« Pachinko » – Min Jin Lee

« Il était encore difficile pour un Coréen d’obtenir la citoyenneté japonaise, et nombre d’entre eux voyaient même cette démarche comme une honte – devenir le citoyen de l’oppresseur de son peuple. »

…Japon …Corée…deux pays bien lointains dont nous ignorons ou méconnaissons – c’est mon cas- l’histoire, les relations. Quoi de mieux que le roman pour attirer l’attention du lecteur sur des situations historiques souvent méconnues.

Après l’annexion de la Corée par la Japon, Sunja, nait dans une famille coréenne ayant émigré au Japon pour y effectuer, comme un majorité des familles émigrées sous tous les cieux, les travaux pénibles..première génération d’une famille émigrée…

Le roman se déroule sur quatre générations de « zainichi » , ces émigrés jamais totalement intégrés ou acceptés…des situations qui ne peuvent manquer de nous interpeller sous nos cieux. Les coréens sont même réquisitionnés dans les mines pendant la guerre.

Quatre générations qui auront à affronter le racisme et le mépris, ces regards de rejet…surtout dans ce Japon ayant connu la défaite et les privations après la deuxième Guerre Mondiale. Ces Coréens feront toujours les sales boulots dont personne ne veut, et auront toutes les difficultés pour trouver des logements décents. Ils devront affronter mépris et discrimination même à la quatrième génération, alors que celle-ci n’a jamais mis les pieds en Corée, alors que souvent elle a professionnellement réussi.

Le roman nous permet de suivre l’évolution sociologique de cette famille qui reste soudée au fil du temps, et fait face à négation de leur culture…famille dont les portraits, principalement ceux des femmes, dont le destin est de souffrir, sont magnifiques.

Au Japon, un jeu d’argent, le Pachinko, croisement entre un flipper et une machine à sous est très populaire. L’un de membres de la famille parviendra à se faire recruter dans l’une de ces salles…ce n’est qu’un début …

Avec le temps…et l’argent ……

« Une histoire puissante sur la résilience et la compassion » – Barak Obama l’a écrit au sujet de ce livre.

Selon un proverbe bantou dit « Le remède de l’ennui, c’est le voyage«  …J’ai fait un beau voyage et je ne me suis pas ennuyé .

Éditeur : Charleston – Traduction par Laure Bourgeois – parution en 2021 – 622 pages


Suivre le lien vers la présentation de Min Jin Lee


Quelques lignes

  • « Le pasteur parla longuement des problèmes que rencontraient les églises. Les gens craignaient de plus en plus d’assister à la messe, car le gouvernement japonais n’approuvait pas leur religion. Les missionnaires canadiens avaient déjà quitté le pays. » (P. 87)
  • « Personne n’accepte de louer à des Coréens. Tu verras, au sein de la paroisse, comment on vit ici. C’est inimaginable : des dizaines de personnes qui s’entassent dans une pièce faite pour deux, des hommes et des familles qui se relaient pour dormir. Des porcs et des poulets à l’intérieur. Pas d’eau courante. Pas de chauffage. Les Japonais trouvent que les Coréens sont crasseux, mais ils n’ont pas d’autre choix que de vivre dans la saleté. J’ai vu des aristocrates de Séoul réduits à la misère, sans argent pour aller aux bains publics, en haillons, sans chaussures, incapables de trouver un simple boulot de porteur dans les marchés. Ils n’ont nulle part où aller. Même ceux qui ont du travail et de l’argent ne trouvent pas de quoi se loger. Ils en sont réduits à camper illégalement. » (P. 157)
  • « Les aînées à l’église l’avaient prévenue que les prisonniers coréens étaient souvent renvoyés chez eux à la frontière de la mort, pour qu’ils ne périssent pas derrière les barreaux. Là-bas, on torturait, on affamait, on dénudait les prisonniers pour les affaiblir. » (P. 232)
  • « À Séoul, on me traite de bâtard japonais, et au Japon, je ne suis qu’un sale Coréen parmi les autres. J’ai beau gagner une fortune et me montrer d’une gentillesse à toute épreuve, ça ne change rien. » (P. 486)
  • « Il était encore difficile pour un Coréen d’obtenir la citoyenneté japonaise, et nombre d’entre eux voyaient même cette démarche comme une honte – devenir le citoyen de l’oppresseur de son peuple. » (P. 560)

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