Le temps où nous chantions – Richard Powers

le temps où nous chantions50 ans de la vie des Etats Unis, de la deuxième guerre mondiale, en passant par les émeutes des noirs, le jazz, le Vietnam, etc, vus au travers de la vie d’une famille mixte, un couple qui n’a pas le droit pas se toucher en public !
Une famille dans laquelle le père juif allemand émigré en 1939 pour fuir le nazisme est un physicien qui travaille sur le temps . Il contribue à la conception de la bombe qui détruisit Hiroshima et Nagasaki.

La mère est une femme issue d’une famille noire instruite. Ensemble ils auront 3 enfants très différents, par leur couleur, du plus pâle au plus foncé. Tous sont unis par leur amour de la musique qui est l’un des deux fils conducteurs de ce roman. Toujours présente, la musique façonne la vie de chacun des parents et des enfants. Elle les réunit et les soude et permet à chacun des rencontres. Elle rythme les diverses ambiances de ce livre.L’aîné devient interprète de musique classique, mondialement connu, le second est pianiste et goûte à toutes les musiques, de l’accompagnement de son frère en jouant du classique jusqu’à l’animation des bars et la découverte du jazz. La fille, 3ème de la fratrie devient militante des mouvements extrémiste noirs.

Tous sont confrontés plus ou moins à cette ségrégation qui ensanglante les villes américaines au racisme des blancs envers les noirs, mais aussi des noirs à l’égard des blancs. Ni blancs ni noirs où se situent-ils? La blancheur est perdue. C’est la catégorie d’exception. Le Noir, c’est tout ce qui n’est pas blanc…..Les Blancs devraient comprendre qu’avec le temps, c’est une idée qui les conduit à leur perte. Ils s’éliminent d’eux-même, même si c’est au rythme d’une fraction de un pour cent chaque année;

Cette ségrégation raciale, deuxième fil conducteur, est présente à chaque page de cet ouvrage majeur, majeur par ses 750 pages (en format livre) et majeur par la précision du texte, les descriptions de la vie, des ambiances, des dialogues, majeur par les rappels historiques qu’il permis de retrouver. Il conditionne la vie de chacun, ses relations etc.

Un titre exigeant, précis et fouillé que j’ai aimé.

Du fait de mon absence de culture musicale, hormis l’écoute passive d’œuvres de tout genre, beaucoup des termes employés par l’auteur pour décrire le travail musical de chacun des personnages m’a échappé. Une langue et des termes inconnus que j’ai lus comme la maman noire épouse de son physicien de mari, dont l’auteur parlant d’elle au sujet des lectures du travail de son époux écrit « Elle a essayé de le lire mais a glissé sur les pages comme sur les parois d’une montagne de verre » !

Par contre toutes les autres lignes m’ont permis de retrouver les actualités de mon adolescence. Que de chemin parcouru contre la ségrégation depuis ces années 60, époque où Hollywood pouvait monter une comédie musicale parlant de Noirs et de blancs mais sans aucun acteur noir.

Un grand plaisir finalement.

Un titre couronné lors de sa parution par le New York Times et le Washington Post

Éditeur : Cherche midi – Format: EPUB

Présentation de Richard Powers


Quelques lignes

  • Elle était très noire. D’un noir tellement noir qu’il n’a rien à voir avec ses mulets de fils. D’un noir imposé, d’un noir comme un refuge. Noire par la mémoire et noire par l’invention. Chaque jour sur la défensive, à esquiver avec le sourire. Le fruit de vingt générations de violence intégrée, à ployer sous les coups, même quand on croyait ne pas ployer. Pas une journée ne se passait sans qu’elle ait à ravaler sa salive, sans qu’elle soit obligée de se remémorer ce joyau intérieur qui la protégeait. Et pourtant, elle était claire de peau, de chevelure, de traits, d’aspect extérieur… comme sa fille métis qui se déteste de n’être pas plus simple.
    « Noire, Ruth. Elle était noire.
  • Elle aimerait marcher dans la rue avec son mari sans avoir à jouer la domestique. Elle aimerait pouvoir lui prendre le bras en public. Elle aimerait qu’ils puissent aller au cinéma ensemble, ou aller dîner quelque part, sans se faire expulser comme des malotrus. Elle aimerait pouvoir asseoir son bébé sur ses épaules, l’emmener faire les courses sans que pour autant tout le magasin en soit pétrifié. Elle aimerait pouvoir rentrer à la maison sans être couverte de venin. Cela n’arrivera pas de son vivant. Mais il faudra bien que cela se produise du vivant de son fils. La rage l’agrippe chaque fois qu’elle quitte la maison. Il n’y a que l’instinct maternel pour contenir cette rage.

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