« Pékin pirate » – Xu Zechen

DunHang vient d’être libéré après trois mois de prison...

Le jeune homme avait été condamné comme faussaire…il vendait des faux papiers, des faux certificats. Il est l’un de ces chinois venus de sa campagne natale s’entasser à Pékin. 

Mais où habiter et que faire en sortant de prison quand on ne sait rien faire d’autre ? 

Une jeune femme rencontrée par hasard l’héberge, et lui ouvre des perspectives intéressantes pour gagner sa vie : vendre des DVD pirates, des DVD ressemblant à s’y méprendre aux vrais, des DVD de toutes sortes…aussi bien des grands films que d’autres bien moins glorieux. Et la demande est forte en DVD pornos…Tout le monde en demande…Il va de quartier en quartier, il rôde autour des résidences universitaires. Les étudiants lui achètent ces films classiques de grands metteurs en scène européens ou américains et discrètement lui demandent : « tu aurais du porno? »…

Son petit commerce prospère…grâce à ces entreprises, dotées de matériels performants, réalisant ces faux. 

Tout se vend, tout se fabrique sous le manteau. 

Suivre ce vendeur pirate, nous permet de découvrir Pékin…pas le Pékin officiel, mais celui qui est caché par les autorités, celui que les flics pourchassent. C’est le Pékin des chambres minables de quelques mètres carrés prenant l’air et l’humidité, ces chambres construites de bric et de broc qui font le bonheur de propriétaires cupides et dont se contentent trop d’étudiants pauvres, ces chambres de fonds de cours, ces sous-sols dans lesquels les lits sont toujours occupés par des locataires qui s’y succèdent.  

Un système D généralisé, depuis les faussaires et les voleurs en passant par les propriétaires et les flics véreux. La Combine qui devient la religion de chacun!

D’autres personnages sont dépeints par l’auteur, tous aussi malheureux et paumés que DunHuang, tous aussi avides de gagner de l’argent facile , et de le dépenser en alcools …frelatés eux-aussi. Tous aussi peu soucieux de leur prochain.

Prostituées, faux flics, vendeurs de faux en tous genres écument les trottoirs, se font connaître en affichant leurs numéros de portables partout…la belle couverture nous en donne l’image…tous vivent dans ce Pékin luttant contre la poussière du loess, poussière venue du désert, ce Pékin des embouteillages.

Heureusement que Dun Huang est également animé par des valeurs humaine et d’attention aux autres…ce qui le rend sympathique et attachant.

Je ne suis pas certain que cette image d’envers du décor, donnée par Xu Zechen quand il nous décrit ce Pékin moderne, ce Pékin du faux, et ces aspects de la mentalité chinoise soient très appréciés des autorités gouvernementales. 

En tout cas, l’image inquiétante et peu reluisante qu’il nous en donne, est plaisante à lire…L’envers de la médaille fait partie intégrante de la médaille…du Yuan

« Les gagne-petit ont bien du mal à faire bombance dans ce foutoir pékinois, mais y crever de faim est tout aussi difficile… « 

Belle découverte de cet auteur

Éditeur : Philippe Rey – Traduction : Hélène Arthus – 2016 – 203 pages


Présentation de Xu Zechen


Quelques lignes

  • « Chez les faussaires, tout repose sur la parlote, tu dois inspirer confiance. C’est pareil chez les devins qui disent la bonne aventure : le faux est plus profitable que le vrai. » (P. 44)
  • « Voilà bien Pékin, on peut y galérer toute une vie sans trouver la sortie. » (P. 67)
  • « Quelle idée de construire un boulevard destiné aux embouteillages…. » (P. 79)
  • « Tu crois que c’est facile de courir comme un malade du matin au soir ? De penser au fric même en dormant, de rêver de s’enrichir. Oui, je souhaite faire ma vie ici, dans ce satané bled ! » (P. 88)
  • « Le fabricant avait expliqué qu’il fallait toujours laisser une petite bavure sur ce genre de faux papiers officiels, afin d’être couvert en cas de problème. De même, les faux billets de banque cachent toujours un défaut minime, mais évident. C’est une question de loyauté, de rectitude, de déontologie professionnelle, avait commenté l’artisan faussaire. » (P. 130)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s