« Pour quelques milliards et une roupie » – Vikas Swarup

« DANS LA VIE, on n’obtient jamais ce qu’on mérite ; on obtient ce qu’on a négocié »

….début coup de poing…droit au but !

Depuis sa cellule elle tente de négocier avec ses « accusateurs et persécuteurs pour essayer désespérément d’échapper à la peine de mort »…Tous les médias ont parlé en boucle de son affaire, de son crime…Alors ils l’ont présentée, en sortant de je ne sais où, des vieilles photos scolaires. 

Le lecteur vient de  mordre à l’hameçon : « Quel est son crime, que fait-elle en cellule ? »…d’autres pourront être tenté de recracher cet hameçon! Mais le pêcheur Vikas Swarup est habile. 

Tout remonte à ce 10 décembre, jour où elle fut abordée, alors qu’elle patientait dans la fille d’attente pour entrer dans le temple…L’homme lui avait dit « Puis-je vous dire deux mots ?….J’ai une proposition à vous faire, qui va changer radicalement le cours de votre vie. »

L’homme se présentait comme étant le PDG d’un importante compagnie indienne…

Premières pages qui nous font pressentir le Merveilleux, ce Merveilleux qui fait les contes… et également la découverte des préceptes qui peuvent changer le cours de NOTRE vie….le cours de philo en filigrane par l’intermédiaire de la jeune fille pauvre mais pas bête et travailleuse et du vieil homme, vieux sage riche. Et pour relier les deux, des aventures cadre du roman…

Le scénario est posé en quelques pages. Alors on pressent que pendant les 400 pages restantes nous lirons un conte, le Merveilleux né de la Vie…

Deux solutions s’offraient à moi.

La première m’a, un temps, titillé : « j’ai largement passé l’âge de ces contes », et j’ai été tenté de tout laisser tomber et de passer à autre chose, et finalement j’ai retenu la deuxième option, essentiellement motivé par le cadre de l’histoire plus que par l’histoire..on me proposait 400 pages pour voyager en Inde, depuis mon fauteuil, ça ne se refuse pas

Et au final, cadre de l’histoire et aventure de la jeune fille m’ont permis de passer un bon moment de lecture..

Alors je ne vais pas tout vous raconter.

Je vais seulement vous faire suggérer de vivre aux côtés de Sapna Sinha, la narratrice de 23 ans, non pas dans un nouveau conte des mille et une nuits, mais dans le conte des sept épreuves que la jeune fille devra affronter, sans se rendre compte qu’elle affronte des épreuves observées par le richissime homme d’affaires.

Il ne va pas lui dire « Épreuve N°1…go ! », non bien plus subtil, il la laisse vivre sa vie de vendeuse de matériel Hifi, se contenter de l’observer, sans se montrer dans les épreuves de la vie courante, des épreuves nées de rencontres fortuites, de hasards de la vie.

Chacune de ces épreuves impose des choix, choix réfléchis et pesés ou choix innés inconscients nés d’impulsions naturelles ou d’instinctifs liés à notre personnalité, des décisions, des actes…

Et filialement je me suis laissé porter par ces 400 pages de vie dans l’Inde moderne, par ces bidonvilles et villas luxueuses, par ces rencontres de personnes très riches côtoyant les plus pauvres des pauvres, par ces escrocs, par les vices et les  vertus, par ces personnages vivant dans la crasse ou le marbre.

Le petit côté moralisateur, à l’issue de chacune des sept épreuves, prend un côté parfois « donneur de leçon », un peu tiré par les cheveux, parfois…C’est le coté conte moralisateur, qui m’a parfois un peu lassé. Mais c’est l’objet du livre, le propos de l’auteur.

Par contre le voyage dans l’Inde, dans la vie de tous les jours, dans ce grand écart entre très riches et très pauvres, dans ce bling-bling et cette crasse, m’a plu..et au final je dirai « il n’y a pas d’âge pour se laisser emporter pas un conte », ce conte lu malgré ses plus de 400 pages. 

Une fois n’est pas coutume !

Je pense que je retenterai une aventure aux côté de Vikas Swarup ou d’autres auteurs indiens.

C’est un pays qui me fascine 


Lien vers la présentation de Vikas Swarup


Quelques lignes

  • « Or, dans cette partie du monde, la couleur de la peau décide de votre destin. » (P. 25)
  • « Et lorsqu’on vit avec la conscience de la mort, on tient à ce que son existence ait un sens. » (P. 77)
  • « La véritable épreuve de l’intégrité consiste à se montrer honnête même à l’insu des autres. » (P. 151)
  • « …la corruption est le cancer qui ronge notre pays de l’intérieur. » (P. 165)
  • « ….le courage n’est pas le contraire de la peur : c’est la capacité d’agir malgré la peur et face à l’adversité. » (P. 186)
  • « Tous autant qu’ils sont, ils ont déjà eu affaire à la corruption dans leur vie quotidienne, depuis le père contraint de faire un « don » à une école privée pour pouvoir y inscrire son fils jusqu’à l’ouvrier du bâtiment obligé de soudoyer un employé de bureau pour obtenir une carte de rationnement. C’est une coalition spontanée de spoliés et de mécontents. » (P. 257)
  • « Tout cela est le marché noir du rein, à l’origine du « tourisme de transplantation ». Le Dr Nath recrute de pauvres miséreux auxquels on extrait un rein ici même pour le greffer à de riches Indiens ou à des étrangers prêts à débourser une fortune pour un transplant. » (P. 295)
  • « La vraie valeur d’un travail se mesure au temps qu’il vous faut pour le quitter. J’ai investi si peu dans le mien que cela me prend vingt minutes à peine pour débarrasser le plancher. » (P. 319)  

2 réflexions sur “« Pour quelques milliards et une roupie » – Vikas Swarup

    • Merci beaucoup…Il faudra que je ressuscite, ou que je vive éternellement, car plus je lis, plus j’ai des livres à lire..un titre lu crée le besoin d’en lire plusieurs autres, alors ma liste grandit…Confinement oblige, je lis, je télécharge des ebooks gratuits, en me disant je vais le lire, puis un livre me tend la main…Une vraie drogue ! l’Aveuglement que je viens de commenter est un livre pénible par sa mise en forme propre à Saramago, mais plus on y réfléchit, plus on trouve des points qui te touchent. je viens de voir qu’il avait été classé parmi les 100 meilleurs livres du monde! Bonne journée à vous deux…je vais penser à toi et au jardin

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