« Le gardien de mon frère » – Leif Davidsen

« Quand les idées prennent le pouvoir, les fusils parlent. D’abord, ils essaient de vaincre par la prière, mais si personne ne les écoute, ils sortent la baïonnette »

Magnus Bertil Johansson revient, après avoir vu du pays; dans la petite ville danoise qui l’a vu naître .

Cela fait 5 ans qu’il a quitté le Danemark. Il a bourlingué notamment aux États-Unis et revient après avoir fui l’Argentine qu’il a quittée rapidement parce qu’il « avait dû mettre fin à la vie de quelqu’un« .

Il retrouve la maison familiale. Là les châtiments corporels lui reviennent à l’esprit. Celle-ci est un établissement thermal tenu par son père qui propose des cures combinant des courants électriques, des bains d’eau salée, des végétaux. Il rentre au pays car Marie, sa sœur, lui a transmis une lettre « appel au secours« .

Mads, leur frère est parti rejoindre les Brigades Internationales en Espagne…il a besoin d’eux.

Un frère dont les idées sont diamétralement opposées à celle du père raciste, attiré quant à lui, par les thèses nazies… un père violent qui n’hésitait pas à le battre et à l’enfermer…

Magnus part donc pour Paris . Il est accrédité comme journaliste…travaillant pour un journal franquiste. Il se rend au bureau de recrutement des Brigades Internationales où on refuse de lui dire où il est.

Alors il va partir vers l’Espagne et nous faire voyager dans les rangs franquistes et dans les rangs républicains .Des rangs républicains où communistes et trotskistes ne sont pas si amis que ça, loin de là, ou règnent magouilles et règlements de compte.

Bataille des rangs rouges contre les thèses nationalistes et franquistes, certes, mais aussi, peut-être, pour l’or…Cet or espagnol fait de trésors bien mal acquis lors de la conquête de l’Amérique latine, or qui disparu, lorgné par le grand frère moustachu du Kremlin, celui pour lequel Mads se battait.

Roman d’une guerre qui déchira un peuple, mais s’appuyant sur des faits et hypothèses historiques, controversés certes, qui par la suite furent sources de multiples débats et affirmations.

Et si ceux qui se battaient pour des idées, avaient été pris pour des couillons, et instrumentalisés par d’autres se battant pour de l’or? Instrumentalisés par cette Russie….par ce grand-frère ? «….pays étonnant qui n’a pas son pareil, où la brutalité et une grande culture vont main dans la main, un pays où l’on se sent vivre, tant qu’on vous le permet. »

Gaïa Éditions – Traduction par Monique Christiansen – 2014 – Parution initiale en 2010 – 524 pages


Lien vers la présentation de Leif Davidsen


Quelques lignes

  • « J’ai commencé à Chicago, dans les grands abattoirs, puis j’ai travaillé quelque temps dans les chemins de fer de l’Oregon et ensuite dans un ranch, au Texas. C’est là que j’ai rencontré un éleveur de bétail qui m’a embauché pour l’accompagner en Argentine, où son frère a un ranch, et je suis resté là-bas pendant trois ans. Quand j’ai terminé, j’étais chef d’équipe. Dernièrement, j’ai séjourné à New York. » (P. 45)
  • « Les hommes sont comme les animaux, le pire c’est d’être isolé du troupeau. » (P. 53)
  • « Les traîtres de la cinquième colonne doivent être liquidés sans merci. Les syndicalistes et les anarchistes sont des traîtres et des trotskistes. Staline a décrété une guerre inflexible contre le trotskisme, en Union soviétique comme partout où se bat la classe ouvrière. Staline a décrété qu’au sein de ce combat, il n’y avait pas de place pour la méthode douce. Il faut être pour ou contre. » (P. 105)
  • « Mais c’est une nouvelle forme de guerre, Magnus, qu’on n’avait encore jamais vue. Des avions contre des civils désarmés. Ils viennent de s’apercevoir à quel point c’est cruel, mais efficace. Si la grande guerre se déclare un jour, avant notre mort, tu verras que des villes brûleront comme si le diable en personne y avait mis le feu. Ce ne sont pas des soldats qui se battent, c’est une guerre contre des mères et des enfants. Ça me dégoûte » (P. 267)
  • « Les Allemands ont monté des sifflets sur la carlingue, ils hurlent comme des loups quand ils descendent en piqué sur les villes ou les soldats. Ils ont des bombes qui pèsent jusqu’à cinq cents kilos, bon sang. Je les ai entendus à distance, devant Madrid. Des avions vachement effrayants qui ne sont pas encore tellement courants, mais ça viendra. Tu sais ce que c’est que les bombardements de nuit ? On fait la guerre quand il fait jour, putain de merde, mais eux, ils arrivent de préférence par une nuit comme celle-ci, au clair de lune. » (P. 268)
  • « Les familles ne sauront jamais pourquoi leurs êtres chers ont été exécutés ni dans quelle fosse commune on les a jetés. C’est un secret d’État. De temps à autre, on décide de faire un procès fictif comme celui auquel tu vas bientôt assister. » (P. 420)

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