« Apprendre à parler avec les plantes » – Marta Orriols

« Toi tu venais de mourir, et moi, je trouvais que tu étais un bel enfoiré »…

L’enfoiré, c’est Mauro son ami qui l’a quittée quelques heures avant qu’elle apprenne sa mort accidentelle, renversé par une voiture alors qu’il était à vélo. Le couple « traversait une mauvaise saison »…une de ces saisons que chaque couple peut connaître. 

Deux claques coup sur coup! Il y a de quoi être mal, de quoi envisager le pire. Mais Paula, décide de se battre et de comprendre.

Alors elle fouille le téléphone de son compagnon et découvre un message lui laissant aucun doute : son ami vivait depuis quelques temps une autre vie avec une jeune femme au string affolant !…Coup de massue!

Qui est cette jeune femme qu’elle ne connaît pas?

Ils vivaient pourtant une vie d’amour et de travail puis 15 ans. Son métier lui impose de se battre chaque jour contre la mort, de se battre pour la vie. Une bataille qui lui donne beaucoup de bonheur quand elle la gagne.

Elle est médecin en néonatalogie et chaque jour combat afin des bébés prématurés à peine plus grands que sa main puissent vivre. Elle s’attache à ces petits, guettant l’évolution de leurs réactions, les sort de la couveuse afin qu’il aient le contact de la chaleur de sa main, de cette chaleur humaine si différente de celle de la couveuse… tant de choses peuvent se transmettre dans ces contacts.

La vie ! 

Elle n’est rien sans ces gamins sans son travail sans Mauro. Ils sont tous sa raison de vivre… 

Difficile de résister à la proposition de lecture de ce livre qui vient d’être édité en France après son succès en Catalogne… on m’avait prévenu : ce n’est pas un livre de jardinage !

Non, c’est un livre sur le deuil, mais surtout sur la Vie avec un grand V, sur ces deux coups de poing en pleine face qui arrivent quand on ne s’y attend pas, en plein bonheur: la mort d’un être qu’on aime, suivant de quelques heures l’annonce de son départ pour une autre femme…un livre sur la vie qui s’organise sans Mauro, grâce ses amis,  qui lui font oublier un temps Mauro, qui lui font percevoir qu’il peut y avoir une vie sans lui, une vie qui sera la sienne maintenant, une vie de tentations, de rencontres, « les opportunités ou les bouées qu’on vous jette, auxquelles vous vous accrochez et qui vous sauvent la vie » une vie de projets quand ça va bienune vie différente!.

Un livre sur le deuil, certes! mais surtout un livre sans aucune tristesse, un livre dans lequel l’humour affleure, dans lequel la joie de vivre l’emporte, ainsi le bonheur de gagner contre la mort de ces petits êtres prématurés, le bonheur de les prendre une dernière fois entre les mains afin de les tendre à leurs parents, après qu’ils aient quitté leur couveuse, le bonheur de ces séparations, de ces victoires…et le bonheur qui m’a tiré une petite larme bien sincère, celui de prendre entre les mains un petit être pour ses dernières minutes de vie…le bonheur de lui donner un peu de chaleur humaine avant qu’il rejoigne les limbes éternelles. 

Oui Paula est une femme merveilleuse et combative, une femme qu’on aimerait prendre dans les bras afin de la consoler et de l’accompagner dans les moments où elle baisse les bras, de lui faire oublier cette mort qui rode, être l’un de ceux entre les bras desquels elle s’abandonne…pour vivre !

Un livre sur une lente reconstruction dans laquelle elle ne pourra jamais oublier Mauro, elle aurait tant aimé avoir un enfant de lui ! 

L’émotion est présente, une émotion faite de tristesse, de rage, d’amour pour Mauro, de plaisirs, de rencontres, d’amitiés, de projets, de tensions et soucis professionnels, de besoin de rencontrer l’autre….cette femme qui lui a volé Mauro! …bref, la VIE !

Quant aux plantes, soyez patients…pour ma part, elles me font un bien fou, elles m’ont aidé, grâce à mon jardin, à surmonter un de ces grands coups de poing que la vie vous balance à l’improviste…

Mais ça c’est mon jardin secret !   

Merci à Babelio et à Masse critique et aux Éditions du Seuil de m’avoir offert cet ouvrage, qui va voyager, et transmettre, je l’espère du bonheur à bien d’autres lecteurs.

Éditions Seuil – 2020 – Traduction du catalan par Eric Reyes Roher – 251 pages


Lien vers la présentation de Marta Orriols


Quelques lignes

  • « La mort oblige à la solennité, à l’inactivité, à renégocier tout ce qui donne du sens à la vie d’avant afin de s’accommoder de la vie présente. » (P. 46)
  • « «Comment tu vas ?» est une question d’une souveraine absurdité dès lors qu’on la pose à celle qui vient de perdre l’homme qui l’a plaquée. » (P. 48)
  • « Emprisonner l’horreur 
    La conjurer par des rituels.
    Se délivrer du vocabulaire mortuaire.
    Se délivrer du mort.
    Lui en vouloir d’avoir menti.
    S’en vouloir de l’avoir perdu.
    Vouloir ce qui n’est plus. » (P. 82)
  • « Les femmes et les hommes âgés qui ont perdu leur conjoint entrent dans une étape précise de la vie définie par un décret-loi, et c’est ainsi que, dans le regard des autres, on leur leur accorde le secours du deuil, et ça ne viendrait à l’idée de personne de se mêler de leur activité sexuelle tronquée, de leurs pratiques érotiques interrompues. » (P. 105)
  • « La mort est une grande bâtisseuse de moments étranges et de conservations à contre-emploi. » (P. 173)
  • « ….la solution la plus évidente et pressante n’est pas de se trouver quelqu’un, mais de se reconstruire en tant que personne. » (P. 215) 

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