« Le Mur invisible » – Marlen Haushofer

Personne ne refuse un week-end dans un chalet, au cœur de la forêt des pré-alpes autrichiennes

…..surtout si c’est l’occasion de rencontrer la cousine Louise et son mari Hugo.

Elle est veuve depuis deux ans, et mère de deux filles grandes adolescentes. Nous ne connaîtrons jamais son prénom.

Arrivés à destination, Hugo et Louise vont faire quelques courses au village voisin, mais ne reviennent pas…inquiétude de la narratrice qui part à pied à leur recherche…

Elle ne va pas très loin : elle bute contre un mur invisible qui lui interdit tout déplacement…un mur qui enserre son petit coin de vie où elle est confinée…un mur derrière lequel tous les êtres qu’elle aperçoit, sans pouvoir les approcher, semblent pétrifiés dans leur dernier geste.

Hasard d’une lecture, au lendemain d’un autre confinement, hasard d’une proposition d’une libraire qui conseilla ce cadeau à mon épouse…

« Ouais !, c’est irréaliste…! ce n’est pas le type de livre qui me passionne…pour faire plaisir je vais le lire ! »….Le lecteur ronchon que je suis, tenta cette expérience…tourna page après page…et dévora ce roman.   

Pour cette femme : « Le mur posait une énigme et j’ai toujours été incapable d’abandonner une énigme dont je n’ai pas trouvé la solution. » 

Il fallait, pour moi aussi, que je trouve cette solution, que je découvre le pourquoi de cette énigme, qui fait référence, année de sa première publication -1968- sans doute à des peurs viscérales de catastrophe, de guerre atomique. Peurs qui alimentaient également, sans doute, l’esprit de Hugo qui avait constitué des réserves de vivres et des espaces de confinement dans son chalet.

Rapidement, elle doit assumer sa solitude et organiser les conditions de sa survie. Heureusement son chien, Lynx, est toujours à ses cotés ainsi que la vieille chatte de la famille et Bella la vache qui attend un veau.

Alors elle explore son petit territoire et découvre un lieu où faire brouter ses animaux.

Cette femme de la ville ne connaît pas la campagne, la vie solitaire et rude de ces ruraux qui ne voient pas le temps passer, aux cotés des animaux, qu’il vente ou qu’il pleuve….et progressivement découvre qu’elle peut être une autre femme, une femme dont elle ne soupçonnait pas la force, ni les capacités.

Instinctivement, saison après saison, elle réalise des travaux pour lesquels elle n’a pas été préparée, et mène une vie dans laquelle les animaux, devenus incapables de vivre sans la présence humaine ont toute leur place….une vie de solitude, une vie qui permet, malgré tout, de s’épanouir.

Ne cherchez pas l’action, non, c’est avant tout le roman intimiste d’une vie simple, le roman d’une découverte de soi quand on s’éloigne des tracas du monde, quand on se rapproche de la nature et de notre environnement. 

Belle parabole, sur le sens de la vie, dont la fin vous surprendra.

« Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. » (P. 277)

Éditions Actes-Sud-Babel – 1992 – Traduction : Liselotte Bodo & Jacqueline Chambon – Parution initiale en 1968 – 342 pages


Lien vers la présentation de Marlen Haushofer


Quelques lignes

  • « M’obliger à écrire me semble le seul moyen de ne pas perdre la raison. Je n’ai personne ici qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. Je suis seule et je dois essayer de survivre aux longs et sombres mois d’hiver. Il est peu probable que ces lignes soient un jour découvertes. Pour l’instant je ne sais pas si je le souhaite. Je le saurai peut-être quand j’aurai fini d’écrire ce récit. » (P. 9)
  • « Je me relevai trois fois pour vérifier qu’à trois mètres de moi existait vraiment quelque chose d’invisible, de lisse et de froid, qui m’empêchait de continuer mon chemin. Je me dis qu’il devait s’agir d’une illusion des sens, mais je savais bien qu’il n’en était rien. N’importe quoi d’un peu aberrant m’aurait paru plus facile à accepter que cette terrible chose invisible. » (P. 18)
  • « Je décidai qu’il s’agissait d’une arme nouvelle qu’une des grandes puissances était parvenue à tenir secrète ; une arme idéale qui laissait la terre intacte et ne tuait que les hommes et les bêtes. Si elle avait pu épargner les bêtes cela aurait été encore mieux, mais ça n’avait sans doute pas été possible. Jamais depuis que les hommes existent ils ne se sont souciés d’épargner les bêtes au cours de leurs massacres mutuels. » (P. 48)
  • « J’essayai de me représenter ce que peut éprouver quelqu’un pour qui tuer est un plaisir. Mais en vain. Mes poils se dressaient sur mes bras et ma bouche se desséchait de dégoût. Il fallait sans doute naître ainsi. Je pouvais me forcer à le faire, aussi adroitement et rapidement que possible, mais je ne m’y habituerais jamais. Je restai longtemps éveillée dans l’obscurité crépitante et je pensai à ce petit cœur qui au-dessus de moi était en train de se transformer en bloc de glace » (P. 164)
  • « Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. » (P. 277)

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