coyote, offices religieux tous les dimanches et morale religieuse le reste de la semaine…Une Amérique violente et puritaine, au sein de laquelle l’argent est roi, une Amérique qui déjà a ses laissés pour compte, ceux qui par des petits boulots, espèrent gagner ces quelques dollars qui leur donnent l’illusion de la richesse, du bonheur….un dollar roi, pour lequel l’un des deux assassins dira : « j’ai trouvé une petite bourse, une bourse de poupée. Il y avait un dollar en argent dedans. Je l’ai laissé tomber par mégarde et il a roulé sur le plancher. Il a roulé sous un fauteuil. Il a fallu que je me mette à genoux. Et c’est à ce moment-là que je me suis retrouvé comme en dehors de moi. M’observant comme dans un film idiot. Ca m’a rendu malade. J’étais simplement dégoûté. Dick et tout son bla-bla sur le coffre-fort d’un type riche, et voilà que je rampais sur le ventre pour voler un dollar en argent à un enfant. Un dollar. Et j’étais en train de ramper sur le ventre pour l’avoir ! »
Truman Capote retracera la vie de ces deux paumés depuis leur enfance jusqu’à leur exécution, en passant par leur cavale jusqu’au Mexique. Il s’appuie notamment sur des lettres transmises à leur famille, ou des témoignages reçus de celles-ci.
Une affaire qui m’a, personnellement, mis mal à l’aise.
Certes le crime de toute cette famille est sordide et horrible, mais à part l’enfermement, cette société américaine n’a rien prévu pour réinsérer les jeunes délinquants. Certains pourront être traumatisés par leur passage sous les drapeaux…le Dieu Dollar trouble les esprits faibles prêts à toutes le bassesses pour en avoir..
Le crime de ces deux homme n’est pas un événement isolé, les couloirs de la morts sont remplis de ces assassins qui peuvent y rester plus de vingt ans dans l’attente du jour fatal. 
Le travail de Truman Capote nous fait connaître les phases de l’enquête policière, et surtout les conditions de déroulement d’un procès, qui fut tout, sauf équitable …choix du juge qui connaissait la famille, choix des jurés tous originaires de la ville et connaissant les victimes, travail des avocats sans envergure choisis par Dick et Perry, expertises psychiatriques bâclées…Tout ça pour juger, ces deux tueurs, dont bien sûr je ne cautionne pas le crime, apparaissant lors du procès « dénués de conscience ou de compassion ».
Alors ils seront exécutés devant un public choisi, après presque deux mille jours d’attente et de recours vains dans des cellules sans hygiène, pendus parce que c’est la loi du Kansas qui l’a prévu. Dans d’autres États ils auraient été électrocutés, ou gazés…Ils se balanceront plusieurs minutes pendant lesquelles le médecin attendra l’arrêt de leur cœur pour les déclarer morts…
Oui, ce livre m’a passionné et dérangé depuis le crime jusqu’à cette pendaison. J’ai été transporté dans une époque, celle de ma jeunesse, dans un pays qui fait rêver…mais la réalité était souvent beaucoup moins attirante, plus glauque que celle que nous vantaient les pages des magazines…Kennedy et Jacky . Un pays dans lequel « Les riches ne sont jamais pendus. Seulement ceux qui sont pauvres et sans amis le sont. »
Réquisitoire contre la peine de mort, cette lecture est indispensable..

Qui est Truman Capote


Quelques extraits
  • « L’état d’esprit d’un homme qui prend une assurance sur la vie n’est pas tellement différent de celui d’un homme qui signe son testament: les pensées de morts sont inévitables. » (P. 79)
  • « Ce soir-là, après avoir séché et brossé ses cheveux et les avoir entourés d’un foulard de mousseline, elle sortit les vêtements qu’elle avait l’intention de porter pour se rendre à l’église le lendemain matin: des bas de nylons, des escarpins noirs, une robe de veloutine rouge, la plus jolie, qu’elle avait faite elle-même. C’était la robe dans laquelle elle allait être enterrée. » (P. 93)
  • « Si un oiseau transportait chaque grain de sable, grain à grain, de l’autre côté de l’océan, quand il aurait tout amené de l’autre côté, ce ne serait que le début de l’éternité. » (P. 111)
  • « Il n’y a pas de honte à avoir le visage sale, mais il y en a si on le laisse sale. » (P. 213)
  • « Il ne peut arriver rien de pire à un homme que de savoir que son fils va être pendu. » (P. 383)
  • « Est ce que j’ai des regrets? Si c’est ce que tu veux dire,non.Je ne ressens rien.Je voudrais bien, mais ça me laisse complètement froid.Une demi heure après que ce soit arrivé, Dick blaguait, et moi, je riais. Peut être qu’on est pas humain?Je suis assez humain pour m’apitoyer sur moi même. Je regrette de ne pouvoir sortir d’ici quand tu t’en iras. Mais c’est tout. » (P. 430)
  • « C’est un reliquat de la barbarie humaine. La loi nous dit qu’il est mal de tuer et elle vient donner l’exemple contraire. Ce qui est presque aussi atroce que le crime qu’elle punit. L’Etat n’a aucun droit de l’infliger. C’est sans aucune efficacité. Ça n’arrête pas le crime, mais diminue le prix de la vie humaine et engendre d’autres meurtres. » (P. 449)
  • « Oui, m’sieur, dit le gardien, confirmant cette nouvelle, ils ont eu la peine de mort ». 
    Dick dit: »Bien sur. C’est drôlement à la mode dans le Kansas. Les jurys la donnent comme s’ils donnaient des bonbons à des gosses. » (P. 476)
  • « En attendant le deuxième exécution, un journaliste et un gardien échangèrent quelques propos. Le reporter dit : « C’est votre première pendaison ?
    – J’ai vu Lee Andrew.
    – Moi, c’est la première fois.
    – Ouais. Ca vous plaît ? »
    Le journaliste fit la moue. « Dans notre bureau, personne ne voulait faire ce reportage. Moi non plus. Mais c’est moins pire que je ne l’aurais cru. C’est simplement comme plonger d’un tremplin. Seulement avec une corde au cou.
    – Ils sentent rien. La trappe s’ouvre, ils ont le cou cassé, et ça y est. Ils ressentent rien. » (P. 500)

Une réflexion sur “« De sang-froid » – Truman Capote

  1. Lu il y a longtemps au souvenir impérissable tant l’histoire et le récit sont impressionnants.
    À noter le film Truman Capote qui revient sur les conditions d’écriture de ce livre, et l’interprétation magistrale de l’acteur.

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