« Tribulations d’un Stradivarius en Amérique » – Frédéric Chaudière

« Les bûcherons, qui se sont écartés pour profiter du spectacle, obéissent à une ancienne tradition voulant que les épicéas destinés à la fabrication des violons soient tombés à la lune noire de janvier »

Ah ! qu’elles sont plaisantes et agréables ces lectures qui vous vont voyager dans des mondes méconnus, dans des mondes que jamais, nous ne fréquenterons…ce fut le cas de cette lecture.

Les cours de musique au lycée furent pour moi, l’occasion de se poser, de faire des devoirs en retard, de mettre le chahut parfois…..bref, la musique était représentée, en ce qui me concerne par les Beatles et les Rolling Stones, et par l’écoute sur mon petit transistor d’étudiant, de concerts classiques, et aujourd’hui par des CD sur mon autoradio.

Je fus par contre immédiatement séduit par ce titre, sans même avoir lu la quatrième de couverture…et séduit par cet auteur luthier à Montpellier……la région où je vis.

Je venais d’entrer dans un monde totalement méconnu….celui du voyage et des rencontres de ces grands violons qui depuis leur fabrication sont passés de mains en mains, et qui aujourd’hui n’appartiennent même plus aux artistes qui les font vibrer, mais à des  fonds d’investissement qui les mettent à leur disposition….et entre deux concerts, ils dorment dans des coffres blindés et climatisés, et font les beaux jours des compagnies d’assurances qui les couvrent!

Voyage dans le temps depuis la sélection de ces épicéas des forêts vosgiennes proches de Mirecourt ou autres dans lesquels sont conçus et fabriqués ces chefs d’œuvres, ces épicéas qui leur donnent leur belle teinte rouge, en passant par les camps nazis, les boites de jazz américaines, les grandes salles de concerts….le passé et l’actualité.

Ah! si seulement ils pouvaient parler, raconter ces mains qui leur ont donné vie, ces mains honnêtes et celles de ces voleurs, et ces mains qui les ont conçus et réalisés, celles qui les réparent et les entretiennent et celles qui font monter les émotions de ceux qui assistent aux concerts….

Certes, il y avait Stradivari mais aussi Amati, Guarneri, Montagnana, et d’autres encore qui les ont réalisés et les entretiennent. Mais qu’auraient été ces violons sans ces musiciens, ceux qui n’ont laissé aucun nom dans l’histoire, qui jouaient dans des bals au XVIII ème siècle, dans des bouges ou dans des camps gitans, ceux qui les ont emportés avec eux dans le train qui les conduisait dans les camps nazis, ceux qui jouent au sein d’orchestres de jazz, sans ces grands tels Guadagnini, Vuillaume ou Paganini, tous mis en scène par l’auteur, et ceux qui aujourd’hui encore remplissent par leur seul nom d’immenses salles de concert….avant cette pandémie.

Certains les ont traités avec respect et dévotion, d’autres au contraire, y écrasaient leurs clopes, alors qu’ils étaient trop saouls pour en tirer un accord.

L’auteur sait de quoi il parle…son imagination doit avoir des ailes, quand, dans son atelier il répare un vieux violon et imagine sa vie passée dans des grandes les salles, ou dans des réunions de famille, quand il pense à ceux qui l’ont fait vivre ou qui l’ont abimé, ou quand il imagine la vie pendant les prochaines décennies du violon qu’il va fabriquer, réparer et livrer.

Comment ne pas rêver devant ces instruments, comment ne pas être émus.

Oui ces objets inanimés ont une âme ! deux âmes même ! Une âme de corps et une âme de cœur!

J’ai découvert un monde que je connaissais très peu, un univers de passionnés, d’artistes!

Et également des instruments très rares tels l’Octobasse de près de 4 m de haut, pesant plus de 100 kg…

Bref!…j’ai fait un beau voyage !

Éditeur : Actes Sud – Babel – 2008 – Parution initiale en 2005 – 291 pages


Suivre le lien vers la présentation de Frédéric Chaudière


Quelques lignes

  • « Feignant de ne pas entendre les sarcasmes, le marchand s’éloigne pour délimiter, à la craie, les traits de coupe de la grume. pour en extraire le maximum de matière, sa partie noueuse, proche des racines, sera transformée en contrebasses. Un peu plus haut, là où les cernes se font plus étroits, elle donnera des violoncelles ; puis des altos et enfin des violons. » (P. 24)
  • « Le plaisir procuré par la taille directe est intense et Stradiviari, coupé du monde, se live entièrement à son labeur. Enivré par les effluves dégagées par le sapin, il termine à la noisette et aux ratissoires. Il ne lui est plus arrivé d’ébaucher un instrument depuis de longues années et a quelque peu oublié le bonheur simple procuré par le transformation d’un morceau de bois brut fendu à la hache en une forme souple et généreuse. » (P. 43)
  • « Son expérience et sa sensibilité sont des atouts que ses concurrents sont en mal d’imiter. » (P. 51)
  • « Utilisée dans tous les ateliers, la colle est extraite de peaux cuites et malaxées durant de nombreux jours, jusqu’à obtention d’une pâte jaunâtre et visqueuse. Écrasée dans la presse à cuirs, la mixture laisse échapper un jus abondant d’où est isolée, après précipitation une épaisse gelée. » (P. 72)
  • « Dans le brouhaha de l’auberge, les deux hommes réalisent qu’il sont atteints d’une même maladie rare et incurable : la violonite. » (P. 116)
  • « Plus ils sont rouges, plus ils sont beaux. Plus ils sont beaux, plus ils sont rares et donc chers. » (P. 276)

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