« Sapiens : Une brève histoire de l’humanité » – Yuval Noah Harari

SApiensVous, moi …nous sommes tous des descendants de l’Homo Sapiens…Homo Sapiens qui cohabitait avec d’autres espèces d’hominidés, Homo neanderthalensis, Homo soloensis, Homo floresiensis, Homo erectus…..Nous avions tous il y a six millions d’années une grand-mère commune, chimpanzée  sans doute, vivant en Afrique… Et Sapiens conquit la planète et effaça de celle-ci toutes ces autres espèces d’hominidés il y a 15 000 ans environ….puis élimina, partout où il s’installait les espèces animales…. rayés de la terre les marsupiaux de plusieurs tonnes, les mammouths….les variations climatiques n’expliquent pas certaines disparitions d’animaux. Sapiens avait faim et procréait, allait à la conquête de nouveaux territoires, alors il tuait, tuait. 
Mais comment en est-on arrivé là?
En 500 pages souvent pleines d’humour qui se lisent comme un roman, Yuval Noah Harari, nous raconte cette histoire de la terre et de l’humanité, comment l’homme descendu il y a si longtemps du singe est devenu maître du monde, il a mis le pied sur la lune, et joue dorénavant au sorcier en cherchant à acquérir l’immortalité. 

Élucubrations d’un auteur en mal de succès ? Pas du tout, l’auteur s’appuie sur de nombreux travaux de scientifiques, sur de nombreuses publications…il suffit de considérer les notes ou références en bas de pages. Quel travail ! 
Notre ancêtre commun quitta l’Afrique pour conquérir le monde…si, si, nous venons de là, certains esprits esprits chagrins en seront tout tourneboulés. L’évolution depuis la brousse jusqu’à l’espace se fit à l’occasion de trois grandes révolutions.
  • La révolution cognitive tout d’abord a marqué il y a 70 000  ans le début de l’intelligence humaine. Homo Sapiens a commencé à communiquer, à coopérer, à se sociabiliser, inventa un langage.
  • Puis, il y a 11.000 ans, l’homme abandonnera la chasse et la cueillette, cultivera progressivement la terre. Il se fixe, abandonne le nomadisme et les cueillettes et modèle la nature selon ses souhaits. Ce fut la révolution agricole.
  • Avec les premières grandes découvertes techniques, il y a 5 à 600 ans, Monsieur Sapiens a constaté que d’autres Sapiens vivaient sur d’autres continents, il leur a fait la guerre afin de conquérir leurs terres, a pris des esclaves, sapiens eux aussi, a commencé à modifier la planète. Sapiens a toujours tué ses semblables…Depuis, il est devenu, du fait de cette science, et de ses armes, dangereux à la fois pour cette terre et pour lui-même. Cette révolution scientifique nous a ouvert des horizons de découverte et de risques…des horizons toujours repoussés par ces apprentis sorciers.
Cet ouvrage très documenté, est avant tout un ouvrage d’information et de réflexion sur notre monde, sur notre passé comme le dit le titre mais surtout sur l’avenir de l’humanité et de notre terre…le rappel du rôle de Sapiens dans la destruction d’espèces, à jamais disparues, devrait nous alerter…nous connaissons les enjeux, mais nous fonçons, toujours plus vite…malgré de fortes inquiétudes et des alarmes réitérées parce qu’on nous annonce la disparition probable des abeilles, celle des baleines et de nos cousins singes…si on ne change rien.
Un ouvrage de réflexion politique et philosophique aussi sur l’organisation humaine ou plutôt sur les organisations humaines. Qui mène le monde aujourd’hui ? Les capitalistes ou les États ? Réflexion aussi sur l’appétit de consommation, consommer, consommer toujours plus pour faire tourner le monde, pour être heureux surtout au risque de détruire notre monde. Quel monde ? Un monde qui ne fait même plus cas du malheur animal et pas du tout cas parfois du malheur d’autres hommes. 
Réflexion aussi sur cette recherche du bonheur et interrogations quant à l’avenir bon ou mauvais, sur lequel certains sapiens mobilisent leurs énergies : manipulations génétiques , cyborgs, prothèses actionnées par la pensée. N’oublions pas non plus que Sapiens 2018 engage tous les jours des travaux de manipulations génétiques sur des animaux afin de les transformer en usines à lait ou à viande ! Certains savants se prennent même pour Dieu avec l’objectif de concevoir des êtres entièrement inorganiques et pourquoi pas des hommes éternels. Pas tous bien sûr, mais quelques uns triés sur le volet !
On ne peut s’empêcher de faire un parallèle entre le passé qu’on connaît et l’avenir qu’on nous prédit. En s’appuyant sur notre histoire et celle du monde, Yuval Noah Harari, nous donne un excellente occasion de réfléchir à l’avenir vers lequel nous courrons…Est-ce vraiment celui que nous voulons pour nos enfants  ?
Il y a tant à dire sur ce livre ! Il ne peut laisser indifférent. Certaines des thèses soutenues peuvent être sources de débats…c’est là tout son intérêt.
Le dictionnaire nous rappelle que Sapiens veut dire « Intelligent, raisonnable, sensé… sage ». Notre monde est-il encore dirigé par ces sapiens là?
Harari a remporté le « prix Polonsky pour la Créativité et l’Originalité » à deux reprises, la deuxième fois étant pour cette « Brève » histoire de 500 pages. Un ouvrage érudit, instructif, passionnant et alarmant.
Une réflexion utile afin de choisir le futur vers lequel nous voulons aller….Mais peut-on encore choisir ?
Editions Albin Michel – Traduction  Pierre-Emmanuel Dauzat – 2015 – Première parution : 2011 – 501 pages


