« 10 jours en terre ceinte » – Bernard Bloch

10 jours en terre ceinteJ’aimerais sincèrement que cette chronique permette de faire connaître ce livre, dont le titre « jeu de mots » m’avait intrigué et dont la lecture m’a procuré de nombreuses d’émotions. 
De la rage d’abord si, pour éviter ces morts quotidiennes, rien n’est entrepris pour sortir durablement du conflit israélo-palestinien, et aussi de l’espoir. 
Il le mérite.
Bernard Bloch ne s’en cache pas, il est juif, a fait sa Bar Mitzvah en 1962 en Israël , mais n’est pas pratiquant. Dès les premières pages il nous prévient : « Mes réserves envers la politique d’Israël sont légion et certaines radicales. Mais ce qui reste inacceptable pour moi, c’est la remise en cause de son existence ». 
En se joignant à un groupe de chrétiens, à l’occasion d’un voyage organisé par « Témoignage chrétien », il parcours Israël pendant 7 jours en juin 2013. 
Puis seul, il se rendra auprès des membres de sa famille installés en Israël.

Il nous livre, sous la forme d’un journal de bord, avec émotion et humanité, son vécu sur le conflit israélo-palestinien, sur la situation des deux populations. 
Celles-ci, juive d’une part, palestinienne d’autre part sont condamnées par l’histoire à vivre ensemble sur ce territoire qu’elles chérissent. Les palestiniens habitent cette terre depuis 2000 ans et la communauté internationale a donné l’espoir aux juifs survivants des camps nazis en leur permettant de s’y implanter et d’y créer un Etat indépendant. C’était la patrie des Juifs il y a 2000 ans….Il nous en rappelle les conditions de création.
La déclaration Balfour (Foreign Secretary britannique) de 1917 avait ouvert la voie en précisant toutefois : « Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer national pour les Juifs et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, soit aux droits et aux statuts politiques dont les Juifs disposent dans tout autre pays. »
Johnny, prêtre palestinien vivant en Palestine et curé de Naplouse fut leur guide et les accompagna notamment à Naplouse, Jérusalem, Bethléem, au Mur des Lamentations
Bernard Bloch, bien que juif, je le rappelle, s’indigne des conditions de conquête de territoires et de création de colonies pratiquées par l’Etat d’Israël, s’accompagnant de destructions de biens palestiniens, immeubles ou oliveraies (80 000 arbres abattus en 3 ans !), et aussi et surtout des conditions de séparation des deux populations aimant toutes deux ce territoire. A ce jour, 750 km ont été construits pour un coût compris selon les configurations entre 40 000 et 120 000 € du km! Ne parlons pas des conditions de rémunérations bien différentes entre ces populations. Pour se rendre d’un endroit à l’autre, les palestiniens doivent emprunter des passages contrôlés, ouverts ou fermés sans préavis, par Israël. Ces murs séparant des familles, ont été édifiés en détruisant des immeubles, sans tenir compte, ni indemniser bien sûr les préjudices subis par les habitants palestiniens…Un garde israélien dira : « C’est nous qui décidons quand ils veulent entrer ou sortir, pour qu’ils ne sachent jamais quelles sont les règles du jeu ». Une façon comme une autre d’interdire tout rapprochement.
Cette situation de conflit n’est cependant pas appréciée de tous les Juifs israéliens : des ONG israéliennes rencontrées par l’auteur s’opposent à la politique pratiquée par le pouvoir israélien. Certaines militent même pour la notion « d’Isratine »….un pays nouveau dans lequel les 2 populations auraient les mêmes droits, les mêmes devoirs. L’action de ces ONG reste malheureusement méconnue des médias qui se gardent bien de nous en parler et méprisée par le Gouvernement israélien 
« Et dire que ce sont les petits-enfants du ghetto qui ont fait ça. »….ce n’est pas moi qui le dit mais l’une des membres du groupe de visite. Tout est dit !
Tant d’autres points sont évoqué par l’auteur : trois religions incapables de se rencontrer, croissances inégales des populations juive et palestinienne, économie…
Certains livres restent malheureusement confidentiels, parce que les médias n’en parlent jamais, parce que leur auteur ne fait pas partie du gotha littéraire ou politique, parce que le sujet polémique peut déranger. Ce serait bien dommage que cet éclairage humaniste reste méconnu.
Camus écrivait dans Carnets(II) : 
« Et si nous choisissons de servir cette communauté, nous choisissons le dialogue jusqu’à l’absurde contre toute politique du mensonge ou du silence. C’est comme cela qu’on est libre avec les autres ». 
Ah, si ceux qui ont la possibilité de favoriser ce dialogue s’empressaient de le faire, et ne jetaient pas d’huile sur le feu !
Editions Magellan – 2017 – 187 pages

Quelques mots sur Bernard Bloch

Quelques lignes
  • « Quel intérêt peut bien avoir Israël à cette asphyxie économique? Sa sécurité? Est-ce en étranglant une population que l’on jugule sa violence? » (P. 30)
  • « Les trois religions monothéistes semblent certes aujourd’hui être bien plus le problème que la solution. » (P. 36)
  • « C’est ainsi que vingt siècles d’histoire sont niés et que l’on réoccupe des territoires au nom de ceux qui y vivaient il y a deux mille ans et au détriment de ceux qui y vivent depuis lors. Si la légitimité de l’existence d’Israël est aujourd’hui une donnée incontournable, celle des Palestiniens à vivre libres sur cette terre l’est au moins autant. La lecture littérale des textes sacrés fait décidément des ravages. » (P. 52)
  • « Mais n’oublions pas, ce qui est trop souvent le cas, qu’aux côtés d’Israël, l’ONU avait décidé la création un État de Palestine sur 46% de la Palestine historique et les États arabes environnants ont tout fait pour l’empêcher. » (P. 73)
  • « Le fait est qu’il y a dans ce pays deux peuples qui ont chacun le sentiment profond que cette terre, cette terre toute entière, est la leur. » (P. 74)
  • ”Je ne peux (ou ne veux) ni être pro-palestinien, ni pro-israélien. Ce sont des étiquettes qui paralysent toute possibilité de dialogue. Je ne suis pas pro, je suis anti-pro, un amateur, en quelque sorte. » (P. 109)
  • « La surdité des Israéliens à la souffrance des Palestiniens ne constitue-t-elle pas une aubaine pour les ennemis viscéraux des Juifs, trop heureux d’avoir enfin une raison de déployer leur haine ». » (P. 162)
  • « Juif divisé parmi des non-Juifs scandalisés par le sort des Palestiniens, je crains les dérapages antisémites.Juif critique au milieu de Juifs inconditionnels dont la passion pour Israël ne supporte pas la moindre réserve, je crains les portes que l’on vous claque au nez. Pas facile d’être minoritaire. » (P. 184)

Une réflexion sur “« 10 jours en terre ceinte » – Bernard Bloch

  1. une approche inédite de ce qu’on ne cesse de nous vendre comme un conflit, parfois sinon comme un intérêt « écono-politique ». Honoré d’avoir pu en lire ta chronique qui apparemment t’a bien enrichi dans ta culture perso.

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