« Les grands » – Sylvain Prudhomme

Les grandsCouto est triste. Il vient d’apprendre la mort de son amie de jeunesse, de Dulce, celle qui n’a pas quitté son cœur. Ils étaient tous deux les âmes du mythique groupe de musique Super Mama Djombo…Couto en était le guitariste, Dulce en était la chanteuse. Le groupe a réellement existé, il a fait chanter et danser la Guinée- Bissau. Un groupe que l’auteur a connu et écouté quand il vivait dans ce pays….
Couto est le fil conducteur, le personnage central de ce roman qui mêle à la fois musique et concerts, vie et concerts d’un groupe de musique, guerre d’indépendance contre les portugais, corruption et détournements de fonds pratiqués par les politiques, coups d’état, drogue et narcotrafiquants influents, départs des jeunes vers l’Europe….roman et histoire vraie du pays, mélange des cultures et langues européennes et africaines.

Couto a du se résigner à voir Dulce quitter la musique, impuissant face à la force, il l’a vue quitter le groupe afin de rejoindre Osvaldo Chico Gomes, chef d’état-major des armées, qu’elle épousa. Cet homme est dangereux et violent. Il ne recule devant rien. Couto servit sous ses ordres pendant la guerre d’indépendance contre le Portugal et ne tenta rien pour retenir Dulce quand elle l’épousa.
Personne non plus ne put retenir les membres successifs du groupe qui le quittèrent pour regagner l’Europe. D’autres arrivèrent, le groupe se renouvela. Le tentation européenne est forte auprès des jeunes africains.
Aujourd’hui Gomes se prépare à gouverner le pays. C’est le deuxième tour des élections présidentielles. Le peuple a longtemps entendu une autre musique : celle des armes. Une musique qu’il pourrait encore entendre.  Une armée omniprésente et incontournable.
Sylvain Prudhomme vécut en Guinée-Bissau. Indéniablement il aima ce pays auquel il rend hommage, il aima sa musique, sa population, sa culture dont il parle avec émotion. Couto en est le porteur. 
Editions L’arbalète Gallimard – 2014 – 250 pages

Un aperçu de la musique de Super Mama Djombo


Quelques extraits du roman
  • « Il avait repensé à Keba et à son enthousiasme. Aux Viva Gomes euphoriques du soir du premier tour. À Gomes lui-même qui avait dû se trouver un moment à la croisée des chemins, face à ce dilemme, rester fidèle au jeune Gomes d’autrefois, au capitaine prêt à risquer sa vie pour son pays, au général qui monté en grade s’était d’abord battu pour conserver une relative intégrité, ne pas renier tous ses idéaux, en tout cas ne pas avoir l’air de les renier aux yeux du peuple. Ou céder aux pressions des narcotrafiquants, à l’appât de leur argent, à l’effroi de leurs représailles. Céder et n’être plus que cela : un fossoyeur parmi d’autres. Un nom de plus dans la longue liste des larbins qui auraient laissé les narcos saigner le pays. Un larbin surnageant peut-être un peu pour avoir éphémèrement rallumé un semblant d’espérance, s’être donné pendant quelques jours des airs de juste, mais qui comme les autres aurait fini par se coucher, comme les autres aurait lâché les camions de militaires contre son peuple à l’exact instant où on le lui aurait ordonné. » (P. 98)
  • « ….cette même absence de vergogne qui devait lui faire regarder comme normal à présent de s’être taillé comme tous les autres ministres de confortables avoirs sur les deniers publics, normal de posséder à Lisbonne un duplex acheté avec l’argent du Trésor, normal que l’État mette la main à la poche chaque fois qu’il jugeait bon de soutenir le projet d’un parent ou d’un cousin, il avait lâché cette proposition qu’il avait sans doute voulu généreuse, avait raconté Malam, donnez-moi votre accord et je vous fais tout de suite virer dix millions, quinze mille euros est-ce que ça vous dirait avait-il lâché d’un ton fier de son idée, non ne dites rien, réfléchissez d’abord, demandez-vous si le pays d’une certaine façon ne vous les doit pas, si ce ne serait pas la moindre des choses après tout ce que vous avez fait pour nous, allons dites-moi simplement oui donnez-moi votre accord un numéro de compte et je vous fais virer l’argent demain, quinze mille euros qu’est-ce que c’est, à peine un coup de pouce pour l’album, comment est-il possible que personne n’ait pensé à faire ce geste, je n’en reviens pas. » (P. 162)

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