« Seul le silence » – Roger Jon Ellory

Seul le silenceJoseph Vaughan est un gamin d’une dizaine d’années en 1939, date de début du roman. Il a perdu son père, trois mois auparavant et vit seul avec sa mère; élève assez peu motivé par l’école, il est pris en charge par sa jeune institutrice, qui décèle en lui un don pour écrire des histoires. Elle le pousse même à s’inscrire à des concours, mais ses écrits seront refusés, le jury doutant de son âge au vu de la qualité de l’écriture…..et le gamin va y trouver le bonheur et pourquoi pas un projet de vie : devenir écrivain.
Le livre, lu dans l’édition du Livre de Poche, est répertorié dans la catégorie des thrillers par cet éditeur, sans doute pour des raisons commerciales, mais pour ma part, j’ai l’impression d’avoir lu un livre sur la société américaine, des années quarante à nos jours, sur fond de crimes presque rituels d’un sadique pédophile. 

La vie du gamin est bouleversée par une série de meurtres de gamines d’une dizaine d’années horriblement violées et mutilées, dont les corps seront retrouvés découpés. Joseph est marqué à vie quand il  découvre le corps d’une de ses camarades d’école. La police patine et est dans l’incapacité d’identifier le tueur…, les meurtres se succèdent, un, deux, trois…tous à proximité de la ville ou dans des comtés voisins, alors les gamins de la petite ville décident de protéger les gamines, leur groupe sera « les Anges gardiens », ils veilleront chaque nuit à identifier le pédophile et à l’empêcher de nuire.
La vie continue à Augusta Falls, dans cette Géorgie de l’Amérique profonde, rurale et puritaine, la peur s’installe et les rumeurs vont bon train..aucun américain ne serait capable de tels gestes, seuls des étrangers peuvent être suffisamment déséquilibrés pour commettre de tels actes…air connu sous toutes les latitudes, surtout à la fin de la deuxième guerre mondiale, alors qu’un allemand habite la petite ville…je ne vous en dis pas plus.
Mais les meurtres continuent, la suspicion aussi. Rebondissements et fausses pistes…le meurtrier court toujours. 
Le sort va s’acharner sur le gamin, toujours confronté à la mort, et même suspecté. Il devra toujours se justifier et se défendre y compris une fois devenu adulte. Il restera hanté par ces crimes et fera de sa vie une recherche du meurtrier . Les crimes ne sont que le prétexte pour décrire cette société américaine, l’état psychologique des principaux personnages dont Joseph, ses rapports avec sa mère, sa lente et difficile évolution pour devenir un écrivain reconnu..
Une fois entré dans le livre, on ne le lâche plus. L’auteur nous manipule, nous piège et nous mène sur de fausses pistes, le lecteur a l’impression parfois de relire les mêmes scènes, de tourner en rond, un peu comme Joseph.
Dommage que la fin soit un tantinet prévisible, j’aurais préféré une fin coup de poing arrivant plus brutalement. 

Un bon plaisir de lecture toutefois


Qui est Roger Jon Ellory


Quelques extraits
  • « Tu veux écrire, alors écris, mais rappelle-toi toujours écrire la réalité telle que tu la vois, et non comme les autres veulent qu’on la voie. » (P. 48)
  • « Une histoire est comme un message avec un sens différent pour chaque personne qui le reçoit. » (P. 68) 
  • « Gagner n’est pas la seule raison de faire quelque chose. Parfois on fait quelque chose pour l’expérience, ou simplement pour le plaisir ; bien souvent on fait les choses pour se prouver qu’on peut les faire, sans se soucier du point de vue ou de l’opinion des autres. » (P. 71)
  • « Ma mère m’expliqua que le meilleur moyen de briser un homme était de lui dire qu’il était inutile. » (P. 84) 
  • « Nous savons, en tant qu’êtres humains, que nous avons du souci à nous faire lorsque la guerre consiste simplement à lâcher des bombes depuis des avions et à tuer des centaines, voire des milliers de gens. L’histoire nous démontré une chose : plus nous sommes technologiquement avancés, plus nous sommes capables de tuer quantité de gens sans même voir leurs visages. Un jour, j’en suis certaine, quelqu’un inventera une bombe capable de détruire toute une ville, voire tout un pays. Et cela, sans l’ombre d’un doute,  marquera le point où la civilisation commencera son long et inévitable déclin. » (P. 90)
  • « Les gens ont peur et quand les gens ont peur, ils réfléchissent de travers. » (P. 167)
  • « J’écrirais alors quelque chose comme Steinbeck ou Fennimore Cooper, une œuvre de fiction et non une œuvre autobiographique. Ce ne fut que plus tard que je compris que les deux étaient liés : l’expérience, façonnée par l’imagination, devenait de la fiction, et la vie, vue à travers le prisme de l’imagination, devenait une chose que l’on pouvait mieux tolérer et comprendre. » (P. 196)
  • « Tu peux te tromper une fois et en tirer une leçon. Quand tu dois t’y prendre à deux fois pour retenir la leçon, c’est que tu es complètement idiot. » (P. 286)
  • « Les mots ne sont utiles que s’ils disent quelque chose qui vaut la peine d’être entendu. » (P. 309)
    « New-York me battait de ses poings. Tout ce que je voyais était lumineux, effronté et arrogant. La coupe des costumes, les lèvres écarlates des filles aux visages tirés tout droit de magazines ou de films ; les voitures tel un kilomètre de chromes étincelants, roues à rayons métalliques et calandres féroces, deflectueurs comme des yeux et des miroirs ; enfants tirés à quatre épingles comme s’ils allaient à l’église. Majestueux. Imposant. Une ville telle un poing serré. Un tonnerre d’humanité. New-York me coupa le souffle. Je ne le recouvrais que deux jours plus tard. » (P. 383)
  • « Peut-être est-il des cicatrices – sur l’esprit, le cœur – qui ne se referment jamais. Peut-être est-il des mots qui ne peuvent jamais être prononcés ni chuchotés, des mots qu’il faut écrire sur une feuille de papier que l’on plie pour faire un bateau qui voguera sur un ruisseau pour se faire avaler par les vagues. Peut-être est-il des ombres qui vous hantent à jamais, qui viennent se serrer contre vous dans ces moments d’intime obscurité, et vous seul pouvez reconnaître les visages qu’elles revêtent, car ce sont des ombres, les ombres de vos péchés, et nul exorcisme terrestre ne peut les chasser. Peut-être ne sommes-nous pas si forts que ça en fin de compte. Peut-être mentons-nous au monde, et en mentant au monde nous mentons à nous-mêmes. » (P. 431)

Une réflexion sur “« Seul le silence » – Roger Jon Ellory

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s