La mélancolie de la résistance – Laszlo Krasznahorkai

La mélancolie de la RésistanceKrasznahorkai nous plonge dans cette dystopie au sein de l’univers glacé d’une petite ville de Hongrie.. Un cadre noir, triste et froid : il fait moins 17°. Un cadre qui au fil des pages s’avère grotesque et assez fou. La ville connait de bien étranges phénomènes assez déroutants : un château d’eau qui vacille, une horloge du clocher qui se remet subitement en marche, des arbres qui se déracinent seuls et tombent. A tout ceci s’ajoute l’arrivée d’une troupe de forains sur la place de la ville, des forains qui présentent une énorme baleine dans une gigantesque remorque.

Quatre personnages principaux : deux femmes, Madame Pflaum, inquiétante et acariâtre, amoureuse de musique, madame Eszter, une manipulatrice ambitieuse , son fils Valuska, jeune homme innocent et  simplet, un poète rêveur et marginalisé qui mime les mouvements des planètes avec d’autres ivrognes dans la salle du café Pfeffer. Il a pour ami M. Eszter, musicien qui s’effondre une fois qu’il découvre que son accordeur de piano modifiait d’une quinte certaines tonalités.
La trame du roman ne repose pas sur une intrigue, mais plutôt sur une atmosphère mystérieuse, oppressante et angoissante née d’événements qui surgissent : « rumeurs alarmantes venues de la lointaine capitale sur la prolifération de bandes d’enfants », « profanations de monuments », « collisions ferroviaires », « catastrophes imminentes » sans compter l’inquiétante baleine et la troupe de forains, atmosphère également due à une forme de folie de chacun des personnages.
La ville connaîtra le chaos, l’armée interviendra, écrasera la rébellion… Mme Ezster, cherchera à nettoyer la ville à l’issue d’un discours sécuritaire « Cour Balayée, Maison Rangée »,  discours sur les actions à mener contre les émeutiers venus d’ailleurs, et enverra son fils à l’asile pour handicapés mentaux !  Elle jette l’huile sur le feu et encourage les émeutiers afin de prendre le pouvoir une fois le calme revenu, elle alimente la peur notamment en désignant « les étrangers » comme sources de tous les maux et les dirigeants comme étant des incapables paresseux alcooliques et peureux…..
Airs connus et entendus sous toutes les latitudes
J’ai eu parfois envie de lâcher ce livre pas simple ni fluide de 400 pages, fait de phrases parfois interminables, s’ouvrant sur des digressions, et alimentant le mystère…donnant parfois une impression de délire de l’auteur.

Il nécessite une attention soutenue de tous les moments. 


Qui est Laszlo Krasznahorkai


Quelques lignes
  • « Le processus irréversible de destruction, de chaos et de désintégration se poursuivait normalement selon ses propres lois intangibles. » (P.64)
  • « Sur une terre […] en rotation permanente, il est tout à fait logique que l’humanité  titube depuis des siècles, et n’ait pu se trouver, puisqu’elle passe le plus clair de son temps à s’efforcer simplement de tenir debout. » (P. 138)
  • Il s’arrêta devant la porte si familière du salon, transféra la lourde valise dans l’autre main et se mit à songer à la grandiose et miséricordieuse lumière – si ce moment arrivait – qui attendait M. Eszter. Car il aurait tant de choses à découvrir – il frappa trois coups, comme à son habitude -, il verra l’ordre indestructible qui par son merveilleux et infini pouvoir relie à un ensemble unique harmonieux la vie – si éphémère qu’à peine éclose elle nous échappe – de tous les êtres qui peuplent en mutuelle dépendance les continents et les océans, le ciel et la terre, l’air et l’eau; il verra que naissance et mort ne sont que deux bouleversants instants d’un perpétuel éveil, et il verra le regard ébahi de celui qui comprend cela; il ressentira – il saisit délicatement la poignée de la porte – la chaleur des montagnes, des forêts, des fleuves et vallées, il découvrira les profondeurs secrètes de la vie humaine, et il comprendra que le lien indestructible qui le rattache au monde n’est ni une servitude ni une condamnation, mais un sentiment indéfectible d’appartenance; et il découvrira l’immense bonheur du partage, de la communion, de se sentir entouré : par la pluie, le vent, le soleil, la neige, un vol d’oiseau, le goût d’un fruit, le parfum d’un pré; et il finira par sentir que s’est  angoisses et amertumes ne sont que des poids entravant les racines encore vivaces de son passé, et freinant, tel un lest, l’envol de ses chances d’avenir – il ouvrit la porte -, et enfin il saura que chacune de nos minutes est un passage à travers les nuits et les jours d’une terre en gravitation, à travers les vagues successives de ses hivers et ses étés, parmi les planètes et les étoiles. Il entra avec la valise et en plissant les yeux, il s’arrêta dans la pénombre. (P.143-144)
  • « Les magasins ne sont plus approvisionnés, commencèrent-ils en se coupant mutuellement la parole, les écoles et les administrations ne fonctionnent quasiment plus, le problème du chauffage des appartements prend, à cause de la pénurie de charbon, des proportions inquiétantes. » (P. 176)
  • « Celui qui se promènera dans la rue, une fois la nuit tombée, jouera sa vie. » (P. 185)
  • « […] cette ville et ce pays avaient été détruits par les idées dominantes qui avec une arrogance stupide s’évertuaient à réglementer l’ordre des relations humaines[….] » (P. 249)
  • « […] la barbarie qui sévissait dans les rues [….] » (P. 270)
  • « Ils voulaient apprendre de cet homme probablement sélectionné par les soldats parmi les «porcs» de la place du marché, quelque chose sur les événements de la nuit passée[…]. » (P. 325)

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