« La Peste » – Albert Camus

Vie quotidienne des habitants d’Oran, ville touchée par un mal un temps mystérieux

…la peste

Un livre indispensable à lire quand on a le temps de se poser, un livre à lire en période de confinement, ou quand on s’interroge sur notre monde.Un livre qu’on conserve présent à l’esprit, mais qui donne toujours un plaisir renouvelé.

1940, des rats morts sont trouvés dans les escaliers, sur les trottoirs de la ville d’Oran où vit le docteur Bernard Rieux.

De plus en plus de rats morts.

Quel est ce mal qui les tue?

..la peste, mal moyenâgeux qui réapparaît.

Il faut donc couper le ville du reste du monde, confiner ses habitants, isoler les malades en quarantaine. La peur gagne les esprits, on ne sait pas soigner ce mal..pas de sérum…déclaration obligatoire…isolement…fermeture des portes de la ville…le mal qui frappe aussi les enfants, ce qui le rend encore plus horrible et éprouvant. 

Air connu que nous entendons quotidiennement aujourd’hui. 

Puis la violence gagnera les esprits.

On en appelle à Dieu, certains offrent leur aide….d’autres tentent de trouver la faille pour quitter la ville..Quand le roman heurte notre réalité quotidienne !

Mais cette lecture laisse de côté d’autres lectures bien plus dérangeantes, bien plus profondes, car ces lectures font référence à des maux à des situations qui mettent et en danger notre société..La première fois que je lus ce romans, ce fut dans les années 70 alors qu’il faisait partie d’une liste de livres à lire, au programme d’un concours..et aujourd’hui, en ce qui me concerne, c’est la troisième fois que je le lis.

…avec un plaisir et un dérangement intérieur renouvelés.

On peut voir dans « La Peste », en filigrane d’autres maux qui mettent à mal notre société, notamment une parabole mettant en scène la montée du nazisme et ses fours crématoires, mais aussi les extrémismes et intégrismes qui nous privent, en partie de notre liberté..

Liberté de mouvement et confinement, liberté de pensée, mais aussi aliénations diverses..

Camus évoque tant de sujets qui le touchent, qui le bousculent, la peine de mort, la misère, l’héroïsme, la religion, l’honnêteté, le refus de la mort, la liberté de pensée, mais aussi les gens isolés dans les stades, les bruits de bottes, l’engagement personnel pour des causes justes..

Parmi toutes les phrases qui m’ont interpellé, j’en retiendrai une : « La peste a sa bienfaisance, elle ouvre les yeux, elle force à penser ….comme toutes les maladies » (P. 103) 

Aujourd’hui,  ce coronavirus est le fil conducteur d’une réflexion visant à modifier nos comportements d’achat, visant à réduire cette mondialisation motivée par le Dieu Argent, le Dieu profit, dieux qui tous deux aliènent la liberté de l’homme et même notre vie…faut-il changer de monde, entend-on ?

« Je dis seulement qu’il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et qu’il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau. »

Ebook – 1947


Lien vers la présentation d’Albert Camus


Quelques lignes

  • « La seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste. Regardez donc autour de vous. » (P. 152)
  • « Alors que le prix de toutes choses montait irrésistiblement, on n’avait jamais tant gaspillé d’argent, et quand le nécessaire manquait à la plupart, on n’avait jamais mieux dissipé le superflu. On voyait se multiplier tous les jeux d’une oisiveté qui n’était pourtant que du chômage » (P. 153)
  • « Si un prêtre consulte un médecin, il y a contradiction. » (P. 177)
  • « Et réellement, les feux de joie de la peste brûlaient avec une allégresse toujours plus grande dans le four crématoire. D’un jour à l’autre, le nombre de morts, il est vrai, n’augmentait pas. Mais il semblait que la peste se fût confortablement installée dans son paroxysme et qu’elle apportât à ses meurtres quotidiens la précision et la régularité d’un bon fonctionnaire. » (P. 182)
  • « Je dis seulement qu’il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et qu’il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau. » (P.197)
  • « …j’ai compris que tout le malheur des hommes venait de ce qu’ils ne tenaient pas un langage clair. J’ai pris le parti alors de parler et d’agir clairement, pour me mettre sur le bon chemin. Par conséquent, je dis qu’il y a les fléaux et les victimes, et rien de plus. Si, disant cela, je deviens fléau moi-même, du moins, je n’y suis pas consentant. J’essaie d’être un meurtrier innocent. Vous voyez que ce n’est pas une grande ambition. » (P. 199)
  • « Car il savait ce que cette foule en joie ignorait, et qu’on peut lire dans les livres, que le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais, qu’il peut rester pendant des dizaines d’années endormi dans les meubles et le linge, qu’il attend patiemment dans les chambres, les caves, les malles, les mouchoirs et les paperasses, et que, peut-être, le jour viendrait où, pour le malheur et l’enseignement des hommes, la peste réveillerait ses rats et les enverrait mourir dans une cité heureuse. » (dernière phrase P. 242-3)

3 réflexions sur “« La Peste » – Albert Camus

  1. J’avais vu passer cette chronique sans prendre le temps de la lire . Je n’ai pas relu La peste aujourd’hui. Ma dernière rencontre avec ce texte, c’est Francis Huster qui m’en avait donné l’occasion. Pour moi, Camus c’est une clairvoyance empathique sur le monde et sur les choses avec un profond respect en embuscade. J’ai toujours aimé sa langue, ses mots, son attention …Je crois qu’il a fondé mon engagement dans la vie et, bien sûr, ma passion des livres ..A la lecture de ce post, du coup, j’ai envie de le dire de nouveau ce texte magnifique d’une justesse si noire mais si porteuse d’espoir ! Merci bcp

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