"Les choses humaines" – Karine Tuil

Le livre démarre lentement, on se demande où l’auteur veut nous transporter…

… dans un monde d’argent, de pouvoir, de communication, dans celui de ces hommes et femmes qui nagent en eaux plus ou moins troubles dans le monde des médias, qui flirtent avec le pouvoir. Bref un monde qui m’est étranger et que je n’affectionne pas particulièrement. Loin de là ! 

Il faut toutefois reconnaître que Karine Tuil, sait captiver son lecteur quand elle décrit ses personnages, leurs personnalités et psychologies complexes, et le monde dans lequel ils évoluent. Elle prend le temps de le faire, de tracer leurs relations, le passé et les ambitions de chacun.

Certains d’eux sont presque des personnages de notre actualité sur lesquels on pourrait coller une image ou un nom.

Claire, jeune femme brillante, a fait connaissance avec Jean Farel, célèbre journaliste de télévision, qui occupe l’antenne du dimanche soir depuis des lustres. Elle a 27 ans de moins que lui, et, malgré les aventures et coucheries qu’on lui porte, malgré ses deux divorces précédents, elle l’épouse. 

On les retrouve une vingtaines d’années plus tard, ils ont eu un fils, Alexandre, jeune homme brillant, étudiant dans une université américaine. Aujourd’hui, le couple est séparé. Jean continue ses coucheries…les femmes s’offrent à lui, et Claire vit une autre vie…un autre amour.

A l’occasion de vacances, Alexandre retrouve sa mère, son ami, et la Mila fille de celui-ci. 

Tous deux partent dans une soirée étudiante…

Qui dit étudiant, dit bizutage….ce genre de jeu débile qui n’amuse que ceux qui l’organisent… 

Jean et Mila couchent ensemble…peut-on dire font l’amour? 

Début d’une autre histoire, le roman prend alors une toute autre intensité. Cette scène d’amour entre étudiants à l’occasion de ces soirées d’alcool et de drogue à volonté devient le tournant du livre. 

Scène d’amour acceptée ou agression sexuelle et viol-bizutage?

Alexandre et Mila ont une vision toute différente de ces quelques instants presque sordides…une vision qui se terminera à la barre d’un tribunal.

L’auteure nous confronte aux questions du bien et du mal, de la pression sociale que vivent les jeunes qui connaissent le succès ou de ceux plus modestes qui se cherchent encore, de jeunes issus de milieux différents qui n’ont pas reçu les mêmes éducations, qui n’ont pas les mêmes valeurs. 

Elle aborde les difficiles questions du bien et du mal,en démontant la mécanique du viol. Elle nous montre qu’une vie toute tracée peut basculer en quelques instants, être saccagée et brisée…que des choix de vie peuvent être anéantis à jamais, par des broutilles pour l’un qui n’en sont pas pour les autres.

Elle nous fait vivre un procès passionnant et documenté

#Metoo, est passé par là, la liberté sexuelle aussi..le sujet est d’actualité…le livre ne peut laisser indifférent..Il pose de vraies questions.

Éditions Gallimard – 2019 – 341 pages


Présentation de Karine Tuil


Quelques lignes

  • « Johnny Farel est la preuve qu’on peut être un grand professionnel, adoré du public, et une merde humaine, et tu sais qui a prononcé ces mots, ce n’est pas l’un de mes rivaux et Dieu sait qu’ils sont nombreux, ce n’est même pas ma première femme et pourtant elle aurait pu le dire, elle en aurait été capable après tous les procès qu’elle a engagés contre moi, mais non, elle n’est pas citée, cette phrase a été prononcée par une personne dont j’avais moi-même communiqué le nom et les coordonnées au journaliste. J’ai donné l’arme qui allait servir à m’assassiner ! » (P. 83)
  • « Tu sais ce qui arrive à ceux qui pensent qu’on peut survivre en respectant des lois morales ? Tôt ou tard, ils finissent piétinés. » (P. 106)
  • « Ta passion pour ton métier n’est qu’un des nombreux masques de l’ambition. Chez d’autres, moins habiles, moins stratèges, le désir de conquête est plus visible ; chez toi, au premier abord, on ne décèle pas l’ambitieux compétiteur ; seulement le travailleur acharné, mais il y a dans cette forme de dévouement, cet acharnement à bien faire, une même volonté d’atteindre la première place, et d’y rester, quel que soit le prix à payer pour ça.  » (P. 110)
  • « ….les femmes racontaient enfin ce qu’elles avaient vécu, quelque chose d’important se jouait là dans cette réappropriation publique de leur valeur, cette écoute attentive de leur parole – et, dans le même temps, d’analyser avec le plus d’objectivité possible ce qui était raconté au procès alors que, sous le prisme de l’émotion et de l’affectivité, tout lui paraissait vicié, excessif, à charge – son fils risquait jusqu’à quinze ans de prison et elle devait l’accabler ? » (P. 250)
  • « La dilection avait succédé à la passion. C’était ça, le véritable amour : être présent à l’heure du déclin quand on avait tout connu et tout aimé d’un être. » (P. 335)

Une réflexion sur “"Les choses humaines" – Karine Tuil

  1. Pingback: L’homme, un animal civilisé (Les choses humaines, Karine Tuil) – Pamolico, critiques romans et cinéma

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