Quelques extraits
  • « Imaginez comment les choses auraient pu tourner si les Neandertal et les Dénisoviens avaient survécu à côté des Homo sapiens. Quel genre de cultures, de sociétés et de structures politiques serait apparu dans un monde où auraient coexisté plusieurs espèces d’hommes ? Par exemple, comment les confessions religieuses se seraient-elles développées ? Lirait-on dans le livre de la Genèse que les Neandertal descendent d’Adam et Ève ? Jésus serait-il mort pour les péchés des Dénisoviens ? Et le Coran eût-il réservé des places au Ciel pour tous les justes, quelle que fût leur espèce ? Les Neandertal auraient-ils pu servir dans les légions romaines ou la bureaucratie tentaculaire de la Chine impériale ? La Déclaration d’indépendance américaine affirmerait-elle comme une évidence que tous les membres du genre Homo sont créés égaux ? Karl Marx eût-il appelé à l’union les prolétaires de toutes les espèces ? » (P. 29)
  • « Raconter des histoires efficaces n’est pas facile. La difficulté n’est pas de raconter l’histoire, mais de convaincre tous les autres d’y croire. Une bonne partie de l’histoire tourne autour de cette question : comment convaincre des millions de gens de croire des histoires particulières sur les dieux, les nations ou les sociétés anonymes à responsabilité limitée ? Quand ça marche, pourtant, cela donne au Sapiens un pouvoir immense, parce que cela permet à des millions d’inconnus de coopérer et de travailler ensemble à des objectifs communs. Essayez donc d’imaginer combien il eût été difficile de créer des États, des Églises ou des systèmes juridiques, si nous ne pouvions parler que de ce qui existe réellement, comme les rivières, les arbres et les lions. » (P. 44)
  • « Si plus de gens avaient conscience des deux premières vagues d’extinction, peut-être seraient-ils moins nonchalants face à la troisième, dont ils sont partie prenante. Si nous savions combien d’espèces nous avons déjà éradiquées, peut-être serions-nous davantage motivés pour protéger celles qui survivent encore. Cela vaut plus particulièrement pour les gros animaux des océans. À la différence de leurs homologues terrestres, les gros animaux marins ont relativement peu souffert des révolutions cognitive et agricole. Mais nombre d’entre eux sont au seuil de l’extinction du fait de la Révolution industrielle et de la surexploitation humaine des ressources océaniques. Si les choses continuent au rythme actuel, il est probable que les baleines, les requins, le thon et le dauphin suivent prématurément dans l’oubli les diprotodons, les paresseux terrestres et les mammouths. Parmi les plus grandes créatures du monde, les seuls survivants du déluge humain sont les hommes eux-mêmes et les animaux de ferme réduits à l’état de galériens dans l’Arche de Noé. » (P. 97)
  • « Ceux qui vivent dans la pauvreté rêvent de richesses. Qui a un million en veut deux. Qui en a deux en voudrait dix. Même les gens riches et célèbres ne sont jamais satisfaits. Tracas et inquiétudes ne cessent de les hanter eux aussi, jusqu’à ce que la maladie, le grand âge ou la mort mette fin à l’aventure. Tout ce que l’on a accumulé s’évapore comme simple fumée. La vie est une course folle qui ne rime à rien. Mais comment s’y soustraire ? » (P. 264)
  • « C’est pourquoi, de nos jours, la réputation de solvabilité d’un pays importe bien plus pour sa prospérité économique que ses ressources naturelles. Cette réputation de solvabilité indique la probabilité qu’un pays rembourse ses dettes. Outre des données purement économiques, elle tient compte de facteurs politiques, sociaux et même culturels. Un pays riche en pétrole mais affligé d’un gouvernement despotique, d’un état de guerre endémique et d’un système judiciaire corrompu aura une mauvaise notation de crédit. De ce fait, probablement restera-t-il relativement pauvre puisqu’il ne sera pas capable de lever les capitaux nécessaires pour tirer parti de sa richesse pétrolière. Un pays dépourvu de ressources naturelles, mais qui jouit de la paix, d’un système judiciaire équitable et d’un gouvernement libre a toutes chances d’être bien noté. À ce titre, il n’aura sans doute pas de mal à trouver suffisamment de capitaux bon marché pour financer un bon système éducatif et encourager une industrie high-tech florissante. » (P. 383)

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