« Et je suis restée debout vivante » – Evelyne Abondio

Et je suis restée debout vivanteL’action de ce livre mettant en scène des femmes de conditions diverses, se déroule dans un pays imaginaire d’Afrique : le Diamonda, un pays dans lequel le lecteur pourrait reconnaître beaucoup de pays d’Afrique noire, « jeune nation pleine aux as des revenus du cacao, du pétrole et des diamants », devant faire face à un coup d’état…Tout ceci parce que « la police, en proie à une transe inexplicable que certains avaient qualifiée de mystique, avait tiré à balles réelles sur les paysans venus protester contre le prix dérisoire auquel ils étaient contraints de céder leurs récoltes. »

Alors chacun tente de fuir la capitale, par ses propres moyens, ou en tentant de regagner les gares routières, voire de prendre d’assaut un camion surchargé… Une certaine nature humaine s’expose au grand jour, vols, violence y compris conjugale,…longue fuite de ces quelques femmes, enfants sur les bras parfois, des femmes qui du fait ces émeutes se rencontreront, se parleront, s’aideront du mieux possible pour tenter de s’en sortir en gagnant une ville plus calme que la capitale… et ceci sans aide masculine..Les femmes sont les héroïnes fortes, et les hommes montrés du doigt, n’ont pas le beau rôle. Les femmes qui nous sont présentées ne représentent qu’une part des femmes africaines : elles sont épouses d’hommes riches, avocates, étudiantes…
Quant aux hommes, ils sont enjôleurs, violeurs, trompent leur femme, ou sont plus attachés à leurs belles bagnoles qu’à leur épouse ou à leurs enfants, et également lâches y compris devant leur amie enceinte. D’autres personnages secondaires détournent des fonds ou demandent des faveurs sexuelles…  
J’avais été attiré, lorsqu’on me l’a présenté, par les mots clefs de ce livre : Afrique, femme, guerre, vivre, etc.  et j’avoue que j’ai été à moitié emballé par ce livre. Je n’ai rien à mentionner quant à la qualité de l’écriture. J’ai été par contre désemparé devant la construction du livre, une construction qui ressemble un peu à un puzzle, chacune de ces femmes s’exprime tour à tour, chapitre après chapitre. Au hasard des chapitres, elles se rencontrent, et font un bout de route ensemble pendant quelques pages.
Un puzzle qui fait aussi appel à des retours en arrière, qu’il faut replacer dans le contexte de l’histoire de ces femmes.
Au fil des pages, on n’est malgré tout,  pas perdu dans cette construction littéraire.
Le voyage de ces trois principales héroïnes, la présentation des caractères de ces femmes qui résistent, de leurs passés, la peinture de leurs émotions, la description des exactions de cette guerre, et de certaines coutumes et singularités africaines, méritaient, me semble-t-il, un peu plus de cent quarante et quelques pages. Ce fut pour moi trop rapide, presque trop superficiel. Un coup de poing. 
J’ai été aussi gêné par ce manichéisme, d’un côté les femmes à l’honneur et de l’autre une certaine caricature d’hommes qui presque tous sont dans le caniveau…à des hauteurs différentes.  
N’y voyez pas une remarque d’homme, mais celle d’un lecteur. Ni le monde, ni l’histoire contemporaine, ou la grande Histoire ne sont aussi tranchés ni aussi simples. Femmes d’un coté, hommes de l’autre. Tous les hommes ne sont pas des anges, je le concède. Mais le lecteur, conscient que la condition des femmes africaines mérite d’être âprement défendue, dans certaines voire dans toutes les sociétés, doit-il rester sur cette image d’une Afrique si noire que ça ?
Imaginons deux secondes le tollé médiatique, qu’entraînerait aujourd’hui la parution d’un livre dans lequel tous les rôles aussi tranchés seraient inversés. 
Merci à Evelyne Abondio et aux Éditions Zinedi de m’avoir transmis ce livre 

Editions Zinedi – 2017 – 143 pages


Qui est Evelyne Abondio


Quelques lignes
  • « La guerre a donné un coup d’arrêt au progrès – au lieu d’avancer, nous reculons ! -, on nous dit que c’est temporaire. Des élections présidentielles sont même prévues prochainement ! En attendant, tout le monde est fébrile. Normalement, nous devrions être heureux de pouvoir prendre en charge notre destin pour une fois qu’on nous demande notre avis ! Mais il règne une drôle d’atmosphère ici. La confiance a définitivement foutu le camp de ce pays. Et ce qui nous lie à présent, c’est la peur. Les gens ont beau vociférer leur désarroi dans les seules institutions qui leur consacrent du temps, les églises, temples et mosquées, on dirait que même le noble et le sacré restent sourds, aveugles et muets. Jour après jour, l’horizon s’étire, famélique, déprimé. » (P. 69)
  • « Une femme doit savoir rester dans le coup. Un homme n’a qu’à se pencher, il ramasse ce qu’il veut, mais une femme; ça doit savoir se battre, ma fille, et pour cette lutte de survie tu n’as que deux alliés, ton cerveau et tes fesses et tu seras plus efficace si personne ne se doute de l’existence du premier. » (P. 89)
  • « Tu sais, ma petite fille, une vie sans souffrance, ça n’existe pas ! Chercher à l’éviter, c’est juste lui donner rendez-vous pour plus tard. » (P. 97)
  • « Mais….soupir de soulagement, sourire de messie…je vais vous sauver ! on peut s’arranger…Vous avez de beaux atouts, des plus certains….à vous de voir. » (P. 107)
  • « Je pressentais l’existence d’une frontière intangible entre les hommes et les femmes beaucoup plus tranchante que je ne l’avais jamais imaginé. Les femmes donnaient la vie et organisaient la société de manière à la protéger, du moins me semblait-il. Quant aux hommes…Quelle était leur posture ? Je ne savais pas. Était-il possible qu’ils se contentent d’organiser, au sein de cette même société, le partage du pouvoir et la distribution de ses attributs et symboles ? » (P. 134)
  • « Plus que jamais, je savais que je devais lutter, d’une manière ou d’une autre, contre toute cette souffrance. Je ne pouvais pas rester seule avec ça dans le cœur. J’espérais. Non. Je savais, je sentais que les Vivantes, que je venais de rencontrer, pensaient comme moi. Elles seules sauraient que j’avais raison de de croire que pour diriger les êtres humains, on devait les aimer, on devait chérir la vie. » (P. 149) 
 

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