« La tragédie brune » -Thomas Cadène – Christophe Gaultier

« Il nous manque l’essentiel. Les tergiversations de la conférence sur le désarmement, les élections allemandes…nous sommes à un tournant. Il faut que tu sondes, encore, que tu auscultes l’Allemagne. » (P. 9)

C’était en 1934..

Le patron de presse envoie son collaborateur Xavier de Hauteclocque, enquêter sur cette montée de Monsieur Hitler et de ses troupes…Enquêter pour comprendre. Enquêter pour témoigner!

Alors Xavier prend le train, et se confronte, une fois arrivé, à un monde d’ordre, « Ordnung über alles ! », l’ordre avant tout et des ordres criés par des SA, ces chemises brunes .

Des ordres qui leur sont donnés pour faire la chasse aux mendiants, aux prostituées, des ordres pour nettoyer les villes de tous ces parias…de cette crasse physique et morale qu’ils représentent à leurs yeux…les premières persécutions contre les juifs étaient pointées du doigt.

Tout ça, nous le connaissons, nous l’avons lu et relu, vu et revu en films, en séries à la télé ou au cinéma.

Xavier de Hautecloque, cousin du Maréchal Leclerc partait pour un nouveau reportage. Il témoigna et en mourut empoisonné.

Il fut l’un des premiers journalistes tués pour avoir oser dénoncer.

Depuis de nombreux autres ont connu le même sort. Il eut le temps d’écrire un livre témoignage « La tragédie brune », difficile à trouver en format papier mais disponible, en cherchant un peu, en format ebook.

J’en reparlerai certainement dans quelques semaines…il fait partie de ces livres qui m’attendent.

C’est pour nous alerter sur cet homme, sur ce premier crime contre un journaliste que Thomas Cadène et Christophe Gaultier ont pris leur plume et leur crayon.

Ils ont retracé à merveille et avec réalisme cette atmosphère de chasse à tous ces mendiants et prostituées, dessiné ces trognes de SA, ces nuques rasées, ces ordres gutturaux hurlés, cette méchanceté dans les regards et face à eux, ces femmes jetées à la rue, en haillons, cette peur dans les regards des pauvres qui dénaturaient le paysage voulu par Monsieur Hitler…qui n’était pas encore le Führer

Pour cela ils ont, pour les bulles, repris quelques phrases extraites du texte de Xavier de Hauteclocque. Il avait tout prédit, tout anticipé…sans ménager ses coups ni ses remarques

Il témoignait sur les camps, déjà 68, dont Dachau, mais personne ne voulut l’entendre. Il témoignait, c’est pour ça qu’il fallait le faire taire, afin qu’on ne puisse l’entendre.

Personne ne pouvait plus dire : « On ne savait pas ! »

La première partie du livre « La tragédie brune » de Xavier de Hautecloque nous est proposée en fin d’ouvrage…..une première partie qui aiguisa mon appétit

Qui donc peut penser que la BD est un genre mineur ?

Éditeur : Les Arènes BD – 2018 – 126 pages


Lien vers la présentation de Thomas Cadène auteur du scénario

Lien vers la présentation de Christophe Gaultier qui dessina l’album


Quelques bulles ou commentaires

  • « Cette Allemagne dont le III° Reich prétend faire l’État civilisé par excellence, ce  «pays modèle» n’est qu’un obus monstrueux, huilé, profilé, usiné à miracle, où des millions d’êtres humains remplacent les molécules de métal. Un obus qui peut exploser un jour ou l’autre dans l’histoire de notre pays » (P. 100)
  • « Certains – et je suis du nombre – pensent qu’il n’y a plus de place en Europe pour deux formules devenues aussi contradictoires que l’hitlérisme allemand et le le libéralisme français. Si l’un des deux adversaires doit reculer, pourquoi nous? Groupant nos allés actuels, nous sommes les plus forts jusqu’à nouvel ordre. Parlons donc le langage des forts à ceux qui ne respectent que la force. (P. 106)
  • « Des quartiers entiers mis en état de siège, cernés à l’improviste par des barrages de Shupos ou de milices hitlériennes. Toutes les filles emmenées sur des camions à la Barnimstrasse, au Saint-Lazare berlinois, leurs souteneurs à Moabit, qui est le Fresnes de la capitale allemande » (P. 115)
  • « Quand les SA de Spandau […] dûment gorgés de bière, parlaient de régler leur compte aux Juifs d’abord, à la France ensuite, je n’avais pas le droit de le passer sous silence. » (P. 117)
  • « En revanche, quelles étonnantes gueules zébrées de vieilles estafilades ! Et la nudité lubrique de ces crânes qu’aggrave encore la précieuse touffe de poils du sommet ! Ces gilets tendus à craquer, mais surtout ces mines à la fois glorieuses et hargneuses, c’est Piefke rentré triomphalement dans sa bonne ville. »
  • « On a permis à Hitler d’absorber les corps francs, la Reichwher noire, le Frontbann, toutes les forces clandestines que les militaires avaient sauvées de la débâcle qui devinrent les forces vives du national-socialisme où il recruta ses condottieri et même ses assassins. Dans ce temps-là, les généraux, suivant l’exemple de Ludendorff ne voyaient dans l’ex-peintre en bâtiment que l’instrument de la revanche guerrière pure et simple. Hitler s’est fait en outre le messie ces classes moyennes, des paysans, et le syndic des déclassés. Il s’en est suivi tout un mouvement social. L’énorme levée en masse démagogique a nommé ses propres chefs. Le militarisme nazi a essayé, il essaie peut-être encore, de secouer la tutelle des « vieux généraux». Certes, leur but définitif est le même : défoncer les frontières du Diktat, briser les chaînes, faire rembourser aux vainqueurs de 1918 les bénéfices de leur victoire avec intérêts composés. » (P. 122)

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