« Suis l’homme en blanc » – Thomas OSWALD – Jean-François CELLIER

Suis l'homme en blancQuand on propose à des lecteurs de recevoir un livre en échange d’une critique, rares sont ceux qui refusent cette opportunité…
Je ne suis pas un lecteur assidu de BD, loin s’en faut, mais pourquoi pas, en lire une de temps en temps, surtout quand elle vous permet une vraie découverte, et ce fut le cas de « Suis l’homme en blanc »..
Preu Po Pou est un vieil homme, chef d’un village Karen, en Birmanie. Il reçoit 2 visiteurs auxquels il raconte comment, encore enfant, il est devenu, un peu contre son gré chef de son village …

Passionnant début qui permettra à beaucoup sans doute de découvrir cette tribu de Birmanie, oppressée par la junte birmane et la vie de cet homme auquel son père, avant de mourir, a dit « Suis l’homme en blanc » …Mais qui est l’homme en blanc?
Dessins simples, pour illustrer un scénario qui, certes nous en apprend un peu plus sur cette ethnie, son culte et sa crainte des esprits notamment, mais qui surtout nous laisse un peu sur notre faim, et poussera le lecteur à chercher à en savoir un peu plus, sur cette ethnie, sur la répression birmane, sur l’histoire de la Birmanie.. 
Tout n’est pas développé, loin de là, mais souvent suggéré : un avion japonais vrombissant pour rappeler l’occupation de la Birmanie….
Il faut aller au delà des images et des textes des 30 premières pages et ne pas hésiter à chercher dans des encyclopédies ou sur Internet afin de compléter les suggestions de la BD…
Des grandes absentes dans les images et les textes, toutefois : les femmes ! Elles ne sont que mentionnées : parce qu’elles souffrent au moment de l’accouchement, leurs fils, à l’adolescence, se feront tatouer les jambes…Rien de plus. Et pourtant une partie de ces femmes Karen sont ces femmes girafe, portant de lourds colliers au cou afin de l’allonger. Jamais vous ne les verrez, ni elles, ni les autres vêtues de belles robes brodées.
Mais toute cette BD et toutes ces premières pages ne sont là que pour amener les 10 dernières pages présentant la rencontre de Preu Po Pou adolescent rencontrant le père Quintard, prêtre missionnaire, fondateur de dispensaire, et surtout qui fut l’un des prêtres qui convertirent cette ethnie à la religion catholique. 
Ces dernières pages sont certes culturellement interessantes, mais en grande partie des pages de catéchisme, des pages de prosélytisme presque, par lesquelles les deux auteurs et l’éditeur donnent l’impression de vouloir convaincre le lecteur de suivre lui aussi l’homme en blanc.. J’avoue que j’ai été dérangé par le caractère insistant de plusieurs de ces images ou de ces textes, confortés pas une partie de la présentation des pages  d’annexes. 
Félicitations toutefois pour la qualité graphique des dessins des personnages ou des paysages, y compris des incrustations…
Une BD à lire bien sûr, lentement et attentivement afin de profiter des détails de chaque image, de chaque bulle. Certains seront peut-être dérangés par certains textes, par ces petits prêches, mais il faudra mettre à profit les textes et les images en se documentant sur cette ethnie, sa culture, son passé, ses coutumes, et considérer cette BD comme une porte qui peut en ouvrir d’autres…
A chacun d’ouvrir la porte qui lui convient. Pas forcément celle de l’éditeur, celle de l’Esprit sain. En tout cas en ce qui me concerne. 

Merci à Babelio pour m’avoir offert cette opportunité de lecture dans le cadre de l’opération Masse critique

Editions du rocher – 2017 – Scénario : Thomas Oswald – Dessins et couleurs : Jean-François Cellier – 46 pages



Quelques bulles
  • ‌ »-Quelles nouvelles, grand-père ? Est-ce que tu crois que la guerre avec la junte birmane est finie ?
    – Peut-être. Les Karens ont bien assez souffert ….mais personne ne peut croire la junte. » (P. 5-6)
  • « Ils te disent que pour vivre, tu dois sacrifier aux esprits, mais où est l’homme qui n’est jamais mort? …il y a l’homme en blanc. Si tu le vois, n’aie pas peut de faire ce qu’il te dira. Suis l’homme blanc. » (P. 12)
  • « – ..Mais nous aurons toujours le jeune ancien
    – Qu’il devienne le chef ! 
    – Nous aurons le plus jeune chef de la vallée. » (P. 24)
  • « Il ne viendra pas, regarde les cochons, ils sont calmes. Quand le père Quintard est sur le point d’arriver, ils couinent, car ils savent que nous tuerons l’un d’eux. » (P. 35) 

Une réflexion sur “« Suis l’homme en blanc » – Thomas OSWALD – Jean-François CELLIER

  1. Merci pour cet article, bien écrit et sincère. Une précision tout de même : les femmes Karens qui sont « des femmes girafes » n’existent que dans une minorité de villages, en Birmanie. Lors de mon reportage auprès des Karens, je n’en ai rencontré aucune.

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