« MK, Récit d’un déporté arménien : Dix années d’errance parmi les Kurdes et les Syriaques » – Manuel Kirkyacharian- Baskın Oran

MK,A 9 ans en 1915, Manuel Kirkyacharian, le gamin arménien est déporté avec ses parents, comme beaucoup d’autres…C’est pour lui, le début d’une dizaine d’années d’errance en direction de la Syrie, de Mossoul puis d’Alep. Par la suite il émigrera vers l’Australie et obtiendra la nationalité anglaise.  
Peu après le début du récit, le gamin perdra sa mère qui se suicide sous ses yeux en se jetant dans le fleuve  et son père qui fut tué après avoir été fouetté. Je ne vous raconterai pas le reste
Le gamin errera de ferme en ferme, il sera vendu, pris comme esclave, aura faim, etc…et fera tous les sales boulots pendant une dizaine d’année, labours, moissons, soins aux animaux…il sera durement puni, aura faim et côtoiera même la mort à plusieurs reprises. 
Afin de mourir, il témoignera en enregistrant sur des bandes magnétiques les conditions de son exode.  

Un autre réfugié rappelle quelques causes de ce confit en début d’ouvrage, un ouvrage qui comporte dans ses dernières pages de nombreuses annexes, photographies, cartes, documents, servant de justificatifs aux dires du gamin et de présentation de l’adulte que devint Manuel.
Baskin Oran auteur poursuivi en justice en Turquie à plusieurs reprises a retranscrit les bandes magnétiques dans cet ouvrage. Il dédie ce livre à Hrant Dink, journaliste arménien, également poursuivi à plusieurs reprises par la justice turque et mort sous les balles d’un extrémiste en 2007
Qu’en penser ?
Quand Babelio, à l’occasion de l’opération Masse critique a proposé cet ouvrage aux lecteurs, je me suis immédiatement positionné pour le recevoir, le lire et le commenter. Le Génocide arménien, est l’un des nombreux conflits qui ont ensanglanté cette région au cours de l’histoire…Et les journaux d’actualité, nous parlent tous les jours de la Turquie, de la Syrie, d’Alep, de Mossoul…des droits de l’homme dans cette région, des dictateurs qui gouvernent ces différents pays, des luttes religieuses ou autres qui perdurent dans le temps..
Je souhaitais lire ce livre afin de mieux connaître pour comprendre..Et mon désir est loin de se transformer en totale satisfaction parce que j’en espérais plus. 
On ne peut nier les nombreuses épreuves et les coups que Manuel endura, les visions d’horreur qui le traumatisèrent, les travaux d’esclave qu’il accomplit, puisqu’« ...il a fait des cauchemars toutes les nuits, jusqu’à sa mort à l’âge de 91 ans » et que, chaque nuit « il contrôle toutes les portes et fenêtres, vérifie que ses proches sont toujours là, puis se recouche ». Surtout quand on garde présent à l’esprit sa forte volonté de vivre, de surmonter les épreuves et ses 9 ans au début de son long périple.
Les propos dérangeants de Manuel sont complétés par de nombreuses notes en bas de page donnant quelques informations historiques, mais surtout des traductions de mots, quelques précisions ou corrections des propos de Manuel.
J’aurais aimé lire une première partie documentée rappelant le contexte historique, le rôle de la France et de l’Allemagne, la place de ce génocide dans le conflit des Balkans, dans la Première Guerre Mondiale, la place ancestrale des arméniens au sein de la Turquie…bref j’aurais aimé avoir un plan large d’introduction pour mieux comprendre le « Pourquoi ? ».Mais je n’ai eu qu’un zoom sur le « Comment? » en partie présenté par Manuel, qui ne nous parle que rapidement de la famine qui fut provoquée afin d’éliminer un très grand nombre d’arméniens. Un zoom, qui je le reconnais est mentionné dans le titre…
Cette première partie présente Manuel, sa vie, le reste de son histoire personnelle et mentionne : « Voici en six mots ce qui pourrait être dit de ses mémoires : «Beaucoup de souffrance, pas de rancune.» Beaucoup en auraient conservé une haine farouche
Cette lecture m’a poussé à naviguer sur le Net, afin d’en apprendre un peu plus, mais pour des questions de fonds comme celle-ci, je préfère de loin le papier d’un livre, qui m’accompagnera, que je pourrai consulter à l’occasion.  C’est aussi ce que attend de la lecture, un livre en amène un autre…
Difficile de se séparer de plus de 60 ans de papier. 
…Mieux connaître et comprendre le « Pourquoi »…! Je suis demandeur !

Je remercie  Babelio et l’éditeur Turquoise pour m’avoir permis ce voyage dans le temps.


Qui est ORAN Baskin


Extraits
  • « Chaque soir son sommeil est interrompu par des cauchemars  Il se lève alors vers deux heures, contrôle toutes les portes et fenêtres, vérifie que ses proches sont toujours là, puis se recouche. C’est à cette heure là qu’il a trouvé son père mort, étendu sur le sol, près de lui, lors de la déportation. Il avait 9 ans. » (P. 19)
  • « Quand les ouvriers avaient à leur tête un commandant autrichien, certains survivaient. Et ailleurs, s’il y avait des femmes et des hommes encore en vie, c’était grâce au commandant autrichien. Les Allemands étaient des gens très durs, féroces et cruels. Ils ordonnaient et les Turcs exécutaient » (P. 32)
  • « Hé, enfant de mécréant. T’as vu? Tous les Arméniens de Turquie et tous les mécréants de Turquie ont été liquidés. Le village qui flambe est un village de gavur (Chrétiens) et ils sont tous en train de brûler ». Ils disaient, pour me faire peur, qu’il ne restait plus de chrétiens en Turquie et moi, j’y croyais. » (P. 59)
  • « La prière du haymer, je la récitais en turc. Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrai qu’à cette époque, l’arménien était interdit dans les écoles maternelles arméniennes. On écrivait avec les lettres arméniennes, mais la lecture se faisait en turc. » (P. 68)
  • « Les soldats nous ont dit de ne pas avoir peur. Que seuls les Arméniens de Turquie étaient tués, mais pas nous. » (P. 83)
  • « Au cours des massacres, ils n’utilisaient pas de balles. Les Arabes frappaient les déportés d’un grand coup de massue sur le tête et les tuaient après leur avoir enlevé leurs vêtements. Les Kurdes faisaient la même chose mais avec une cane. Ils achevaient leurs victimes à coups de poignard et d’épée. Bien sûr, les responsables se trouvaient à la tête du gouvernement turc de l’époque. C’est-à-dire chez Talat Pacha, ministre de l’Intérieur et Enver Pacha, commandant en chef des armées. Ces personnes savaient ce qui se passait. » (P. 128)
 

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