« La nuit la plus longue » – James Lee Burke

LA nuit la plus longueLe 23 août 2005, l’ouragan Katrina ravage les cotes de la Louisiane…un ouragan de plus, mais un ouragan terrifiant dont la force crée une vague énorme qui submerge les bas quartiers…les habitants tentent de se réfugier dans les derniers étages, en vain malheureusement pour beaucoup. La vague sera trop importante et noiera tout sous son passage, malgré l’intervention désespérée des hélicoptères de secours. Le pays est ravagé, arbres déracinés ou portant dans leurs branches de sinistres guirlandes de cadavres d’hommes et d’animaux, quand ceux-ci ne dérivent pas sur les eaux stagnantes. 
Quelques maisons mieux placées sont restées debout, leurs habitants ont pu y rester, c’est le cas de la famille d’Otis Baylor, agent local d’une compagnie d’assurance. Une famille éprouvée par le passé par le viol par quatre jeunes noirs de leur fille Thelma, qui en reste traumatisée.

La police et les services de secours sont débordés, et laissent ainsi le champ libre aux pillards qui vont en barque, de maison en maison, éventrer meubles et coffres forts afin de rapporter, argent liquide, bijoux et objets de valeur. Des jeunes noirs pillent la maison de Mr Kovick fleuriste, maison voisine de celle des Baylor et y découvrent une grosse somme d’argent, des bijoux et de la drogue. Un fleuriste respecté de tous, pas très net cependant, que certains soupçonnent cependant d’avoir fait disparaître le responsable de la mort de sa petite fille lors d’un accident de voiture. Deux de ces jeunes noirs sont abattus, un est tué sur le coup, l’autre est paraplégique à vie, la balle ayant broyé ses vertèbres cervicales. Ils étaient connus des services de police.
Dave Robicheaux, personnage récurrent chez Burke, est l’un ces flics envoyés en renfort depuis les comtés voisins. Il est chargé d’enquêter sur ces crimes qui sont peut-être des crimes racistes, dans État de Louisiane toujours prompt à endosser ses vieux démons. Il est assisté de Clete.
Mais d’autres enquêteurs et flics privés sont sur le terrains. Ce sont ces détectives privés travaillant pour le compte des assureurs chargés de détecter les fraudeurs ou pour d’autres mandataires. Parmi eux Ronald Bledsoe, personnage énigmatique inspirant un profond malaise !
Mais Thelma a cru reconnaître dans la barque l’un de ses agresseurs…. Est-ce une vengeance perpétrée par son père? Un père qui possède une arme qui aurait pu être utilisée.
Début d’une enquête de 500 pages, qui vous permettra de passer quelques longues nuits d’insomnie, sans jamais vous ennuyer, d’autant plus que vous plongerez (oui !) dans l’histoire de cette catastrophe  sans pathos, sans misérabilisme. Burke ne s’y étendra pas trop cependant…j’aurais pourtant aimé en savoir un peu plus sur le contexte catastrophe, sur son traitement par les autorités américaines. Le coté policier l’emportera.
Vous aurez toutefois un aperçu souvent dérangeant de ce racisme à l’encontre des « Nègres » toujours présent dans ces états autrefois ségrégationnistes, de cette misère et de cette pauvreté d’une partie de la population.
Et vous serez surpris par le final de ce livre fort, dérangeant parce que l’Homme et ses travers, racisme, attiré par le fric, violent… est toujours présent.

Alors même si vous n’êtes pas un amateur du genre policier, n’hésitez pas.

Je ne pense pas que vous ferez « Beurk ! » 



Quelques extraits
  • « Je commençais à dire quelque chose, pour essayer de la réconforter, mais il y a des moments où les mots n’ont aucune valeur. » (P. 72)
  • « …les quatre cinquièmes de ses voisins avaient évacué le quartier, abandonnant leurs maisons à quiconque aurait envie d’y pénétrer.  » (P. 74)
  • « On a fini par arriver à nettoyer les logements sociaux de La Nouvelle-Orléans. On n’y arrivait pas par nous-même, mais Dieu l’a fait pour nous. » (P. 117)
  • « Un raz de marée d’eau salée, de boue, de poissons morts, de vase huileuse, dé débris organiques avait littéralement effacé le pourtour sud de la Louisiane. Plus à l’intérieur, il avait détruit ce qu’il n’avait pas effacé. A travers les marais presque toutes les maisons étaient désormais inhabitables, tous les poteaux téléphoniques brisés au niveau du sol, toutes les routes impraticables. Les champs de riz et de canne a sucre étaient incrustés de dépôts salins, le matériel agricole enfoui dans la boue, la habitations près du golfe réduites à des morceaux de plomberie tordus qui dépassaient d’un sable évoquant le papier émeri. [….] Les arbres étaient dénudés jusqu’à l’écorce, et ressemblaient à des doigts noueux. Les maisons de brique étaient transformés en grenaille. Des crevettiers de quinze mètres étaient entassés sur les vannes d’une écluse, comme des animaux dans un zoo, qui se pressent aux barreaux de leur cage. Dans les cimetières, des tombes avaient été détruites, les cercueils emportés dans des jardins privés et même une fois, à travers la vitrine d’un magasin. » (P. 158)
  • « …La Nouvelle-Orléans […]. Elle a disparu, comme notre jeunesse. La ville qu’on connaissait sera une ville qu’on regarde dans les livres de photos anciennes. » (P. 166)
  • « Parce que, en toute franchise, faire respecter la loi ne consiste même pas à la faire « respecter ». On s’occupe des problèmes une fois que les choses se sont passées. On attrape les criminels par chance ou par hasard, soit lorsque les crimes sont perpétrés, soit grâce à des indics. Pour des raisons légales et par manque de preuves, la plupart des crimes commis par des récidivistes ne sont même pas susceptibles d’être poursuivis. La plupart des détenus qui sont au trou ont passé leur vie à imaginer des moyens de se faire remarquer par le système. Finalement la prison est le seul endroit où ils se sentent à l’abri de leur propre échec. Malheureusement les dernières personnes auxquelles on pense sont les victimes. Elles deviennent un post-scriptum à l’enquête et au procès, des adverbes plutôt que des noms. Demandez à la victime d’un viol, ou à des gens qui se sont fait tabasser à coups de crosse de revolver ou de tuyau de métal, ou ont été attachées à des chaises et torturées, ce qu’elles ont pensé du système, quand ils ont appris que leurs agresseurs avaient été relâchés sous caution sans que leurs victimes en aient été prévenues. » (P. 183-4)
  • « Vous découvrez rapidement que la prison n’est pas un lieu, mais un état. Vous déféquez sous les yeux des autres. Vos collègues détenus urinent sur le siège que vous utilisez. La nourriture que vous mangez est préparée et servie par des gens qui ne laveraient pas les mains sous la menace d’une arme. Vous prenez des douches en compagnie d’hommes dont les yeux s’attardent sur vos parties génitales, et d’autres prêts à vous suriner de bas en haut et la nuit vous ne faites pas de rêves. » (P. 240)
  • « Un jour George Patton a dit à ses hommes que ce n’est pas en donnant sa vie pour son pays qu’on gagne des guerres. On gagne les guerres en forçant le connard d’en face à donner sa vie pour le sien. » (P. 255)
  • « L’histoire nous enseigne que les chefs de la mafia sont arrivés au pouvoir en trichant, en trahissant leurs amis, en assassinant leurs supérieurs. Leur talent réside dans leur capacité a manipuler les autres, en particulier les «bons soldats» dotés d’un courage physique dont leurs chefs sont dépourvus. » (P. 425)

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