"Quoi de neuf sur la guerre ?" – Robert Bober

Roman  sans aucun doute mais, ce texte s’appuie très vraisemblablement sur des faits vécus par l’auteur….

…et certainement sur des rencontres, des choses entendues par le gamin de 15-16 ans qu’il était en 1944-45 alors que les déportés rentraient des camps libérés, ou après, alors que de nouvelles vies se construisaient, que de nouveaux amours naissaient   

Dans un atelier de confection parisien, des ouvriers et le patron conversent alors qu’ils cousent ou repassent des costumes….tous sont d’excellents ouvriers capables de monter les plus beaux costumes. Certains sont seuls, leur famille n’est pas revenue, la nostalgie de cet avant est toujours là. Mais on ne vit pas en ressassant ce passé. Non, on tente de le surmonter, et de reconstruire une autre vie….on regarde une femme ou un homme dorénavant seuls, pour bâtir un nouvel avenir…Qui sait? 

D’autres, dont Raphaël – est-ce l’auteur ?, on peut le supposer – sont encore dans des colonies de vacances…ils ont échappés aux rafles de la police, ils racontent leur liberté, les copains, leurs jeux à des parents qui ne liront jamais ces lettres, qui ne reviendront pas. Mais ils ne peuvent l’imaginer !Et puis il y a ces souvenirs, ces rafles menées par ces flics français. Certains étaient violents, d’autres moins. Certains n’ont pu rattraper des gamins profitant d’un dos tourné pour prendre le large…Ces flics toujours en activité une fois la paix revenue, sont confrontés alors à leur passé, à leur indignité lue dans le regard d’un survivant qu’ils avaient arrêté sans ménagement. 

La tristesse, la joie se mêlent selon les rencontres ou selon les personnages…quelques larmes parfois sans jamais être larmoyant, et quelques sourires qui reviennent. Les non-dits, les silences prennent tant d’importance!   

Le monde tourne, certaines vieilles rues juives sont rasées, de nouveaux immeubles se construisent, la vie continue, des couples se forment…on n’oublie rien, mais on avance vers d’autres jours meilleurs. La tristesse reste intérieure : « Les larmes, c’est le seul stock qui ne s’épuise jamais. »

Un beau texte, tout en pudeur, d’un auteur que je ne connaissais pas. Une rencontre faite dans une boite à livres, un livre couronné par le « prix du livre Inter ».

Éditeur : Gallimard – Folio – 2013 – Parution initiale en 1993 – 249 pages


Présentation de Robert Bober


Quelques lignes

  • « Il aurait fallu que j’explique que c’était un peu comme un défi, que c’était pour moi la même chose quand un peu plus tard je suis entré dans la Résistance avec l’UJJ. » (P. 82)
  • « On peut dire qu’un atelier c’est aussi un peu comme un théâtre, avec cette différence qu’à l’atelier on est tous sur la scène, qu’on a chacun toujours le même rôle dans la même pièce et qu’on n’a pas besoin de répétition pour la jouer. » (P. 87)
  • « Le courage, monsieur le commissaire, c’est ça : ne pas regarder son enfant s’enfuir pour lui donner une chance de survivre. » (P. 110)
  • « David avait trois ans quand il a vu ses parents pour la dernière fois. Il est difficile de savoir s’il a encore une idée précise de leur visage. C’est une idée formidable que ses parents ont eue en donnant cette montre à David. [….] Ce qui est important, ce n’est pas que cette montre donne l’heure exacte, mais qu’elle ne s’arrête jamais. […] Lorsque je cherche à savoir ce que peut être l’image du bonheur, malgré la tristesse qui s’en dégage, c’est dans le sourire de David, l’oreille collée à sa montre, que je le trouve, même si je sais que ce bonheur est fragile et menacé. » (P. 123-5)

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