« Lettre à un ami » – Carlos Ruiz-Garcia

Lettre à un amiIls ont quitté l’Espagne, poursuivis par les troupes de Franco, dans l’espoir de pouvoir y revenir un jour. C’était la fuite et l’exil, la Retirada ou la mort. Certains sont partis avec leur famille. D’autres sont partis avec les autres soldats de leur groupe…Ils avaient affrontés les phalangistes aidés par des soldats du Fürher qui mettait au point ses armes de guerre et sa tactique.
Ils étaient les réfugiés républicains.

Arrivés en France, ils furent parqués comme des bêtes en plein vent, dans des camps sans latrines, clos de barbelés, gardés par des tirailleurs sénégalais et la cavalerie arabe. Des camps construits à la va-vite sur le sable des plages. Des conditions de vie indignes, dans lesquels ils connurent les poux, la vermine, la faim, le froid, la promiscuité. Les plus faibles mourraient, tout petit problème pouvait dégénérer en bagarre, tout comme la recherche de la meilleure place dans la file d’attente pour la soupe claire. L’ordinaire pouvait être amélioré quand on disposait de quelques biens :   « Des vendeurs venaient aux barbelés échanger de la nourriture contre une montre, des pièces espagnoles en argent ou divers objets de valeur. Nos billets de banque ne valaient absolument rien : aussi méprisée que nous, la monnaie de la République n’était que du papier. « . 
Manger et avoir chaud furent « une obsession permanente ».
Des conditions d’accueil qui furent d’abord des conditions de détention, exacerbant la bassesse humaine : « C’est là que je vis les premiers de ceux que nous appelâmes les triperos, mot intraduisible qui signifie individu méprisable, capable de n’importe quelle bassesse pour satisfaire son ventre. »
Tout réfugié qui le souhaitait pouvait améliorer son sort en s’engageant dans la Légion étrangère, dont les recruteurs étaient aux portes des camps…ou tenter de s’évader en rampant sous les barbelés
Carlos Ruiz-Garcia, quand à lui fut transféré dans le camp de Saint-Andre de l’Eure. Il fût temoin de l’exode des Francais fuyant l’arrivée de l’armée allemande, de leur retour dans leurs foyers. Nouveau  camp, nouvelles conditions de vie, mais toujours la crasse les hardes et sabots pour se vêtir. 
Ces rouges, ces républicains, furent mis à disposition de l’occupant nazi et Carlos Ruiz-Garcia fut transféré vers le camp proche de Bordeaux de Camp de Saint-Medard-en-Jalles afin de participer à la construction de la base de sous-marin allemande….Un travail dangereux, en partie détruit quelques mois plus tard par les bombardements américains. 
Il assistera à la libération de Bordeaux, sera témoin des exactions françaises et des représailles allemandes.
Cette lettre était destinée à son fils auquel il écrivait : « Cuando me muéra, haz lo que quieras con ella ». ( Quand je mourrai, tu en feras ce que tu voudras)
Il nous l’a transmise.

Merci pour ce court témoignage écrit en phrases simples, sur l’histoire et… la nature humaine : « Les instincts se manifestent en chaque occasion où l’individu doit partager quelque chose de rare ou de précieux. [….] Il y a celui qui par éducation ou par principe les garde plus ou moins cachés, d’autres les ont à fleur de peau, sans qu’il leur importe, le moment venu de les laisser paraître avec brutalité. » 


Qui est Carlos Ruiz-Garcia


 Quelques lignes
  • « Ils s’en allaient vers l’inconnu infranchissable. » (P. 10)
  • « Il n’y avait pas de confidences, chacun était sur ses gardes, prudent et bouche cousu, écoutant en silence. » (P. 24)
  • « Il n’y avait pas de latrines et, comme la plupart d’entre nous s’avançait jusqu’au rivage pour se soulager, bientôt la saleté se répandit partout. » (P. 25)
  • « Tout se sait dans une prison. Entre les reclus, les nouvelles se transmettent miraculeusement et vous parviennent de l’extérieur en traversant les murs et les barbelés irrésistiblement. J’avais des amis dans le camp définitif, ils me savaient désireux de m’échapper pour les rejoindre, tout en étant dans une situation angoissante, risquant à tout moment d’être embarqué pour l’Espagne. » (P. 27)
  • « L’or de la République évacué par bateau et camion et qui n’est jamais revenu, est toujours en dépôt par ci, par là et à fait les beaux jours de quelques-uns, au Venezuela ou ailleurs. » (P. 35)
  • « On sentait la guerre approcher et notre sort incertain nous inspirait des craintes. Nous étions mal famés, nous les rouges sans espoir de sortir puisque la situation alarmante empirait. » (P. 38)
  • « Deux millions et demi de prisonniers. En zigzag, par monts et par vaux, nous croisions l’interminable colonne de la population qui s’en retournait, en sens opposé à notre marche, empruntant les fossés pour laisser la route libre à « la motorisée » allemande. » (P.53)
  • « La fin de cette longue étape du Roanne, près de Lyon, où se concentraient les Espagnols cueillis dans la zone libre, destinés à être mis à la disposition de l’occupant avide de main-d’oeuvre, faisant les frais d’une opération dans laquelle nous n’étions pour rien. » (P. 63)
  • « Le froid intense nous obligeait à enfiler chacun sa couverture, que nous passions par-dessus la tête, attrapant le manche de la pelle ou de la pioche avec deux bouts de couverture pendante pour ne pas avoir les mains gelées. » (P. 84)
  • « J’ai dû attendre encore vingt-cinq ans pour fouler à nouveau la terre d’Espagne. Et encore me fallut-il trouver là-bas des personnes qui l’établissent des certificats de garantie politique… » (P. 110)
  • « J’ai rédigé tout ce qui est dit presque d’un trait, ne consultant aucune carte ni aucun document en me fiant uniquement à ma mémoire. Il est sur qu’il y a quelques erreurs de date ou de lieu, et que la chronologie n’a pas été très respectée. Ce que je peux affirmer, c’est que tout ce qui est relaté ici est rigoureusement exact. » (P. 111 – fin du livre)

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