« Un jour ce sera vide » – Hugo Lindenberg

« Dix ans, des dents de lapin, de grandes boucles noires et de longs cils, des taches de rousseurs autour du nez, des manières timides, des vêtements sages, un petit bouquet de magnolias à la main. »

Le gamin n’est pas tout à fait bien dans sa peau, comme beaucoup d’autres, renfermé. Sur la plage où il passe ses vacances chez sa grand-mère il rencontre un autre gamin, désœuvré comme lui.

Une amitié de vacances se crée autour d’une méduse qu’ils percent avec un bâton.

Ils sont si différents, Baptiste vit dans une famille aisée, lui, dont on ne connaitra pas le prénom passe ses vacances chez sa grand-mère et sa tante…une grand-mère traumatisée depuis son enfance -on saura pourquoi- , mal à l’aise dans la vie et une tante qui pue…en tout cas c’est lui, le gamin, qui le dit.

Invité chez son copain, il découvre un autre milieu familial, une aisance, une famille dans laquelle adultes et enfants se parlent, s’aiment…une famille qu’il en vient à admirer parce que cette famille est normale, une famille dans laquelle il perçoit l’amour réciproque entre enfants et parents, si différente de la sienne qu’il en vient à repousser, à mépriser.

Rencontre de deux extrêmes que tout oppose, milieu et relations familiales, aisance…s’il n’y avait pas eu cette plage, et cette rencontre fortuite, jamais sans doute la vie n’aurait permis à ces deux gamins de se croiser.

Jamais sans doute le gamin n’aurait perçu sa différence, sa personnalité, son malaise.

Les deux gamins vont devenir inséparables pendant ces quelques jours de vacances.

N’y cherchez pas une histoire, du sensationnel…non, tout est dans l’intime, dans la découverte de la personnalité de ce gamin, par le lecteur, mais aussi par le gamin, dans la forme de honte qu’il va éprouver pour lui-même et pour les siens…dans la perte de son innocence d’enfant.

Quelle est la part de roman, quelle est la part d’intime livrée par l’auteur…? Qu’importe!

En tout cas, cette lecture fut pour moi une double découverte, celle de cet auteur, d’abord, mais aussi celle d’une certaine forme de malaise que j’ai personnellement vécu dans mon enfance, mise en mots et en émotions….je n’en dirai pas plus.

Je ne suis sans doute pas le seul…

Un petit bijou !


Lien vers la présentation d’Hugo Lindenberg


Quelques lignes

  • « …une odeur âcre de tilleul et de chicorée. Une odeur que je n’ai jamais sentie ailleurs et qui sera désormais et pour l’éternité l’odeur d’ici, de l’ennui et de ces dix ans. » (P. 41)
  • « Je dois toujours bien penser à mettre une intention de garçon, de ce que j’imagine être un garçon, dans chaque phrase, chaque geste, chaque idée, parce que je vis dans la peur d’être démasqué et cette peur est d’autant plus difficile à maîtriser que je n’ai qu’une idée grossière de ce que je dois dire, faire ou penser un vrai garçon. » (P. 79)
  • « C’est un des deux garçons rencontrés à la plage l’autre jour qui l’a obligé à renoncer pour quelques jours au rose élastique de sa pommette. J’ai du mal à comprendre pourquoi, quand une personne en frappe une autre, ce n’est pas celui qui a donné le coup qui porte la trace. » (P. 101)
  • « C’est affreux de regarder quelqu’un vous mentir, C’est affreux de regarder une famille entière mentir à un enfant quand on y pense. » (P. 132)
  • « Tu vois petit, quand on est trop tout seul on finit par ne plus savoir comment parler aux autres, ils ont aussi peur de toit que toi d’eux. Et plus ils parlent fort, plus ça veut dire qu’il s ont les chocottes. » (P. 152-3)

Une réflexion sur “« Un jour ce sera vide » – Hugo Lindenberg

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